Le 28 février dernier, des centaines de révolutionnaires se sont rassemblés à Paris au cimetière du Père Lachaise pour commémorer les héros du prolétariat qui ont sacrifié leurs vies pour la lutte. C’est l’occasion de revenir sur ce que représentent ces figures et en quoi elles demeurent des exemples vivants pour nos luttes, loin des exemples figés que la bourgeoisie cherche à se réapproprier.
Parmi ces héros célébrés le 28 février, on retrouve Pierre Overney, Gilles Tautin, le Colonel Fabien, Danielle Casanova, les brigades internationales, Missak Manouchian et les FTP-MOI. Cette année, la célébration de leur héroïsme a été marquée par la mobilisation massive et le sérieux des participants qui ont porté le drapeau rouge. La Cause du peuple a couvert cette mobilisation avec laquelle elle a un lien historique particulier, par la figure du jeune héros Pierre Overney, assassiné par une milice patronale à 23 ans. Il était un ardent défenseur du journal « La Cause du peuple » des années 70.
La question des héros, pour les révolutionnaires, n’est pas simplement une question historique. Il ne s’agit pas juste de connaître l’histoire du mouvement dans notre pays, du Mouvement Communiste International, ou de discerner des noms et des figures. Avant tout, la célébration de ces héros est une question de conception du monde, c’est-à-dire d’idéologie.
A qui appartient notre destinée, notre vie ?
Chaque classe et chaque société a développé sa propre réponse à cette question. Durant le féodalisme, les aristocrates ont considéré que leurs vies appartenait à la famille, au seigneur, au roi ou et à la religion. Sous le capitalisme, la réponse bourgeoise à cette question porte elle aussi les marques de la société de classe : la destinée du prolétariat est d’être de la chair à patron en temps de paix, et de la chair à canon en temps de guerre. Voilà à quoi est bonne la vie des masses pour la bourgeoisie, encore davantage dans la nouvelle ère de l’impérialisme !
Qu’en est-il, alors, de la destinée de la bourgeoisie ? Ce n’est pas elle qu’elle envoie mourir au travail ou à la guerre. Et les causes religieuses, familiales et féodales qui justifiaient auparavant la vie des aristocrates ne pouvaient pas convenir à une classe dont la loi est celle de la guerre des uns contre les autres, de la conquête du profit par l’écrasement de la propriété d’autrui.
Ainsi naquit la philosophie du libéralisme, qui réalise la promesse de la bourgeoisie à elle-même et déclare qu’au final, la vie de l’être humain appartient à l’individu lui-même. L’identité, le « soi » devient la seule autorité qui dicte la poursuite de la vie.
Cette manière de penser s’imprègne partout, même dans les mouvements « de gauche ». Pour les anarchistes, leurs vies n’appartiennent « à personne », un point de vue compatible avec le libéralisme. Bien sûr, cette manière de penser est un héritage du « colossal tas d’ordures »1 dont parle Engels pour décrire toutes les vieilles conceptions dont le prolétariat devra se débarasser. Cette marque est puissante chez beaucoup, même chez les révolutionnaires. Seul un mouvement de révolution prolétarienne pourra en venir à bout.
Alors, que doit répondre le prolétariat à la question « À qui appartient notre vie » ? Il n’y a qu’une seule réponse juste : à la classe, c’est-à-dire le prolétariat international. Le Président Mao Zedong, dans son célèbre article « Servir le Peuple » (1944), déclarait :
« Tout homme doit mourir un jour, mais toutes les morts n’ont pas la même signification. Un écrivain de la Chine antique, Sema Tsien, disait : « certes, les hommes sont mortels ; mais certaines morts ont plus de poids que le mont Taichan, d’autres en ont moins qu’une plume. » Mourir pour les intérêts du peuple a plus de poids que le mont Taichan, mais se dépenser au service des fascistes et mourir pour les exploiteurs et les oppresseurs a moins de poids qu’une plume. »
Voilà qui sont les héros du prolétariat : celles et ceux qui servent le peuple de tout leur cœur et dont la mort pèse plus qu’une montagne !
Citons l’exemple de Missak Manouchian et, en général, le Groupe Manouchian, c’est-à-dire les FTP-MOI de la région parisienne. Ces grands résistants contre l’occupant nazi ont été fusillés le 21 février 1944. Ils étaient tous des représentants du prolétariat international. C’est un fait très important : nos héros sont internationaux car ils sont les héros d’une classe unique, classe qui se dote du principe de l’internationalisme prolétarien. Manouchian, héros du prolétariat français et héros du prolétariat arménien, est un exemple frappant de ce que veut dire l’internationalisme conséquent.
