Les dimanches 15 et 22 mars en France se sont déroulées les élections municipales de 2026 pour élire les conseillers municipaux au « suffrage universel direct ». Une fois élus, les conseillers municipaux élisent un maire pour une durée de 6 ans. Dans une époque de crise de régime, de réactionnarisation, de guerre et de révoltes, quelle est la signification de ces élections ?
Qui sont les abstentionnistes ?
Le 15 mars au soir, les résultats sont tombés. Comme toujours, le parti majoritaire est, bien au-dessus des scores des uns et des autres, celui de l’abstention. Avec 42.8 % au premier tour, les médias bourgeois sont unanimes : c’est un score record. Pour en comprendre véritablement les enjeux et les implications, nous devons creuser, regarder qui compose ces 42.8 %. Il ne suffit pas d’aller bien loin pour nous rendre compte que les deux tiers des électeurs gagnant moins que le SMIC se sont abstenus, avec autour de 65 % du premier décile (c’est à dire les 10 % des masses les plus pauvres) dans des villes comme Toulouse, Reims et Villeurbanne1.
L’âge est également un facteur important car la jeunesse est la frange la plus dynamique de la société, celle qui désire le plus ardemment rompre avec le vieux monde. C’est ainsi que l’on retrouve 60 % d’abstention pour les 25-34 ans et 56 % pour les 18-25 ans. Dans le quartier du Mirail à Toulouse, où les journaux ont parlé dimanche d’un « bureau de vote désert », l’abstention grimpe à 90 %. À Vénissieux 63 %, à Saint-Denis 57 %. En bref, partout où le prolétariat de France se retrouve concentré, comme c’est le cas dans les quartiers populaires, l’abstention est non seulement plus élevée que la moyenne, mais elle est également en hausse d’élections en élections. Ces cartes en témoignent :


La corrélation est nette, particulièrement dans les colonies françaises. Les masses populaires sont partout, mais son cœur, le prolétariat se retrouve concentré dans les périphéries du pays : les quartiers populaires et les zones péri-urbaines / rurales. En dehors des petites communes où la participation est particulièrement élevée, tous ces endroits sont marqués en période d’élection par l’abstention. Cette abstention n’est qu’un des reflets de la lutte des classes qui les imprègne constamment, des quartiers où les habitants s’organisent contre les bailleurs-escrocs, où la jeunesse se soulève après une énième « bavure » policière, jusqu’aux grèves combatives d’une classe ouvrière orpheline de son Parti. La fin de l’Histoire est un mensonge et chaque jour passé à travailler, vivre et lutter au sein des masses nous le rend plus flagrant.
La nature de classe de l’État
En France, le maire est responsable, entre autres choses, de la « sécurité publique » locale via la police municipale, il délivre les permis de construire et est membre des commissions d’attribution des logements sociaux. En un mot : le maire, c’est l’État. Le Marxisme nous enseigne que depuis son origine avec l’apparition de la propriété privée, l’État est une machine destinée à maintenir la domination d’une classe sur une autre. C’est sa nature de classe : l’État a pu être successivement dans l’Histoire esclavagiste, féodal, bourgeois et même prolétarien, sa forme est une chose différente. Dans l’Antiquité, la République fût une monarchie ou une république aristocratique ou démocratique, l’Etat, à l’époque de l’esclavage, était un Etat esclavagiste. »2. À notre époque, celle du règne de la bourgeoisie, cela reste vrai. Que cela soit le régime fasciste d’Hitler, le régime monarchique constitutionnel parlementaire de Norvège ou la Vème République Française, il ne s’agit que des différents habits que revêt la dictature de la bourgeoisie selon ses nécessités. Déjà, le mythe d’une VIème République – un petit peu en rupture mais surtout en continuité avec les précédentes – vole en éclat. Il n’intéresse pas ceux qui veulent en finir avec l’exploitation.
Ce que veulent les Marxistes, c’est la destruction du vieil État pour bâtir le socialisme, la dictature du prolétariat, c’est à dire la démocratie pour l’immense majorité des exploités d’aujourd’hui, pour un jour en finir avec la société de classe et gagner le Communisme.
Face au programme politique de la bourgeoisie, qu’elle se drape en parti « révolutionnaires », « de gauche », « de droite » – extrême ou non – le prolétariat a son programme pouvant se résumer en un mot : « l’expropriation des expropriateurs ». Pour le réaliser, il doit conquérir le pouvoir politique, et pour cela il a besoin de son Parti, le Parti Communiste. C’est un Parti distinct et opposé en tout point au Parti de la bourgeoisie, représenté par ses différents blocs. Les choses ne sont pas plus complexes. Nous le disions déjà il y a quelques mois et nous le répétons : « La nécessité de l’époque n’est pas celle de politiciens menteurs professionnels qui nous ont toujours fait miroiter monts et merveilles, mais de révolutionnaires professionnels à mêmes de mobiliser, politiser et organiser les larges masses pour la prise du pouvoir politique. ».
