Pour une éducation et une recherche socialiste

Récemment, les attaques contre l’Enseignement Supérieur, la recherche scientifique ainsi que les libertés académiques se succèdent en s’intensifiant. Malgré la propagande d’une prétendue augmentation des financements et de l’excellence des universités et de la recherche françaises, cette année tous les présidents d’universités dénoncent une situation financière alarmante avec le budget Lecornu.

Malgré une apparence en chiffres bruts d’une augmentation des budgets, la réalité est que le budget par étudiant, en prenant en compte l’inflation, baisse depuis des années. Les financements de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR) n’ont jamais été aussi bas. Le fait que même ces grands Che Guevara de présidents d’universités refusent de jouer la façade de la propagande étatique est un signe de l’aggravation des contradictions dans le pays dans le domaine de l’ESR.

Avec la politique du CIR (Crédit Impôt Recherche) et du financement public des apprentissages, c’est plus de 20 milliards qui ont été pompés dans le budget public pour financer les entreprises. Au bout du compte, un tiers de l’ESR devra fermer ses portes. Ces politiques d’attaques contre les universités et l’accès aux études ne sont pas nouvelles. Nous avons connu la LRU1, les fusions des universités, toutes les réformes de casse des universités et des statuts des professeurs, l’établissement des plateformes de sélection comme APB puis Parcoursup, qui ont instauré l’élitisme et excluent le prolétariat de l’enseignement supérieur. À chaque fois, ce sont des milliers d’étudiants, de syndicalistes et de personnels qui se sont forgés et radicalisés dans la lutte contre ces réformes face à la répression étatique.

Des attaques ouvertes et politiques

Les attaques ne sont plus principalement « économiques » mais de plus en plus politiques. Aujourd’hui, il n’est plus question d’incidents ou de déclarations isolés. Les libertés académiques, de presse et d’opinion ne sont plus réprimées discrètement par la censure bourgeoise, mais très ouvertement. Près de 600 chercheurs sont fichés par l’État comme « islamogauchistes » ; en novembre 2025, le gouvernement interdit la conférence académique sur la Palestine au Collège de France. Dans l’éducation et l’ESR aussi, la marche à la guerre pousse à l’accélération de la réactionnarisation.

Le sujet des attaques contre l’ESR revient sur la table et fait aussi sortir de la torpeur politique le monde de la recherche, en particulier depuis les attaques contre les chercheurs et la science aux États-Unis. L’année dernière, près de 6000 étudiants, techniciens, chercheurs et ingénieurs ont manifesté dans le cadre du mouvement « Stand up for science » en solidarité avec les chercheurs réprimés aux US, mais aussi contre la nouvelle politique du gouvernement français des coupes de budget à base d’élitisme2. En réalité, la situation aux US avec Trump n’est qu’une forme extrême de ce qui se passe depuis des années en France et dans beaucoup d’autres pays impérialistes.

Objectif : réduire le niveau d’éducation

Les mesures bureaucratiques et les attaques budgétaires ne sont plus masquées par une propagande « positive » (sur des prétextes d’« objectifs d’excellence », « pour aider à orienter les étudiants », etc.). Pour la première fois le gouvernement affiche officiellement son objectif stratégique de démassifier les universités. En somme, l’État bourgeois veut officiellement réduire le niveau d’éducation de la population.

Les capitalistes n’ont plus besoin d’augmenter le niveau d’éducation général de la population globale. Ils n’ont aussi plus besoin de financer la recherche car cela fait plus de 20 ans que les « revenus sur investissement » générés à partir de la recherche scientifique ne sont plus à la hauteur, à cause de la baisse tendancielle du taux de profit3. Non seulement la recherche se retrouve définancée par les États, mais les monopoles s’appliquent au sabotage actif de la recherche scientifique, car pour maintenir leurs marchés et clients, ils doivent contrôler, réprimer l’innovation, et empêcher celles qui rendront leurs voies de productions obsolètes. Les droits d’auteur et les brevets, les freins à la collaboration scientifique internationale et ouverte, les logiques de concurrence à tous les niveaux de la science sont la base du fonctionnement bourgeois de la recherche scientifique.

Durant l’après-guerre (notamment sous Mitterrand), l’objectif de l’État bourgeois était justement la massification de l’ESR. Aujourd’hui, nous arrivons à un stade de renversement total des objectifs stratégiques de la bourgeoisie, qui se retrouve à appliquer des politiques de démassification de l’ESR. Avec l’automatisation générale de la production et de l’industrie, des milliers d’ouvriers et prolétaires se retrouvent à faire des boulots non-qualifiés, et deviennent donc « remplaçables », des « pousse-bouton » comme disent certains patrons. Économiquement et donc politiquement, ils se retrouvent soumis à la pression du chômage de masse. Ce n’est plus qu’une petite part de la petite bourgeoisie qui est nécessaire pour les métiers hautement qualifiés d’intellectuels, d’ingénieurs, etc.

