Le 2 mai 1945, l’armée soviétique prend Berlin ! Pour les combattants de l’Armée Rouge sonne la célébration après 4 ans de guerre. Le 9 mai à l’heure de Moscou et le 8 mai à l’heure de Paris, Staline fait signer le traité officiel de capitulation au Maréchal nazi Keitel à Berlin. C’est la fin de la plus grande guerre antifasciste de l’histoire.
Une victoire communiste par la guerre de partisans.
Cette victoire a été gagnée en grande partie par les communistes qui ont, à travers la guerre de partisans appuyée par les masses de la très jeune révolution bolchevique, éliminé 80% de toute la Wehrmacht. La forme de la guerre des partisans ici, qu’aujourd’hui nous pourrions assimiler à la guerre populaire, est très importante car elle contraste fortement avec la forme bourgeoise de la guerre. Les soldats de l’Armée Rouge étaient issus des masses de l’Union Soviétique, en bonne partie des volontaires engagés à l’arrivée de la guerre, et appliquaient massivement les méthodes de la guérilla avec une direction politique centralisée et des structures qui appliquaient les directives militaires par la décentralisation tactique. Les unités de partisans étaient à la fois des unités militaires et politiques, étant dirigées par un commissaire politique dans chaque unité, appliquant le principe que c’est le Parti qui dirige le fusil et pas l’inverse. Pour se ravitailler, ils reposaient en grande partie non pas sur de la logistique d’État mais sur l’aide des masses. Comme dans toute Guerre Populaire, la seule répression efficace par l’ennemi était le génocide, aussi bien les partisans communistes que les peuples slaves et les Juifs ont été catégorisés comme des Untermenschen (des sous-hommes) et méthodiquement génocidés en masse par la barbarie fasciste, qui appliquaient la politique de fusiller sur place des cadres du Parti capturés, le massacre des villages entiers si ne serait-ce qu’une seule personne donnait de l’aide aux partisans, ainsi que le nettoyage ethnique pour préparer la colonisation des territoires slaves. Seulement en Biélorussie, 600 villages ont été brûlés avec les habitants enfermés à l’intérieur. Ce qui relevait de cas exceptionnel sur le front de l’Ouest était la norme sur le front de l’Est. Comparé aux prisonniers de guerre occidentaux dont seulement 3 % sont morts dans les camps nazis, sur les près de 6 millions de soldats soviétiques capturés, plus de 3 millions sont morts en captivité nazie, subissant la torture, le travail forcé jusqu’à l’épuisement mortel, la famine organisée et les pelotons d’exécution. Malgré cette horreur, ce sont des millions de masses qui ont continué de lutter et ceux qui arrivaient à s’échapper des camps retournaient rejoindre l’Armée Rouge pour poursuivre la lutte.
De l’autre coté du front en France, c’était les communistes également qui organisaient la guérilla urbaine et les maquis pour résister à l’invasion nazie. À Paris, les héros de la célèbre Affiche Rouge, le colonel Fabien et les Francs-Tireurs et Partisans ont marqué l’histoire de tout un pays. Leur courage avait comme source leur amour des masses et de la lutte contre l’injustice, jusque dans le terrible camp d’Auschwitz-Birkenau, la vaillante Danielle Casanova et ses camarades communistes organisaient la solidarité et l’esprit de résistance. C’est la Résistance communiste qui a magistralement libéré la Corse. Dans le Limousin, les officiers nazis qui ont perpétré le célèbre massacre de Oradour-sur-Glane pour mater la population limousine qui soutenait les partisans reconnaissent dans leurs lettres l’immense problème que représentait le maquis pour eux, un réel État dans l’État dont le dirigeant Georges Guingouin était surnommé “le Préfet du Maquis”.