21 Millions de potentiels révolutionnaires
Quand on est progressiste et que l’on est proche du militantisme de gauche, autour de nous nous voyons beaucoup de personnes « engagées », des personnes des milieux associatifs, des syndicalistes encartés, des anarchistes désabusés votant LFI « car c’est le moins pire ». Beaucoup de personnes qui pensent sincèrement pouvoir améliorer leur quotidien par le vote, certains le font plus froidement, avec l’espoir lointain qu’un jour une révolution balaye ce vieux monde. Il est ainsi facile de douter de la position abstentionniste. Lénine nous éclaire sur ce point : « Engels distingue entre le « parti ouvrier bourgeois » des vieilles trade-unions, la minorité privilégiée, et la « masse inférieure », la majorité véritable ; il en appelle à cette majorité qui n’est pas contaminée par la « respectabilité bourgeoise ». Là est le fond de la tactique marxiste ! […] notre devoir, par conséquent, si nous voulons rester des socialistes, est d’aller plus bas et plus profond, vers les masses véritables : là est toute la signification de la lutte contre l’opportunisme et tout le contenu de cette lutte. »3
Gratter sous la couche de la minorité privilégiée et aller dans les masses profondes, voilà ce qui est Marxiste. Derrière ces 42.8 % d’abstentionnistes, il y a près de 21 millions de masses, largement prolétariennes, qui ne se font plus d’illusions sur le parlementarisme bourgeois. Ce sont eux qui constituent la majorité des Gilets Jaunes, des jeunes qui se sont soulevés pour Nahel, des grévistes, des habitants de quartiers populaires qui luttent pour une vie digne. Quoi qu’en disent les bourgeois de tout bord, l’abstention n’est pas à combattre. La tâche des révolutionnaires n’est pas non plus de prendre ces élections comme une « tribune révolutionnaire » mais de porter la scission avec l’ordre impérialiste, d’appliquer la ligne de masse et d’en tirer la juste tactique du boycott électoral par l’analyse concrète de la situation concrète. Des dizaines de millions de masses, plus nombreuses à chaque élection, rejettent le système et ses urnes pourries, pourquoi leur sommer d’y retourner, sous prétexte de porter une parole « révolutionnaire » ? La parole révolutionnaire, il faut déjà la porter au quotidien, à leur contact. Mieux, il faut la convertir en action et en organisation.
En ce sens, nous avons tout pour être optimistes. Ces dernières années, le mouvement révolutionnaire se restructure en France, porté par une jeunesse flamboyante en rupture avec le vieux monde. C’est ainsi que nous avons pu voir émerger les campagnes « Boycott 2017 » puis « Boycott 2022 » contre les deux dernières élections présidentielles. En ce qui concerne ces Municipales, nous avons pu couvrir quelques luttes. Un exemple récent est la lutte contre le plan de démolition de plus de 1490 logements sociaux et bâtiments associatifs dans le quartier du Mirail. Ce projet anti peuple, ourdi par la mairie et les bailleurs-spéculateurs, est rejeté par la majorité des habitants. Le Comité Populaire d’Entraide et de Solidarité (CPES) du Mirail, « Stop Démolition » et d’autres collectifs, ont récemment organisé un débat démocratique contre les démolitions, appelant les divers candidats pour ces élections municipales à se positionner sur le sujet. Ce fut l’occasion pour les habitants et collectifs présents de prendre acte des promesses de chacun et de poursuivre la lutte. De nombreuses interventions d’habitants ont d’ailleurs dénoncé la mascarade électorale et les fausses promesses : « Quand c’est les élections, vous êtes tous là à dire bla-bla-bla-bla-bla mais en fait il n’y a aucune action de votre part. »
Mieux, c’est avec une ardeur remarquable que des centaines de jeunes révolutionnaires issus des quatre coins de notre pays ont décidé de rompre définitivement avec le pessimisme ambiant et la désorganisation, en marchant d’un pas toujours plus déterminé sur le chemin tracé par le Colonel Fabien. Cette jeunesse est en passe de franchir un cap Historique en Avril prochain : la reconstitution de la Jeunesse Communiste. Bien loin de s’illusionner sur les scores de tel ou tel parti « de gauche », voilà où se trouve l’actualité brulante qui soulève notre enthousiasme le plus profond.
Ce sont les mains de ces dizaines de millions d’exploités, déjà bien usées par le travail, qui vont abattre la Bête et bâtir sur son cadavre un monde où le mot démocratie retrouvera son sens plein. Tout ce qu’il manque, c’est l’organisation de la colère, et une direction solide pour la guider. Cette direction ne se décrète pas, elle se forge dans la plus impétueuse des luttes des classes, dont la pratique du boycott est un élément important. Les présidentielles de 2027 le révèleront car les forces révolutionnaires de France sont qualitativement différentes de ce qu’elles étaient en 2022 et en 2017. La fin de l’amnésie collective est proche : les Communistes arrivent, ce n’est qu’une question d’années.