La fin du rêve des grandes études

Il n’est plus rare de rencontrer des jeunes diplômés – parfois même des jeunes avec des Masters en physique, économie et bien sûr ceux qui ont fait des sciences sociales – qui se retrouvent au chômage, au RSA, ou dans des boulots manuels dans la logistique ou à l’usine. Ces jeunes de la petite bourgeoisie et de familles prolétaires, à qui le capitalisme avait promis une ascension sociale et un avenir meilleur que leurs parents, un salaire décent et une sécurité économique (si seulement ils persistaient dans les études) se retrouvent sur le carreau, désespérés et bien sûr en colère contre le système de la bourgeoisie.

Le déclassement de la petite bourgeoisie est le résultat direct du stade de pourrissement de l’impérialisme, idéologiquement, politiquement et économiquement. La petite bourgeoisie intellectuelle est une classe de « petits marchands » qui dépendent de la bourgeoisie. Leur survie dépend de la vente de leur marchandise à la bourgeoisie, leur marchandise étant leur force de travail qualifiée4. Il ne s’agit pas là de jugement moral mais d’une analyse marxiste et il est important de mentionner que nombreux sont aussi les prolétaires dans l’ESR. Le déclassement remplit les rangs du prolétariat. La menace du déclassement peut pousser la petite-bourgeoisie vers le camp de la révolution ou du moins les rendre réticents à la contre-révolution. C’est la tâche des révolutionnaires d’empêcher ces classes de rejoindre le camp de la réaction en luttant pour les gagner, car nombreux seront les petits bourgeois qui adopteront le point de vue prolétarien du monde pour devenir de valeureux révolutionnaires.

La petite bourgeoisie, déjà mobilisée pour l’écologie

L’adhésion de ces franges sociales à la lutte contre le capitalisme se manifeste dans les luttes écologistes pour la préservation de la nature et de la terre. Ces luttes aussi sont le résultat de l’aiguisement des contradictions entre le capital et la nature, intimement lié à la contradiction entre le capital et le travail. Les soulèvements de Sainte-Soline et les luttes de la jeunesse étudiante combative en sont les témoignages flamboyants, ils annoncent le début d’une ère de révoltes.

Finalement, aux logiques froides de calculs d’intérêts des capitalistes, s’oppose l’idéologie communiste et une vision socialiste de l’éducation, de la recherche et du travail, qui soumet la machine à l’homme et non pas l’homme à la bourgeoisie ; une vision socialiste qui voit l’éducation et la recherche non pas comme un moyen de générer du capital pour les plus riches, mais comme un bien commun et une voie pour l’émancipation de l’humanité. En cela, les intérêts du prolétariat sont diamétralement opposés à ceux de la bourgeoisie. Pour mener la bataille, les prolétaires et les petits bourgeois révolutionnaires doivent constituer un camp puissant et solide. Ils doivent défendre et propager la vision prolétarienne du monde, c’est à dire celle qui est dans l’intérêt du prolétariat en tant que classe. La victoire viendra quand les révolutionnaires sauront diriger et articuler habilement la mobilisation de toutes les masses prêtes à lutter. La tâche des révolutionnaires est de rallier en pratique et en politique, et d’organiser l’entièreté des classes capables de lutter pour le socialisme ; transformer la révolte en révolution, carque ce soit en termes d’éducation ou d’innovation, le capitalisme n’a plus rien à offrir à l’humanité.

1 Loi relative aux libertés et responsabilités des universités (2007), portée par Valérie Pécresse.

2 La réforme des « Key Labs », qui vise à valoriser certains laboratoires au détriment d’autres.

3 La baisse tendancielle du taux de profit est une loi fondamentale du fonctionnement de l’économie capitaliste qui est que plus la production est automatisée, moins le capitaliste gagne de retours sur ses investissements, car les marges qu’il peut se faire sur le travail humain sont réduites. Le « coût » du salaire devient de plus en plus négligeable comparé aux coûts constants liés aux machines. Vu que le capitaliste vole son « profit » aux travailleurs par l’exploitation, son profit maigrit avec la réduction de la part de travail humain dans la production de la valeur. Le capitaliste ne peut pas « exploiter » la machine, par exemple en refusant de payer des « heures supplémentaires ».

4 Analyse de Clara Zetkin dans un rapport officiel sur la position de classe des intellectuels au 5e Congrès du Komintern.

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