Procès de François Burgat : une attaque contre nos libertés démocratiques !

Le 28 mai 2025, le politologue et chercheur émérite au CNRS François Burgat a été relaxé à la suite d’une tentative de procédure baillon. Ce jour là, une importante mobilisation avait eu lieu, dynamique importante pour la création d’une coordination nationale contre la répression du mouvement de soutien à la Palestine.

Près d’un an plus tard, ce sont une centaine de personnes qui se sont retrouvés autour et dans la salle d’audience de 40 places. Un premier rassemblement d’une quarantaine de personnes a eu lieu autour de midi, avec quelques prises de paroles. Au total, ce sont une centaine de soutiens qui ont fini par se rassembler, dont un certain nombre de militants eux-mêmes réprimés.

La salle d’audience, elle, est restée pleine jusqu’à la fin du procès, aux alentours de 23h. Cette salle était visiblement choisie pour empêcher le grand nombre des soutiens d’assister à l’audience, certaines personnes venues de loin n’ayant pu rentrer qu’à 17, 18 voir 19h, et certaines autres n’ayant pas du tout pu accéder à la salle d’audience. Les vigiles de la Cour d’appel d’Aix, particulièrement odieux, n’ont pas hésité à traiter les soutiens de manière provocatrice, avec un racisme à peine dissimulé. Ils n’ont pas hésité à empêcher certains soutiens de rentrer dans le tribunal, de manière parfaitement arbitraire et en violation flagrante de la loi.

Une chose importante à signaler, c’est le niveau particulièrement affligeant des débats. Le niveau intellectuel de la bourgeoisie s’effondre, c’est un signe on ne peut plus clair du pourrissement de l’impérialisme. Nous n’avions évidemment rien à attendre des parties civiles. En particulier, la plaidoirie de la LICRA a été particulièrement affligeante. Il s’agissait d’une longue jérémiade sur les positions de François Burgat, empêchant visiblement l’avocat de dormir, et sur la haine supposée d’une grande partie de la population pour Israël, haine légitime au vu du génocide en cours.

Toutefois, nous devons noter le niveau de l’avocat général. Ce dernier est, en dernière instance, le représentant de l’Etat Français, c’est-à-dire de la 7e puissance mondiale. Voilà l’ouverture de sa plaidoirie, qui mène aux réquisitions : « je ne suis pas un spécialiste de la question palestinienne, mais ce que j’ai vu dans la presse, le 8, le 9 octobre, ce que j’ai vu dans la presse […], ça ne me laisse aucun doute : c’est bien de terrorisme qu’il s’agit ». Toute les réquisitions tournent autour de cette déclaration du procureur, qui n’est qu’un simple aveu ; c’est-à-dire : « je n’y connais rien, mais je l’ai vu à la télévision ». Les réquisitions sont extrêmement lourdes.

Tout cela est un exemple frappant de la réactionnarisation que connaît notre pays. En 2016, François Burgat était invité à témoigner devant l’Assemblée Nationale. En France, la lutte des classes est particulièrement aiguisée, ce qui provoque une crise politique généralisée. La vieille méthode parlementaire de direction du pays ne fonctionne plus.

Face à cela, la stratégie de l’Etat est d’encercler les secteurs combatifs, de les isoler, de détruire toute forme d’organisation. L’Etat tente d’isoler les secteurs combatifs organisés comme la FNIC-CGT. Après avoir asséché les facs, en permettant aux flics d’y entrer librement et en s’appuyant sur les organisations corporatistes et opportunistes pour détruire toutes formes de politisation, en propageant le post-modernisme, le défaitisme, le refus de l’organisation et de l’unité, l’Etat a bien compris une chose : le mouvement de défense de la Palestine était une formidable opportunité pour les masses de se mobiliser, de s’organiser, de se politiser et de s’unir.

