Prochain pas en avant : la démission de Macron

La France est l’un des rares exemples de système électoral uninominal avec un président élu et aucune procédure de révocation. Certes l’Assemblée Nationale peut enclencher une procédure de révocation mais seulement dans des cas extrêmes. De plus, avec le calendrier électoral mêlant élections Présidentielle et législatives, ce schéma est purement théorique. La France est donc une des moins démocratiques des démocraties bourgeoises. Le fond de l’affaire ne se trouve pas dans la question « plus ou moins de démocratie » mais dans le caractère de l’État. Seul le Marxisme nous permet de comprendre ce qu’il est dans son essence. Le Marxisme nous apprend que ce n’est pas le système de gouvernement, qui est la façon dont s’organise le pouvoir, mais de savoir quelles classes a, ou ont, le contrôle effectif de l’État. Dans tout État autre que l’État prolétarien, l’État est forcément la dictature des classes réactionnaires, peu importe que cela soit une dictature militaire, une république libérale, théocratique, une monarchie etc. Dans tous les cas, les pays impérialistes d’Europe sont des dictatures de la grande bourgeoisie. Cela signifie que même la démocratie bourgeoise la plus libérale, comme la Confédération Helvétique (Suisse) par exemple, reste une dictature de la bourgeoisie, dictature de la minorité de capitalistes sur la majorité.

Il nous semble aujourd’hui assez clair que le caractère de dictature de la bourgeoisie est de plus en plus limpide pour tout le monde tant l’État se réactionnarise.

Considérant cela, il n’est pas question dans cet article de critiquer la démocratie bourgeoise dans le but de l’améliorer par un système qui serait un peu plus démocratique, comme une VIe République, sans changer le caractère de classe de l’État. Seul un processus révolutionnaire dirigé du début à la fin par le Prolétariat peut accoucher d’une véritable démocratie pour l’immense majorité des Masses mais qui resterait une dictature pour les ennemis de la Révolution car il est impossible de supprimer directement l’État. Tout cela se fait en dehors du cadre de l’État bourgeois, des élections, du Parlement, en brisant le cadre du consensus capitaliste. Toute action politique tactique ou stratégique ne peut que viser à la destruction de l’ancien et à la construction d’un Nouvel État prolétarien sous peine de se mettre à la remorque de la bourgeoisie.

En quoi donc la démission de Macron avant la fin de son mandat est-il donc un enjeu tactique important pour la séquence politique actuelle? Nous ne reviendrons pas ici sur la naissance de la Ve République qui est, directement et principalement, liée aux luttes anticolonialistes des Masses populaires sous domination française (Vietnam, Cambodge, Laos, Algérie), de la nécessité de sortir de ces guerres pour la bourgeoisie monopoliste française, d’un vieux Général à leur service, d’un Parti Communiste déjà consommé par le révisionnisme, sans quoi l’aventure n’aurait pas été possible. L’aspect bonapartiste et plébiscitaire, avec une Assemblée « Nationale » dès le début pensée comme chambre d’enregistrement, ce qui en France n’est pas une nouveauté depuis le coup d’État du 18 brumaire, est l’aspect principal du Régime actuel. L’idée de De Gaulle était, comme il l’a lui même affirmé, de fermer une époque d’instabilité ouverte en….1789 ! Dans sa conception bourgeoise anti-peuple toute gaullienne, les français, tout à la fois moutons et lions, nécessitaient un Président fort, tout puissant, inviolable, remplaçant le Roi, et donc un Parlement sans parlementarisme, des élections sous forme plébiscitaire, parce que 1958 ce n’était pas 1650, et que c’est le meilleur système de gouvernement pour que la bourgeoisie impose sa dictature aux Masses orphelines d’un Parti Communiste.

Tout cela a franchement marché, principalement parce que le Parti, déjà plus communiste, avait accepté l’intégration à l’État. Mais tel le règne de Louis XIV, passé la phase gaullienne, la suite sera de moins en moins glorieuse, due précisément à ce qui a fait la force de la Ve République. La Ve République c’est un régime pour sortir d’une crise, le colonialisme, afin de moderniser le capitalisme français, dans une période où l’impérialisme se redéveloppe (les 30 glorieuses), où la phase révolutionnaire de la fin de la seconde guerre mondiale s’est refermée dans une défaite violente teintée de trahison, donc, dans une période de relative stabilité. Et de fait, les 50 dernières années ont été principalement une période sans situation révolutionnaire en France (c’est le prix à payer quand le Prolétariat n’a plus son Parti), tandis que l’impérialisme continuait son processus de décomposition. Et de fait depuis 1973, les crises économiques se sont enchaînées toujours plus profondes et cela malgré l’effondrement du révisionnisme soviétique et le nouveau marché de la Chine social-impérialiste. Toutes ces crises ont enrichi massivement la grande bourgeoisie et exploité de plus en plus le Prolétariat, le développement des forces productives sur la période (et le pillage impérialiste) atténuant cette dernière situation. Cette période est définitivement révolue. Aujourd’hui, c’est la crise économique profonde (où sont les industries?), la crise sociale visible dans tout le pays, et maintenant la crise politique reconnue par tous et toutes. Cette situation historique inquiète profondément la bourgeoisie, car tout cela ne signifie qu’une chose : le retour de la lutte des classes et donc la lutte politique aiguë pour la question du Pouvoir. Tout cela nous réjouit et nous remplit d’un optimisme débordant. L’époque est totalement défavorable pour tous les réactionnaires car la situation d’exploitation s’aggravant et se reflétant dans la conscience des Masses populaires, elles ne sont plus prêtes à se faire balader par les fausses paroles d’évangiles des politicards et journalistes au service des puissants. Selon Lénine : C’est seulement lorsque “ceux d’en bas” ne veulent plus et que “ceux d’en haut” ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière, c’est alors seulement que la révolution peut triompher ». Nous connaissons assurément en France une situation révolutionnaire en développement inégal (rien n’est rectiligne) c’est à partir de cette compréhension qu’une possible démission de Macron prend une toute autre saveur.