L’héritage historique de cette victoire est tellement héroïque et glorieux que les bourgeois impérialistes d’Europe et d’Amérique du Nord n’ont cessé de l’attaquer par la déformation historique et les mensonges, mettant en avant une soi-disant collaboration entre les Soviétiques et les Nazis par l’accord Molotov-Ribbentrop, qui avait pour but de gagner du temps pour préparer la guerre du coté soviétique qui n’ont jamais vu l’Allemagne nazie autrement que comme des ennemis sanguinaires. Ces propagandistes de la misère intellectuelle bourgeoise, qui omettent complètement de parler des accords de Munich, de dire que c’est bien la bourgeoisie réactionnaire impérialiste qui a mené au pouvoir le parti national-socialiste puis profité de l’exploitation et du travail forcé comme l’empire Ford, puis à la fin de la guerre c’est bien les impérialistes qui ont sauvé les officiers nazis, ont compensé les entreprise collaborationnistes comme General Motors, réaffecté des nazis à des postes dirigeants comme dans la NASA. Pourquoi cette complicité avec le fascisme? Car au fond, il n’y a pas d’opposition fondamentale entre le fascisme et le libéralisme bourgeois. Sans se laisser attendre, en cette même journée du 8 Mai 1945 ce sont les Résistants et le peuple algérien qui sont massacrés à Sétif, Guelma et Kherrata par l’armée coloniale française, annonçant une séquence historique des plus difficiles en Afrique montrant toute la barbarie dont est capable le camp de la bourgeoisie dirigé par le « libérateur » De Gaule. Le fascisme n’est que la forme la plus violente et réactionnaire de l’État bourgeois, qui est obligé de l’adopter pour préserver son pouvoir en menant la guerre ouverte contre les masses.
Pour amoindrir la victoire des masses soviétiques, c’est le leadership du Parti Communiste qui est attaqué, en le blâmant pour les 8 millions de soldats et les presque 20 millions de morts civils pourtant tués par l’Allemagne nazie dans leur stratégie génocidaire pour couper les partisans des masses. C’est une des plus ignobles propagandes blâmant les victimes du génocide, reprise par certains trotskistes crasseux qui n’ont rien fait pendant la guerre à part propager un pseudo-internationalisme de fraternité avec les nazis.
Finalement, l’héritage de cette victoire est tellement immense que pour se rattacher à celle-ci, même le gouvernement impérialiste russe arbore la faucille et le marteau en cette journée pour pervertir le sens de ce symbole et justifier sa guerre odieuse contre les masses d’Ukraine, en transformant l’honneur communiste en chauvinisme pourri.
Quel sens porte cette date aujourd’hui en France?
Le contexte en France ainsi que dans beaucoup de pays où la bourgeoisie traverse la crise présente des similarités à l’époque où le fascisme se développait en Europe avant la grande guerre antifasciste. Aujourd’hui aussi, il y a une grande part de la population qui a un sentiment d’être perdante dans l’équation, et c’est quelque chose de réel, car l’exploitation des travailleurs n’a fait qu’augmenter pour gaver les actionnaires et les patrons. Les monopoles et les puissances impérialistes sont dans leur crise de la baisse tendancielle de leurs profit. En réponse à cela, deux camps se dessinent.
Ceux des réactionnaires bourgeois qui sortent du placard leur discours chauvins contre les immigrés pourtant amenés en France par les impérialistes pour se faire exploiter dans les pires boulots et dans les pires conditions à leur compte. Ils poussent la marche à la guerre et à la défense d’une patrie supposément menacée, ils nous ressortent les discours sur « l’ordre républicain » caractéristique du fascisme. Ils tentent à vitesse grand V de corporatiser la société en mettant au même plan la bourgeoise et les salariés, ils érigent la figure du « bon citoyen » qui accepte l’exploitation et l’ordre étatique contre le « mauvais citoyen » qui ne travaille pas, se révolte ou proteste, qui est une femme, handicapé ou immigré. La résurgence de ces tendances politiques n’est pas lié à un parti spécifiquement. Le moteur du fascisme en France ce ne sont pas les imbéciles qui réhabilitent les swastikas comme Quentin Deranque en faisant des marches fascistes, leur développement n’est que le symptôme de la maladie. C’est bien les milliardaires des franges de la bourgeoisie réactionnaire qui font tourner l’engrenage, en forçant pour un État plus répressif pour garantir leur profits et mater la révolte populaire. Le Parlement n’est plus qu’un cirque pour s’accorder entre partis bourgeois sur les modalités de l’exploitation du prolétariat.
