Macron et son petit spectacle

Après s’être fait recalé pour la énième fois du projet de guerre US-sioniste, Macron joue les gros bras le lundi 2 mars en nous faisant subir son petit spectacle. Arrivée escortée par des Rafales, décorum sur fond de sous-marin nucléaire, ton martial et solennel, bourgeois et officiers aux lèvres serrées, les grands moyens ont été mis pour mettre en scène la puissance militaire de la France. Ce spectacle grotesque, sur fond d’images repartagées jusqu’à l’indigestion sur les réseaux sociaux et de Marseillaise à l’odeur de renfermé, avait pour but de remplir les objectifs suivants : faire les gros bras pour montrer sa valeur à l’impérialisme US dans l’espoir d’avoir une part du gâteau dans le nouveau repartage du Moyen Orient. Pour ce qui est des masses en France, l’objectif était de continuer à préparer les esprits à une pseudo-inévitabilité de la guerre impérialiste en inculquant le chauvinisme d’une puissance nationale fantasmé appuyé par le mythe de l’ennemi commun.

Dans son discours partagé sur tous les médias, Macron a pu dérouler son programme militaire. Alors que deux bases militaires françaises ont été pilonnées par la juste rétribution de la nation iranienne depuis la fin de la semaine dernière, Macron le banquier s’imagine comme un Napoléon des temps modernes. Personne n’a réclamé la présence de la France pour bombarder l’Iran, mais la grenouille tente de se faire plus grosse que le bœuf. Ainsi est annoncé en pêle-mêle l’augmentation drastique du nombre de têtes nucléaires, la construction d’un nouveau sous-marin nucléaire opérationnel en 2036 mais surtout l’extension du parapluie nucléaire de la France à ses alliés européens, principalement les impérialismes décrépits d’Europe occidentale, comme l’Allemagne.

L’atmosphère belliciste est enfoncée dans le spectacle de Macron. Selon lui : « Notre dissuasion est robuste et efficace. Tous ceux qui auraient l’audace de s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait à payer » a déclaré le chef de l’État devant un auditoire grisonnant béat d’admiration. En clair, attaquer la France, c’est l’apocalypse assurée. Ce n’est pas la première fois que le champion de la bourgeoisie française utilise ce genre de formules ronflantes. On se souvient de la fameuse formule répétée à de multiples reprises du chef de l’État : « Pour être libre, il faut être puissant, et pour être puissant, il faut être craint », comprenons : la « liberté » d’un pays impérialiste se mesure à sa capacité de nuisance face au reste du monde, une liberté de pillard et de gangster sans foi ni loi qui de fait admet l’existence de l’ordre impérialiste mondial.

Macron poursuit sur la dimension internationale de ce renforcement de l’arsenal nucléaire, et le place dans la dynamique plus globale des contradictions entre les impérialistes. Ainsi, on apprend que ce cap visiblement franchi pour la « nation » sera l’occasion de reprendre et de sécuriser le trafic commercial dans le détroits d’Ormuz et la Mer Rouge, bloqués par la résistance yéménite depuis 2023 et sérieusement renforcé par la résistance iranienne depuis le début du mois de mars. Là où les impérialistes US se sont cassés les dents face aux Houthis, le porte-avion Charles de Gaule est déployé dans une croisade dangereuse qui engage la France dans une guerre qui n’as pas lieu d’être. Les attaques contre le Liban par Israël donnent aussi le ton des conflits d’intérêt Franco-US. Nous plongeons profondément dans le ridicule quand Macron publie son message vocal de propagande lunaire en réponse à une adolescente qui lui a exprimé le sentiment profond de la jeunesse en France : « Bonjour monsieur Macron, j’espère que vous allez bien, est-ce que vous pouvez enlever la guerre s’il vous plaît, parce que vous avez trop ouvert votre bouche je trouve, et en fait, j’ai pas fini de vivre et j’ai pas envie qu’il y ait la guerre ». Cette poussée « patriote » du gouvernement se veut pour stopper les attaques contre ce que Macron appelle « les intérêts de la nation », sous entendu, les intérêts des impérialistes français à contribuer à l’attaque contre l’Iran et continuer d’opprimer le peuple libanais en gardant la fidélité et la main-mise sur le gouvernement compradore libanais.

Le problème de la « dissuasion nucléaire » française avancée fait également partie intégrante du rôle de l’impérialisme français dans les plans de guerre en Europe. La France détient déjà le rôle de commandement du front oriental européen, avec des instructeurs et des soldats déployés sur les pays voisins de l’Ukraine, notamment en Roumanie. Offrir l’extension du parapluie nucléaire français, c’est aussi une occasion supplémentaire de jouer du coude avec l’impérialisme allemand, un des deux seuls concurrents valables de la bourgeoisie française en Europe, lui aussi bien décidé à diriger de nouveau la boucherie à l’Est.

Depuis ce discours, puis l’allocution présidentielle à la télévision, les réactions chauvines s’envolent. On voit surgir une fierté nationale artificielle, basée essentiellement sur des coups de communication peu subtils. La montée des prix du pétrole et du gaz conséquence directe des attaques de l’impérialisme US sur la république iranienne en dépit de toutes les lois internationales, servent aujourd’hui à la bourgeoisie française de justification pour ses politiques dangereuses de vas-t-en-guerre. La situation économique et politique des masses en France n’as pourtant pas changé. La situation catastrophique des masses de France, avec un budget d’austérité et une inflation gonflante sont mises sous le tapis, au profit de belles images d’avion de chasse, de sous-marin et de beaux jardins aristocratiques. Alors il faut combattre ces poussées de chauvinisme partout et en permanence, au travail, à l’université, à l’usine il faut dénoncer la manipulation de la bourgeoisie.

