Le 8 mai 2026, à l’occasion du Jour de la Victoire du communisme contre la barbarie nazie, la jeunesse révolutionnaire de France, à l’initiative de la Jeunesse Communiste, a mené une large opération d’agitation au cœur de Lyon. Le mot d’ordre de cette opération : « Lyon, capitale de la Résistance ». Nous vous en proposons ici un compte-rendu.
La journée commence à 7 h du matin, dans un parc situé dans la banlieue de Lyon. Dans le froid matinal, plus d’une centaine d’activistes s’affaire dans les préparatifs de la journée. Parmi eux, des étudiants, des ouvriers, des chômeurs, des lycéens, venus des quatre coins du pays. Jusqu’à la fin de l’après-midi cette centaine de jeunes va parcourir toute la métropole de Lyon. 40 000 tracts ont été diffusés, 250 affiches collées, et 60 banderoles accrochées pour mener à bien l’opération « Lyon, capitale de la Résistance ».
La commission responsable de l’organisation détaille les objectifs de la journée. Lyon, aujourd’hui considérée comme la capitale française du fascisme, doit être le théâtre d’une journée de contre-agitation. Il est inacceptable que cette ville qui fut le cœur de la Résistance intérieure contre le fascisme devienne aux yeux de tous le terrain de jeu des groupuscules néo-nazis. De plus, cette opération doit être le début d’une grande campagne contre la tendance au fascisme, contre la réactionnarisation, qui ne doit en aucun cas attendre le cirque électoral pour se déployer le plus largement et profondément dans les masses de France.
Ainsi, dès le matin, les activistes sont déployés aux quatre coins de la ville. À Vénissieux, Saint-Priest, Vaulx-en-Velin, les tracts ont été diffusés devant les principaux centres commerciaux et boîtes aux lettres aux alentours. Les résidences étudiantes à proximité de l’Université Lyon 2 Bron ont également été visitées. À la gare Part-Dieu, la jeunesse révolutionnaire a fait le choix du symbole. À l’instar du Résistant communiste Fabien, les activistes ont procédé à leur distribution de tracts à la sortie des trains arrivant en gare. De l’autre côté de l’avenue, c’est un impressionnant jeté de tracts qui a eu lieu en plein milieu du centre commercial de la Part-Dieu, au nez à la barbe de la sécurité, qui a suscité l’intérêt des passants en contrebas.
À Confluence, un jeté de tracts similaire a eu lieu dans le centre commercial. Une fois les camarades redescendus, la sécurité les a immédiatement contrôlés et violentés. Une réaction disproportionnée dans une action tout à fait pacifique et démocratique, mais qui suit le développement de la réactionnarisation en cours. Cette tentative d’intimidation n’a pas découragé les jeunes combatifs, qui ont repris le cours de leur activité sitôt débarrassé de la sécurité.
Plusieurs monuments de la Résistance ont également été visités et honorés par les différents groupes d’action. À la Croix-Rousse, la jeunesse a honoré la mémoire des Canuts, figures emblématiques de l’histoire de la lutte des classes lyonnaises. Principalement présents dans le quartier de la Croix-Rousse aujourd’hui en pleine gentrification, les Canuts représentaient la pointe avancée de la classe ouvrière en France au début du XIXème siècle. Entre 1831 et 1849, les Canuts se révoltent à 4 reprises contre la misère imposée par la bourgeoisie. Sous le mot d’ordre « Vivre en travaillant ou mourir en combattant », les Canuts sont l’incarnation de la révolte nécessaire contre l’injustice, que n’ont pas manqué de saluer les jeunes activistes.
Lyon ne manque pas de monuments à la gloire des martyrs de la Résistance et ce sont principalement eux qui furent honorés ce jour-là. La ville fut, tant sous la domination vichyste que sous l’occupation directe par les nazis, le centre névralgique de la résistance armée antifasciste dont la résistance communiste. Des grands noms ornent les murs et les statues de la ville, mais surtout sa mémoire populaire. Léon Landini, Berty Albrecht, Jean Zay, Gilbert Dru, Charles Delestraint, René Leynaud et bien sûr Jean Moulin. Pourtant, cette mémoire est un champ de bataille entre la bourgeoisie et le prolétariat. Il y a déjà 3 ans, Emmanuel Macron s’était déplacé à Lyon pour « honorer » la mémoire des Résistants lyonnais pendant que la police gazait le rassemblement syndicale de commémoration du 08 mai. L’année suivante, Missak Manouchian avait été inhumé au Panthéon, d’abord sans la présence de ses anciens camarades de lutte des FTP-MOI et avec la présence des cadres du RN. C’est cette tentative éhontée d’édulcorer l’Histoire qui fut dénoncée par les activistes, qui au cours de leurs diverses prises de parole ont signifié que notre classe s’est soulevée et qu’elle a été la seule à la hauteur de l’époque, malgré les tortures, les privations, les déportations et les exécutions. Ainsi, des banderoles d’hommage et des roses rouges ont été déposées au pied de la statue de Jean Moulin, à Caluire-et-Cuire, devant le Fort Montluc, place forte de la torture orchestrée par la Gestapo et les collaborationnistes sous Klaus Barbie, ou encore sur la place des Martyrs de la Résistance. Devant la statue de la Résistance intérieure à Bellecour, les activistes ont également déposé un drapeau orné de la faucille et du marteau.


