Meurtre de Babacar Gueye : 10 ans de lutte contre l’État


Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, dans un immeuble situé rue Guy Ropartz, quartier Maurepas à Rennes, 8 flics assassinent Babacar Gueye. Un meurtre raciste, commis par l’État français. Le samedi 6 décembre 2025, plus de 300 personnes se sont réunies pour la dixième marche commémorant cet assassinat, aujourd’hui toujours impuni.

Cette nuit du 2 au 3 décembre 2015, Babacar, un jeune Sénégalais sans papiers de 27 ans venu passer une nuit chez un ami, est victime d’une crise de panique. Depuis quelque temps, Babacar est en proie à de graves problèmes de santé, couplant les crises d’angoisse aux hallucinations. En détresse psychologique, il commence à se scarifier avec un couteau de table. Paniqué, son ami appelle les pompiers au téléphone.

Ce ne sont pas les secours qui arrivent dans l’immeuble, mais bien 4 flics de la BAC et 4 autres de la police nationale, qui s’empressent d’abattre Babacar, alors blessé et ne représentant aucune menace. L’autopsie du corps de Babacar montre par la suite la réalité de l’intervention de la milice de l’État français : 5 balles ont touché Babacar et aucune d’entre elles n’a été tirée de face. Nous parlons ici de 4 tirs descendants de côté et d’un tir dans la fesse gauche. Une fois mort, le corps sans vie de Babacar est menotté par les chiens de garde de l’État. Que représente l’acte de menotter le cadavre de sa victime, si ce n’est la volonté d’humilier celle-ci ?

Dix ans plus tard, la sœur de Babacar, Awa Gueye, mène toujours une lutte résolue pour obtenir justice pour son frère. Peu après le meurtre de Babacar par l’État, la machine se met en marche pour protéger à tout prix ses agents. Les huit assassins déposent collectivement une plainte à titre posthume contre leur victime pour tentative de meurtre et invoquent, pour justifier leurs actes, le droit à la légitime défense. Dans la foulée, le 10 décembre 2015, et sous la pression de l’impérialisme français, l’agence consulaire du Sénégal au Havre publie une note à destination des Sénégalais de Rennes dans laquelle elle demande « de ne point participer à une quelconque marche, encore moins de s’épancher dans les médias ». Deux jours plus tard, le 12 décembre 2015, le corps de Babacar est rapatrié à la hâte au Sénégal. L’indécence atteint son apogée quand l’arme du crime et deux chargeurs sont détruits en 2018 lors d’un tri de scellés.

En 2022, le parquet décide d’un « non-lieu ». Celui-ci est renouvelé en 2023 après l’ouverture d’une instruction. Tout est mis en place pour protéger l’assassin ayant appuyé sur la détente. Face à la machine juridique au service de l’État, Awa ne lâche rien et fait appel de la décision prise par le juge d’instruction. L’ordonnance de « non-lieu » est confirmée le 6 juin 2025 mais ne signifie pas la fin du combat. Au contraire, Awa se pourvoit en cassation.

Ce « non-lieu » est un terme parfaitement adéquat pour désigner ce que pense l’État du meurtre de Babacar. Cet État qui fait tout son possible pour enterrer l’affaire, la dissimuler, la rendre inexistante au point de détruire des preuves. Comment peut-on en venir à qualifier le meurtre d’un homme de « non-lieu » ? La vie de Babacar Gueye, comme celle de bien d’autres, n’a-t-elle pas été prise par l’État français ? Ce que cherche l’État en essoufflant cette affaire, c’est empêcher la mobilisation de prendre de l’ampleur. Si celui-ci met tout en œuvre contre Awa Gueye pour l’empêcher d’obtenir justice, c’est à cause de la peur. La peur d’une mobilisation massive pour la justice. La peur de la remise en question de son système corrompu au service de la bourgeoisie, comme ce fut le cas en 2005 après les meurtres de Zyed et Bouna.

Le meurtre de Babacar, de Nahel ou de Bilal ne sont que trois noms sur la longue liste des victimes de crimes policiers. Des crimes de plus en plus courants et nombreux, commis par le bras armé d’un État impérialiste en pourrissement et plongeant de plus en plus dans la réaction. Face à la violence de la bourgeoisie, nous apportons notre soutien inconditionnel à la lutte de toutes les familles de victimes de l’État français.

Seule la lutte compte, et tu en es un exemple !

Awa, le peuple est avec toi !

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