Tout le Régime est basé sur le mandat irrévocable du Président de la République, seul cet aspect est sacré en France le reste n’étant que fioritures pour analystes politiques. C’est la clé de voûte de tout l’édifice, le garant que le pays est contrôlable et contrôlé. C’est le meilleur leg de De Gaulle à la Révolution, assurément. Ce système a empêché qu’existe une vrai vie parlementaire bourgeoise, faite de discussions, de compromis, d’alliances impensable, de revirements peu honorables, tout ce qui nous semble étrange, pour nous français, quand nous regardons les pays limitrophes. La Ve République inopérante, coupée des Masses, ne peut que se réactionnariser pour survivre et donc attiser encore plus la lutte des classes.

Le mouvement du 10 a le potentiel d’une victoire historique, il peut créer ce qui était impensable il y a encore quelque mois : la chute du Régime et une très grande période d’instabilité. Les Masses en mouvement ont la puissance de pousser à une nouvelle décapitation (symbolique pour l’instant) du tout puissant monarque élu ce qui créerait une crise de régime sans commune mesure depuis des décennies. Le Régime de la Ve République n’aurait plus aucune légitimité et apparaîtrait encore plus clairement aux yeux de tous comme une dictature des riches.

Les tâches des Masses populaires sont de rentrer de toutes leurs forces dans cet arbre pourri qu’est la Ve République pour qu’apparaisse la foret de la domination de la grande bourgeoisie et des monopoles. Les réactionnaires n’ont que très peu de marge de manœuvre actuellement. Le criminel Bayrou a précipité la tendance historique à la fin de ce Régime pourri, il a mis dans une situation périlleuse TOUS les partis du Parlement. Les choix pour Macron sont réduits, selon les commentateurs officiels, il y aurait comme possibilités : soit un nouveau gouvernement socialiste complètement illégitime qui sauterait au premier détour, ou ne tiendrait que par la volonté du RN, mais pour celui-ci l’équation serait trop complexe ; soit une dissolution qui verrait le parti du Président tomber à 15 % et qui entraînerait presque automatiquement une procédure pour des élections anticipées ce qui est peu probable, Macron ne voulant pas lâcher le Pouvoir ; soit un Gouvernement RN qui serait le plus logique mais détruisant « le front républicain » et accentuant encore plus la crise du Régime. Les grands patrons, les vrais maîtres du jeu, ne sont pas pour l’instant pour cette possibilité accentuant encore plus l’instabilité. Quoi qu’il en soit la marche vers les élections de 2027 va être longue et éprouvante.

Une seule donnée n’est pas prise en compte par tous ces stratèges, l’action des Masses déterminées à créer une situation de chaos par un immense « trouble à l’ordre public » accentuant la crise du Régime. Le Régime en crise ce n’est pas la Révolution mais cela participe à accentuer la situation révolutionnaire dans le pays. La tendance à la guerre entre les puissances impérialistes en concurrence féroce pose comme nécessité la restructuration économique qui a besoin de finances plus ou moins saines. La nécessité du réarment pour que la France conserve ses positions dans la lutte actuelle pour le repartage du Monde nécessite une violente politique anti-ouvrière. Nous comprenons donc que la situation est totalement favorable au développement des nouvelles forces communistes dans le pays. Toute politique de stabilisation économique développe la lutte des classes, entraînant une instabilité sociale et politique, nécessitant en retour un Régime de plus en plus dur, entraînant forcément une résistance accrue des Masses populaires. En somme, quoi que fasse la Bourgeoisie, la situation est difficilement gérable sans accentuer la lutte des classes ce dont nous devons profiter. Bien entendu, d’une façon ou d’une autre, la bourgeoisie trouvera une porte de sortie : c’est pour elle une question de vie ou de mort. La bourgeoisie doit écraser la classe ouvrière pour continuer son système de mort en France et à l’étranger. Cette politique se combat par la lutte des classes, la vraie, dans les usines occupés, dans la rue, sur les barricades, sans compromission avec les capitalistes.

Seule la classe ouvrière organisée par le Parti Communiste peut empêcher que la Guerre et le fascisme ne s’abattent encore une fois sur le vieux continent. C’est la tâche stratégique de tout révolutionnaire conscient de l’époque que de reconstituer l’État-major du Prolétariat.

L’expulsion de Macron accentuera l’instabilité de tout l’édifice bourgeois et donnera à la classe ouvrière l’espace pour se redévelopper comme force subjective révolutionnaire. Le chaos sera là qu’on le veuille ou non, autant le mettre au service de la Révolution Socialiste se servant de chaque moment pour lutter pour la reconstitution du Parti Communiste signifiant le Prolétariat luttant de nouveau pour le Pouvoir.

Faire tomber Macron, abattre le Régime, révéler en profondeur les vrais coupable de tous nos problèmes : la grande bourgeoisie, les monopoles impérialistes, les capitalistes, les expropriateurs de nos richesses produites, voilà le sens révolutionnaire, prolétarien, du Mouvement du 10.

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