Après une courte pause le midi, l’opération reprend pour le reste de l’après-midi. À vélo, en voiture, à pied, en transports en commun, la métropole continue d’être sillonnée jusqu’à 17 h. Les grands quartiers populaires de Lyon intra-muros, comme le quartier de Mermoz, Paul Santy ou des États-Unis, ont vu fleurir sur leurs murs des affiches des grandes figures communistes de la Résistance, comme le Colonel Fabien, Guy Môquet ou Danielle Casanova, des affiches de l’opération, de banderoles ou encore de soutien à la révolution agraire au Brésil. Hors de Lyon même, les quartiers populaire de Vénissieux, particulièrement plusieurs secteurs du quartier des Minguettes et de Parilly, de Saint-Priest, Bron et Villeurbanne ont également été visités. Les activistes ont tenu le pavé dans les marchés d’arrondissements et de quartiers populaires, dialoguant avec les habitants sur le contenu du tract et sur la signification hautement politique du 8 mai. Dans certains groupes, les activistes n’ont pas hésité à pénétrer dans des bars et restaurants pour discuter avec les clients.
Notablement, de nombreuses banderoles déployées dans tous les arrondissements de Lyon exprimaient la solidarité de la jeunesse combative de France à l’égard des antifascistes enfermés aujourd’hui suite à l’affaire Deranque. Une marque de solidarité inévitable dans une journée de mobilisation antifasciste, où la bourgeoisie tente à tout prix d’isoler les militants, plus encore lorsqu’ils sont enfermés quand une partie du camp progressiste leur a tourné le dos.

Mais cette journée ne fut pas uniquement une journée de commémoration de la victoire de la Résistance nationale antifasciste. Dans les mêmes secteurs évoqués plus haut, des banderoles de mémoire des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie le 8 mai 1945, massacres commis par la France coloniale, ont été déployées, afin de signifier le double caractère de cette journée. D’un côté, la jeunesse a tenu à commémorer le sacrifice de dizaines de milliers de fils et filles du prolétariat de France, qui ont pris les armes pour repousser la barbarie fasciste. Mais de l’autre, elle n’oublie pas les massacres commis par l’impérialisme français, qui dans sa reprise en main des affaires au sortir de la guerre, a décidé comme premier acte d’appliquer des méthodes fascistes et des massacres qu’elle avait subit elle même pendant l’Occupation. Dans un esprit anti-impérialiste nécessaire, car la lutte contre le fascisme n’est pas une cause exclusivement nationale, commémorer la barbarie de la bourgeoisie française et l’héroïsme des peuples dans le même souffle est une nécessité politique et historique majeure. C’est également dans cet esprit que plusieurs banderoles de la Ligue Anti-Impérialiste furent aperçues dans plusieurs endroits de la ville, saluant le Congrès mondial de l’organisation.


Une fois tous les secteurs visités, les différents groupes convergent dans le huitième arrondissement pour le rassemblement de commémoration du 8 mai, organisé conjointement par la Jeunesse Communiste et le Comité Populaire d’Entraide et de Solidarité du quartier des États-Unis rassemblant plus de 175 personnes.
Que retenir de cette journée ? D’abord, que la jeunesse révolutionnaire est toujours déterminée à défendre la mémoire et les conquis de la Résistance antifasciste, gagné grâce aux sacrifices des résistants et communistes, y compris dans les supposés bastions des fascistes. Alors que ces derniers clament partout que la ville est fasciste, plus d’une centaine de personnes ont prouvé le contraire. Dans un cadre plus large, la bourgeoisie réactionnaire tente partout et en permanence de faire croire que la majorité de la population de France partagerait leurs idées. En cette journée, rien de plus faux, car une grande partie des masses rencontrées au cours de l’opération a accueilli la mobilisation avec intérêt et approbation en plein contexte de réactionnarisation accrue. L’antifascisme de notre époque doit être un outil de combat de mobilisation et d’organisation des masses, dans tous leurs secteurs d’activités, dans les quartiers populaires, sur les lieux de travail et dans les lieux publics, dans les facultés. Sans mobilisation combative des masses, nous serons toujours vulnérable tant face à la réactionnarisation que face aux fascistes. Cette mobilisation ne saurait advenir sans travail de fond et de terrain dans toutes les villes et villages de France, sans briser le cadre du milieu militant trop distant des masses. Cette opération est le prémisse d’une large campagne de défense des droits démocratiques et syndicales, qui ne saurait être résolue par la légitimation du régime politique en place. L’antifascisme d’aujourd’hui se fera avec les masses, dans le feu ardent de la lutte des classes, en brisant le consensus électoral, ou ne se fera pas. Lyon a été, est, et restera à jamais la capitale de la Résistance !