D’abord, l’Etat Français a commencé par interdire toute forme de manifestation ; mais la combativité n’a jamais cessé. À Lyon, une première manifestation avait été organisée dès le 9 octobre 2023 à la Guillotière ; puis de grandes manifestations interdites et sévèrement réprimées se sont dispersées sous les gaz lacrymogènes dans les pentes de la Croix Rousse. Dans toute la France, les manifestations se sont multipliées et la honteuse répression n’a fait que renforcer la solidarité populaire envers le mouvement.

À ce moment, la stratégie a changé : on a attaqué le fond de l’affaire, la solidarité avec le peuple palestinien et sa lutte légitime. Chaque prise de parole était accompagnée du fameux (et rapidement devenu un véritable running gag) « condamnez vous le Hamas ». Cette stratégie a rapidement échoué devant le soutien populaire de plus en plus évident à la Résistance palestinienne, seul rempart face au génocide.

Alors, l’Etat a décidé de faire ce qu’il fait le mieux, après des années de contre-insurrection, en France, en Algérie, au Vietnam, en Kanaky ou dans les Antilles, développant une véritable expertise. En réalité, le plan est très simple : isoler les dirigeants et les portes-paroles des organisations (« couper la tête » en langage contre-insurrectionel), isoler les organisations du soutien populaire et couper le soutien populaire de son sens politique.

Cela s’est vu dans un ensemble de procès honteux : dernièrement, le procès d’Olivia Zemmor, condamnée à 24 (!) mois de prison avec sursis ; l’attaque contre Shahin Hazamy au simple prétexte qu’il est iranien et donc… « agent de l’étranger », la condamnation d’Alex au FIJAIT, et bien d’autres. Mais les révolutionnaires, les démocrates et leur soutiens ont mené des campagnes de « contre-encerclement ».

Ici, l’Etat tente de briser les militants, de les « encercler » pour les isoler, en les privant de leur travail, de leur perspectives sociales et politiques. Le mouvement propalestinien a contre-attaqué, mobilisant toujours plus largement. Au lieu d’étouffer le mouvement, les procès et attaques lui apportent des forces vives, renforcent la solidarité, et renforcent l’affirmation du soutien à la légitime lutte du Front National de Résistance en Palestine ; au lieu de faire taire les soutiens, les procès renforcent leur voix !

Ce soutien a permis de nombreuses victoires ; à Lyon, Yamin a été relaxé deux fois, comme trois autres activistes. François Burgat relaxé en première instance, Alex évitant à deux reprises la détention provisoire, sont des preuves que l’Etat voit la charge politique des attaques et les potentiels trouble créés par la solidarité.

Le cas de François Burgat doit être replacé dans un contexte particulier : celui de l’encerclement et de l’isolement des français musulmans. D’un côté, il s’agit d’une attaque contre toutes les formes d’organisations du peuple ; dont font partie la liberté de culte, d’organisation, de réunion, de manifestation et d’expression. Ces droits légitimes et défendus par une majorité du peuple, ne peuvent être attaqués que sous couvert d’un pseudo « ennemi de l’intérieur », « cinquième colonne » d’une prétendue barbarie venue de l’étranger. D’un autre côté, cette attaque contre l’islam est une attaque contre les quartiers populaires, qui concentrent une partie des masses les plus opprimées et les plus exploitées de France, les plus à même de se révolter.

Pour citer la déclaration du 1er mai 2026 de la Ligue Communiste Internationale :

« La politique de l’impérialisme consiste à diviser les Peuples selon leur religion, leur origine ethnique et leur nationalité. La politique des communistes consiste à unir toutes les masses opprimées et exploitées contre un ennemi commun. »

L’attaque contre le chercheur et politique François Burgat fait partie de cette attaque, et l’attaque générale contre le mouvement de solidarité avec la Palestine s’appuie aussi sur les présupposés idéologiques propagés par la bourgeoisie contre les français musulmans. Le 27 mai, la justice bourgeoise rendra son verdict. Nous pensons qu’une relaxe serait une nouvelle victoire, et qu’au contraire, une condamnation devrait être prétexte à une nouvelle mobilisation.

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