En réponse à cela, il n’y a et il n’y a jamais eu qu’un seul camp, celui des communistes. Dans les récentes années, nous avons bien vu la politique du « barrage » et « du moindre mal », menée main dans la main par la bourgeoisie macroniste et sociale-démocrate, échouer lamentablement. La marche vers le fascisme n’a fait que s’accélérer par l’écrasement de la gauche derrière la stratégie électorale. Pourtant contre le fascisme, les urnes n’ont jamais tenu, car contre le fusil de la barbarie il n’y a que le fusil communiste soutenu par les masses en mouvement qui tient. Les révolutionnaires en France ont porté cette idée dans les dernières années par les campagnes de « Boycott des élections ». Aujourd’hui plus que jamais, cette réalité est importante à saisir car se mettre à la traîne des partis bourgeois sociaux-démocrates est une erreur fondamentale à ne pas commettre pour tout révolutionnaire sincère. Le prolétariat doit constituer son camp autonome de toutes les classes réactionnaires.
Ce qui doit guider l’activité des personnes sincères qui veulent éviter la barbarie fasciste, ce n’est pas la politique du bulletin mais la politique de l’organisation des forces révolutionnaires, capables d’écraser le capitalisme. La mobilisation de la jeunesse communiste à Lyon le 8 mai est une démonstration par une action coup de poing de la juste voie à suivre par l’organisation des masses. Il n’est pas trop tard pour accepter les mains tendues, et les mains seront toujours tendues tant qu’en face il y aura des gens sincères qui ont envie de lutter et de gagner.
Pour comprendre que ce problème n’est pas nouveau, nous vous partageons un extrait d’une déclaration du comité exécutif de l’Internationale Communiste, présentée par le grand dirigeant de l’Internationale Communiste Georgi Dimitrov durant son procès en 1933, dans la cour nazi qu’il a transformé en tribune politique en assumant sa propre défense contre les fausses accusation de culpabilité dans l’incendie du Reichstag.
“Le principal obstacle à l’établissement d’un front uni des travailleurs sociaux-démocrates était et reste la politique de coopération avec la bourgeoisie menée par les partis sociaux-démocrates, qui ont désormais exposé le prolétariat international aux coups de l’ennemi de classe. Cette politique de coopération avec la bourgeoisie, connue sous le nom de politique dite du « moindre mal », a en réalité conduit au triomphe de la réaction fasciste en Allemagne. (…)
L’appel du Bureau de l’Internationale socialiste ouvrière du 19 février de cette année contient une déclaration des partis sociaux-démocrates, membres de l’Internationale, exprimant leur volonté d’établir un front uni avec les communistes pour combattre la réaction fasciste en Allemagne. Cette déclaration contraste fortement avec toutes les activités antérieures de l’Internationale socialiste et des partis sociaux-démocrates. Toute la politique et l’activité de l’Internationale socialiste donnent jusqu’à présent à l’Internationale communiste et aux partis communistes des raisons de se méfier de la sincérité de la déclaration du Bureau de l’Internationale socialiste « ouvrière » qui fait sa proposition à un moment où, dans plusieurs pays et, surtout, en Allemagne, la classe ouvrière elle-même prend l’organisation d’un front uni en main.
Néanmoins, face à l’assaut fasciste contre la classe ouvrière allemande – un assaut qui libère toutes les forces de la réaction mondiale – le Comité exécutif de l’IC appelle tous les partis communistes à tenter une fois de plus d’établir un front uni avec les masses social-démocrates à travers les partis sociaux-démocrates. Le Comité exécutif de l’Internationale communiste tente cette tentative avec la ferme conviction que le front uni de la classe ouvrière contre la bourgeoisie repousserait l’assaut du capital et du fascisme, et précipiterait la fin inévitable de toute forme d’exploitation capitaliste. (…)
Sans programme d’action spécifique contre la bourgeoisie, tout accord entre partis sera dirigé contre les intérêts de la classe ouvrière.”
Il s’agit aujourd’hui de continuer à construire les forces révolutionnaire et constituer un front uni avec toutes les forces sincères contre l’ennemi de classe, la bourgeoisie. Il est principalement nécessaire de reconstituer le Parti Communiste mais également qu’un large camp progressiste et antifasciste se constitue, en portant les intérêts non pas de la bourgeoisie nationale « progressiste » représentée par des grands patrons de la distribution et du marché intérieur mais ceux du prolétariat et de la classe ouvrière. Nous devons rallier autour d’un programme antifasciste conséquent toutes les forces progressistes pour appuyer ou pour mener un travail politique de fond auprès du prolétariat et de la classe ouvrière, seuls capables de conjurer la barbarie fasciste par la révolution socialiste.


