En janvier 2024, le ministre de l’Intérieur de l’Union Indienne et président du parti fasciste BJP Amit Shah décrète le début d’une vaste campagne militaire pour éradiquer « l’extrémisme de gauche » dans l’est du pays. Cette campagne, qui s’est fixé comme objectif la fin définitive du mouvement révolutionnaire d’ici le 31 mars 2026, laisse un bilan humain lourd, à l’heure où les forces armées du vieil État se sont déchaînées contre les masses, principalement indigènes de la région, au nom des grandes compagnies minières.
Depuis 1967, l’Inde est secouée par un puissant mouvement révolutionnaire dirigé par des Communistes. La base de ce mouvement sont la masse des paysans pauvres et des adivasis, les peuples premiers de l’est et du centre de l’Inde, marginalisé par l’État et sujets à une oppression brutale sur leur propre territoire. Depuis 2006, la direction de ce mouvement est incarnée dans le Parti Communiste d’Inde (maoïste) et son armée populaire, l’Armée Populaire de Libération de Guérilla (PLGA), qui dirige des millions de personnes dans ses bases d’appui dans une guerre prolongée sans merci contre les forces de répression, devant la « première menace sécuritaire interne » du vieil ordre établi.
La révolution indienne est une épine dans le pied pour les projets des compradores de New Delhi. Les forêts de l’est et du centre sont le cœur de cette révolution, où se concentre l’essentiel des masses dirigées par les Communistes. Or, elles sont aussi le site de gisements de minerais particulièrement importants pour ceux qui désirent intensifier le pillage du pays par les impérialistes. Bauxite, fer, zinc, mais aussi d’autres minerais très précieux, ce qu’on appelle les terres rares, déjà évoquée dans notre précédent article sur la crise au Groenland. Pour éviter la dépendance au social-impérialisme chinois qui détient un quasi-monopole sur ces minerais, le gouvernement fasciste de Narendra Modi cherche à tout prix à assurer sereinement le dépeçage de la région.
Sans la présence des révolutionnaires, les masses, principalement indigènes sont confrontées à des plans de déplacement et de destruction de leur environnement par les grandes corporations. Des villages entiers sont vidés de leur population par la force des fusils, avant d’être internés dans des camps avec l’interdiction formelle d’en sortir ou de tenter de revenir chez eux. Ces camps servent de boucliers humains contre les révolutionnaires, baptisés par l’État « camps de sécurité ». Dans ces camps, on compte 1 militaire pour 9 civils, mais aucun hôpital, aucune école comme aucune autre infrastructure.
Les différentes campagne anti-maoïstes sont un appui direct des plans de l’État nazi-hindou à la solde des corporations, pour vider la jungle de son peuple et asseoir le pouvoir des grandes compagnies minières, en détruisant les sols, en abattant des milliers d’hectares de forêt et en empoisonnant des cours d’eau entiers dont dépendent l’essentiel de la population locale. Or, la PLGA est la seule capable de défendre la population et les plans de ces grandes corporations. C’est elle qui repousse les incursions armées de l’État venus terroriser le peuple, comme c’est elle qui empêche l’exploitation des sols pour vendre les ressources du pays à l’étranger, comme c’est elle qui permet aux paysans et aux adivasis de partager les terres et de ne plus subir les famines imposées par le semi-féodalisme.
Politiquement, détruire le mouvement révolutionnaire et intensifier le pillage des ressources naturelles est aussi le corollaire de la réalisation du projet suprémaciste hindou du BJP, qui vise à atteindre la « Nouvelle Inde », un État nazi-hindou « pur », débarrassé de la lutte des classes et de ses minorités ethniques et religieuses. Un État régi par le principe de l’Hindtuva, une idéologie suprémaciste appliquant avec minutie la ségrégation des castes sociales au profit de la caste brahmane. C’est à cette idéologie et à ce système barbare qu’Emmanuel Macron a serré la main à de multiples reprises lors des visites de Narendra Modi à l’Élysée et à qui il vend de l’armement lourd destiné à massacrer des civils.