Ainsi, le prolétariat est partout dans le monde et ses héros aussi. Jean-Pierre Timbaud, un des nôtres fusillé en 1941, est tombé sous les balles en criant « Vive le Parti Communiste allemand ! ».
Pourquoi parler de héros au lieu de martyrs ?
C’est une question importante dont la réponse apporte une compréhension idéologique cruciale. Marx lui-même parlait des héros de la Commune et nombreux sont les Partis Communistes qui célèbrent leurs martyrs. Nous ne rejetons pas le terme martyr, mais mettre en avant le terme « héros » reflète le cœur du sacrifice de nos camarades : le choix conscient du don de leurs vies pour la cause révolutionnaire.
Les tâches de la révolution sont différentes selon les périodes, selon les nécessités. Sous le socialisme en URSS, les héros du prolétariat n’étaient pas uniquement ceux qui sont tombés sur le champ de bataille contre le nazisme ou durant la révolution bolchévique, c’est à dire les martyrs. La construction du socialisme porte ses propres nécessités révolutionnaires. Nous célébrons les héros non pas car ils sont tombés dans la lutte, mais car ils ont donné toute leur vie au travail révolutionnaire ; leur sacrifice final en est seulement le témoignage indiscutable. Les héros du prolétariat ont donné leur vie au Parti Communiste pour qu’il en fasse ce qu’il veut, pour qu’il les forge et les mobilise là où la lutte l’exige. De ce fait, ils se sont réellement détachés du libéralisme pour dédier leur vie au prolétariat international.
Voilà au final la grande transcendance de cette définition des héros du prolétariat. Ils sont les produits d’une classe condamnée à triompher, d’une classe qui applique la logique : lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, jusqu’à la victoire. N’est-ce pas vrai que le prolétariat international a des héros morts il y a plus d’un siècle ? N’est-ce pas vrai qu’aujourd’hui, chaque jour, le prolétariat international et les peuples génèrent leurs héros dans les Guerres Populaires et dans les guerres de libération nationale ? Bien sûr, c’est vrai. Le même sang coule dans les veines des héros de Stalingrad et de Gaza !
Des héros nés d’une classe unique
Cela n’a rien à voir avec l’exaltation de l’individu, avec la conception petite-bourgeoise du héros qui se détache de la masse et accomplit pour elle les tâches de la révolution. Nos héros incarnent les meilleurs éléments de la classe, ils naissent de ses grandes actions, de ses rébellions immenses, de ses soubresauts. Ils ne sont pas le produit de leur propre volonté, mais de l’immense mouvement d’une classe unique.
Pour mieux saisir cette différence, comparons la définition du guérillero chez Che Guevara par rapport aux communistes au Pérou.
Pour Che Guevara : « C’était la première étape héroïque, où les combattants se disputaient pour obtenir les tâches comportant les plus grandes responsabilités et les plus grands dangers, sans autre satisfaction que celle du devoir accompli. » Ou encore : « Nous devons nous rappeler que l’héroïsme du guérillero, en ce moment, consiste dans l’ampleur de l’objectif prévu et dans l’énorme quantité de sacrifices qu’il doit faire pour l’atteindre. »
Malgré les bons sentiments, l’individualisme transparaît dans cette conception : l’héroïsme des combattants, ce serait se « disputer les responsabilités ». Quant aux sacrifices, Marx avait déjà scellé le débat sur ce point en 1850 : « En ce qui concerne les sacrifices personnels, j’en ai fait autant que n’importe qui, mais pour la classe, non pour des personnes. »
Regardons au contraire comment est défini le guérillero dans les chansons de la Guerre Populaire au Pérou : « Notre peuple nous ordonne de nous battre jusqu’à ce que nous triomphions / En avant camarades notre credo, c’est de vaincre / En avant camarades notre credo, c’est de vaincre ».
Ici, l’héroïsme provient directement du peuple ; les guérilleros savent qu’il faut se battre jusqu’à la victoire, et que pour parcourir ce chemin, de nombreux camarades donnent leur vie car la fin de la route mène au Communisme.
Les héros anonymes des masses ne sont pas des « soldats inconnus » comme en a créé la boucherie impérialiste : ce sont des personnes bien réelles, enfants du prolétariat, qui seront célébrés de victoire en victoire dans la mémoire de tous les révolutionnaires. Voilà pourquoi les révolutionnaires du Mexique ont adopté, pour leur célébration des héros, le slogan : « Ceux qui meurent pour la vie ne peuvent jamais périr ! »
Nous conclurons sur une parole du Président Mao, qui contient tout ce qu’il faut comprendre sur la question de l’héroïsme :« Les masses sont les véritables héros ».
1 Lettre à Karl Marx (7 octobre 1858), Friedrich Engels.