Ces images pathétiques feraient presque oublier que la France n’est plus qu’une puissance de seconde zone qui supplie l’aide états-unienne contre l’impérialisme russe, et dont la production militaire de pointe sert principalement à massacrer des civils dans les nations opprimées. On en oublierait même que l’arme nucléaire n’est que le bluff final des impérialistes, et que la doctrine de la prétendue dissuasion nucléaire n’a jamais empêché la prolifération des guerres partout dans le monde. À l’heure où nous écrivons cet article, sur les 9 puissances nucléaires, 4 sont engagées dans des guerres de haute intensité : la Russie contre l’Ukraine, le Pakistan contre l’Afghanistan, et les États-Unis et son chien de guerre « Israël » contre l’ensemble de la région d’Asie occidentale. Force est de constater qu’aucun de ces pays n’a encore utilisé l’arme atomique depuis la seconde guerre mondiale (à part pour tyranniser des populations colonisés par des essais nucléaires, comme à Tahiti ou en Algérie). Pour la France, et pour les impérialistes en général, la dissuasion nucléaire n’est au fond qu’un aspect secondaire de ses préoccupations. Car être une puissance nucléaire est une chose, assumer la guerre impérialiste en est une autre.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les interventions des pions de la bourgeoisie sentent la poudre à canon, et ce phénomène s’accentue de plus en plus. Pourtant, malgré les menaces grandiloquentes, force est de constater que l’impérialisme français n’est pas encore à même de mettre ses menaces à exécution. Non seulement le complexe militaro-industriel de la France n’est pas encore assez développé pour assumer une guerre de haute intensité, mais les évolutions récentes de la guerre moderne depuis le début des années 2020 ne correspondent plus du tout aux standards de l’armée française. À titre d’exemple, la guerre de drones est désormais un incontournable de la guerre, utilisé dans tous les conflits, aussi bien par des États que par des groupes armés. Un pays comme l’Iran peut produire jusqu’à 350 drones kamikazes par mois à bas coûts, ce qui lui permet de mener des conflits de longue durée et d’épuiser économiquement des adversaires tactiquement bien plus puissants. Les chaînes de production et d’approvisionnement ne permettent pas une efficacité opérationnelle suffisante avec une forte dépendance des importations venant de Chine qu’elle tente de pallier par des contrats économiques, comme nous avons pu le voir avec l’Inde encore récemment. L’équipement de l’armée est aussi vieillissant, que ce soit au niveau des hélicoptères de combat, des pistolets automatiques ou de la marine.

Au niveau des effectifs, la démographie déclinante rend les impérialistes désemparés. La jeunesse est de moins en moins tentée à l’idée de finir en chair à canon. L’armée sort à peine d’une crise de désertion importante, avec une augmentation de plus de 56 % au cours de l’année 2022, et peine à élaborer un programme convaincant d’embrigadement de la jeunesse à grands coups de communication ringards en ligne et de prosélytisme dans les collèges-lycées.

Les récents annonces de Macron donnent le ton de l’époque. La bourgeoisie française est inquiète de ne pas pouvoir se livrer au massacre dans les temps. L’arme nucléaire, souvent invoquée, mobilise les imaginaires. Elle renforce le chauvinisme en dressant le tableau d’un pays puissant, capable de raser des pays entiers avec la désinvolture que la France envie aux États-Unis. Cette offensive idéologique doit être combattue résolument, car elle est une arme essentielle de la bourgeoisie pour déclencher la guerre impérialiste. Elle fait croire que cette puissance démesurée est celle de la nation toute entière, alors qu’elle est celle de nos ennemis, qui ont maintes fois montré qu’ils étaient capables de tous les génocides pour empêcher les peuples de vivre librement.

Créer des ennemis extérieurs est un des fondements les plus importants et dangereux du chauvinisme. La Chine, la Russie, l’Iran, et maintenant les États-Unis, autant de figures érigées en croque-mitaines terrifiants pour pousser le peuple à accepter la guerre. Pourtant, à y regarder de plus près, nos ennemis sont bien plus proches qu’on voudrait nous le faire croire. Les policiers qui nous matraquent quand nous manifestons et qui tuent nos jeunes, les plans sociaux qui ferment nos lieux de travail et qui démolissent nos quartiers, les lois qui attaquent continuellement nos libertés démocratiques, les médias qui nous poussent à la division et à la violence raciste ne sont pas téléguidés par Moscou ou Téhéran, mais trouvent bien leurs maîtres chez nos bourgeois. Contre des ennemis fantasmés nous avons nos réels ennemis de classe, la bourgeoisie impérialiste.

La bourgeoisie belliciste fait croire que cette extension du parapluie nucléaire profitera aux masses françaises par une illusion de sécurité d’une part, mais aussi de prestige. Il est malheureux de constater que la sécurité et le prestige n’existent pas pour les milliers de personnes qui meurent sous les bombes depuis des dizaines d’années, pour les conscrits envoyé combattre au nom de l’argent des riches dans le froid glacial des tranchées, ou durant le quart de seconde qui précède l’impact d’un drone kamikaze à 100 dollars à l’autre bout de la planète. Le discours de l’Île Longue n’est pas un signe de fermeté face aux supposés ennemis de la France ou une démonstration du prestige de l’armée française, mais bien un avertissement aux masses : la guerre approche et bientôt sera pour vous l’heure de devenir une nouvelle fois notre chair à canon.

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