En Inde, la caste la plus basse, celle des Dalits (ou « Intouchables »), représentent 25 % de la population du pays, mais subissent quotidiennement les exactions des castes supérieures. Les femmes Dalit sont régulièrement la cible de violences sexuelles de la part de propriétaires terriens ou même de la police, dont seulement 5 % font l’objet d’une plainte. Parmi ces 5 %, 30 % d’entre elles sont déclarées « fausses » par la police. Le rapport le plus récent concernant l’oppression de caste sur les Dalit date de 2000, où on pouvait constater (selon les chiffres de l’État indien) que plus de 25 000 crimes seulement cette année-là avait été commis contre eux, que 2 Dalit se faisait agresser toutes les heures, et en qu’en 3 jours, 3 femmes étaient violées, deux Dalit étaient tués et deux maisons étaient incendiées. Le projet Hindutva du BJP est également un projet sectaire. Entre autres, l’Inde abrite l’une des plus grandes communautés musulmanes du monde, représentant 172,2 millions de personnes. Pour autant, la communauté musulmane est la cible des mêmes pogroms que ceux que subissent les Dalits. Depuis 1950, plus de 10 000 personnes ont été tués dans des émeutes islamophobes. Depuis l’accession au pouvoir de Narendra Modi, le nombre de cas de ces « émeutes communales » n’a fait qu’augmenter. Les Adivasi, quant à eux, sont des cibles privilégiées pour un gouvernement raciste et suprémaciste qui les massacrent au nom de la mission de civilisation et de l’enrichissement des corporations. Ce projet se place en continuité des plans des gouvernements précédents, repoussant à l’année suivante l’élimination définitive du mouvement révolutionnaire et des communautés indigènes du centre et de l’est de l’Inde.
L’opération Kagaar n’est pas la première opération d’anéantissement dirigé par New Delhi. Depuis plusieurs décennies, l’État indien a déployé différents plans dans des opérations toutes plus barbares les unes que les autres. En 2009, c’est l’opération Green Hunt, qui faisait le pari des milices comme la Salwa Judum, qui s’est illustré pendant des années par des viols de masse, des meurtres sur des civils et autres pillages.
Mais cette nouvelle opération est plus ambitieuse, puisqu’elle avait, avant son lamentable échec, l’objectif de détruire le mouvement révolutionnaire d’ici la fin mars, quoi qu’il en coûte. Pour ce faire, l’Inde sait compter sur ses alliés. Paris est le partenaire militaire privilégié de New Delhi, et les armes françaises, y compris les avions Rafale, sont utilisés pour bombarder les villages et incendier les forêts où se trouve la guérilla. Tel-Aviv, qui sait si bien former les policiers de notre pays, a également formé l’armée indienne à ses méthodes de contre-insurrection, dont on mesure bien toute la barbarie depuis 1948. L’État indien met les bouchées doubles : police, armée, milices locales, garde-forestiers : c’est toute la force de répression bourgeoise, 80 000 hommes dès 2024, qui est mobilisée pour la chasse au peuple.
Toutes les méthodes sont bonnes pour cette tâche. Ainsi, les forces armées sèment la terreur dans les villages, avec des bombardements, des incendies criminels, et surtout les exécutions sommaires, principalement dirigées contre les civils. Depuis 2024, 450 personnes, civils comme révolutionnaires, ont été tuées dans des « fausses rencontres » ou dans des massacres de village, c’est-à-dire des kidnappings suivis d’exécutions sommaires, suivies de la pose d’un uniforme sur la dépouille pour laisser croire à un affrontement « classique ». Ces « fausses rencontres » sont également un moyen idéal de supprimer des activistes adivasis luttant contre le déplacement et la déforestation en les faisant passer pour des guérilleros.
Ces méthodes ne sont pas nouvelles, mais leur ampleur est inédite depuis le lancement de l’opération. Dans les villages, ces exécutions font partie de la procédure. Dans le centre de l’Inde, les forces armées n’hésitent pas à exécuter des enfants lorsqu’elles suspectent le village d’être favorable aux révolutionnaires. Les bombardements aériens s’exécutent sans discrimination, tant que les sites miniers puissent être ouverts après coup.
Pour le PCI(m), le tribut de cette campagne d’encerclement de l’État a été lourd. Les fascistes du BJP se targuent d’avoir massacré près de 700 Communistes dans des opérations d’encerclement. Parmi ces martyrs, on compte des guérilleros et des cadres de la PLGA, des membres des milices populaires, mais aussi des membres importants de la direction du Parti. Le Camarade Basavaraj, secrétaire général du PCI (m) depuis 2018, est tombé héroïquement en mai 2025 les armes à la main aux côtés de 27 de ses camarades. Le Camarade Madvi Hidma, plus jeune membre du Comité Central et dirigeant du glorieux Premier Bataillon de la PLGA, pire terreur du vieil État, a été exécuté avec sa femme et ses camarades au cours d’une « fausse rencontre » présentée par la police comme une « terrible bataille ». Le 15 avril, la Camarade Rupi, une commandante elle aussi de la PLGA est tombée en martyre. Chacun de ces héros ont été honorés dans des funérailles regroupant des milliers de personnes malgré l’interdiction et les intimidations.
Ces attaques barbares ont également permis à des traîtres de prendre le chemin de liquidation, et de rendre les armes et de cracher sur leurs anciens camarades. Ces traîtres qui croient aux promesses des fascistes n’ont que de deux destins : rejoindre les milices pour traquer les révolutionnaires et garder les camps de concentration adivasis ou se faire exécuter plus tard. Face à ces traîtres, le Parti et son armée maintiennent le cap et continuent la lutte, malgré les difficultés immenses et les lourdes pertes. Les actions armées persistent et ne s’arrêteront pas de sitôt. Malgré les communiqués bravaches du régime nazi-hindou, les policiers, les militaires et les traîtres continueront à tomber comme des mouches dans le Dandakaranya1.
Encore aujourd’hui, les crimes barbares de New Delhi persistent. L’opération n’est pas une réussite, l’État repousse une nouvelle fois la finalisation de son projet génocidaire à 2028. Cependant, elle ne s’arrête pas pour autant. Le gouvernement fasciste indien veut terminer le travail coûte que coûte, avec l’aide de nos exploiteurs dans notre pays et dans les autres.
Mais là où il y a oppression, il y a toujours résistance. Si cette opération est un échec, et que les plans de l’État ne sont pas remplis, c’est bien grâce à la résilience des révolutionnaires et des masses indiennes, qui ont contrecarré les plans d’encerclement de l’ennemi, et qui continuent à donner leur vie pour changer définitivement l’ordre social criminel dans le pays le plus peuplé du monde. C’est par la bravoure des dirigeants du PCI (m), qui ont donné leur vie pour l’émancipation des masses que la révolution subsiste encore aujourd’hui, et reviendra plus forte que jamais.
Quand les révolutionnaires d’autres pays traversent des étapes difficiles, notre rôle en tant que révolutionnaires est d’être encore plus solide, et de garder une confiance sans faille envers nos Camarades pour les appuyer. Nous refusons l’attitude pessimiste consistant à faire le deuil prématuré de la révolution en Inde, tout comme nous refuserons toujours de reprendre le narratif des réactionnaires. La révolution en Inde a subi de nombreux revers au cours de son histoire. Elle a survécu aux assassinats, aux exactions gouvernementales, aux divisions et aux bombardements. Elle survivra une fois de plus à cette campagne d’agression, comme elle l’a déjà fait dans le passé. Aujourd’hui, l’opération Kagaar n’a pas rempli son objectif, soit l’éradication de la guérilla maoïste d’ici le 31 mars. Le gouvernement face à cet échec a dû remettre à plus tard sa deadline génocidaire. Pour le gouvernement, ce n’est pas qu’un simple recul ou un problème d’estimation, tout comme pour les révolutionnaires. L’histoire ne se répète pas, et les choses ne reviennent jamais à un état exactement antérieur. C’est une étape du chemin pour la prise du pouvoir, qui inéluctablement renforcera le Parti et son armée.
L’histoire de l’Inde est pavée de l’injustice criminelle causée par les différentes classes dominantes. Que ce soit les féodaux des royaumes, les coloniaux britanniques ou les compradores de New Delhi, les masses et leurs armes de combat sont toujours là. Ni l’État, ni aucune autre criminelle force n’effaceront jamais la résistance des peuples d’Inde contre l’oppression !
Vive la Révolution en Inde !
Vive le PCI (maoïste) et la PLGA !
Saluts Rouges !
1Le Dandakaranya désigne la région historique occupée par les révolutionnaires et les peuples adivasis. Elle recouvre une surface qui s’étend de 300 à 500 km dans l’est et le centre du pays.


