Le vendredi 24 avril, à l’appel du Comité Syndical de Résidence (CSR) et de la Fédération Syndicale Étudiante, une occupation du bâtiment E/F de la cité universitaire a été décrétée. Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte d’urgence : une étudiante handicapée vivant au sein du CROUS, sans aucun revenu à la suite d’une rupture familiale, se retrouve aujourd’hui endettée auprès du CROUS, la plaçant dans une situation de précarité immense et la menaçant directement de se retrouver à la rue. Depuis plusieurs mois, la FSE et le CSR subissent de la part du CROUS de Versailles des atteintes à leurs droits démocratiques : mises en demeure, harcèlement contre des militants, menaces de plaintes. Cette occupation a eu lieu car cette étudiante est menacée d’expulsion. Le CROUS mène un acharnement contre cette étudiante précaire et endettée qui risque de vivre à la rue dès le lundi 27 avril. Cette attaque montre la violence de la bourgeoisie qui s’acharne contre les plus précarisés.
L’occupation a eu lieu après plusieurs semaines de mobilisations de la part de la FSE et du CSR. Malgré les nombreux avertissements des militants et de l’étudiante, le CROUS a décidé de ne répondre à aucune demande et d’envoyer la police afin de réprimer les étudiants mobilisés. Durant les plus de 24 heures d’occupation, nous avons pu observer une solidarité de classe immense : les résidents de la Cité U se sont joints à l’occupation et ont ramené des vivres aux occupants afin que l’occupation puisse tenir le plus longtemps possible. Le premier jour de l’occupation, la direction du CROUS de Versailles était présente et refuse d’accéder aux revendications des militants et résidents mobilisés. Le CROUS laissait deux choix : celui de la répression, en envoyant la police déloger les étudiants et résidents mobilisés, ou celui de fausses promesses. En effet, le CROUS a refusé de fournir une garantie écrite prouvant que l’étudiante ne sera pas expulsée et qu’elle sera exonérée de ses dettes. Ainsi, le CROUS assume sa position de vouloir expulser une étudiante handicapée à la rue et de l’exposer aux violences que subissent les sans-abri, d’autant plus en raison de sa condition de femme qui l’expose de facto aux violences sexistes et sexuelles.
Cette occupation a lieu dans un contexte de mobilisation générale des étudiants. En effet, il y a moins de deux semaines, les étudiants de plusieurs facultés, dont la Sorbonne, Sciences Po ainsi que Supélec, occupaient leurs facultés contre la loi Yadan, qui vise à réprimer le mouvement en solidarité avec la Palestine. La Jeunesse Communiste, aux côtés de la FSE, a activement pris part à ces différentes occupations qui ne cessent de démontrer la crainte de la bourgeoisie face à ces mobilisations populaires.
Le premier jour de l’occupation :
Durant la première journée de l’occupation, un rassemblement a été organisé à 14h30 afin de lancer l’occupation au sein du bâtiment où vit la directrice de la résidence universitaire. C’étaient près d’une quarantaine d’étudiants et de résidents qui étaient présents au lancement de l’occupation. À la suite de ce rassemblement, de nombreux résidents sont descendus de leur logement afin de participer à l’occupation ou d’apporter du soutien matériel aux occupants. Les mots d’ordre étaient clairs : « 1 étudiant = 1 logement » ou encore « CROUS austère, riposte populaire ! ».
Des banderoles et drapeaux de la FSE ont redécoré la façade de la résidence universitaire afin de faire comprendre que partout où le ministère de l’ESR attaquera, la FSE ripostera. La Jeunesse Communiste a également été présente activement au sein de l’occupation afin de s’opposer à cette honteuse expulsion. Du matériel a été installé au sein de la résidence afin de pouvoir occuper : des pancartes, des matelas, ainsi qu’une table comportant de la nourriture apportée par les résidents. Cela a envoyé un message clair au CROUS : les résidences universitaires appartiennent aux étudiants et à personne d’autre. Aucune tentative d’intimidation ne fera reculer les étudiants face à ces mesures austéritaires et profondément réactionnaires qui détruisent peu à peu l’ESR.


Le deuxième jour de l’occupation :
Après une nuit passée dans les couloirs de la résidence, les résidents ont apporté de la nourriture afin que les occupants puissent déjeuner. Ensuite, de nombreux résidents se sont joints à l’occupation. Il y avait alors à ce moment-là 40 étudiants présents. Mais à 14 heures, le CROUS en a décidé autrement. Sans prévention préalable, les agents du CROUS ont décidé d’envoyer la police sur les résidents mobilisés. La police a pu, en toute impunité, accéder à la résidence en passant par l’université de Nanterre. La présidence de Nanterre, main dans la main avec le CROUS, a permis le délogement des résidents par la milice policière.
Malgré l’intervention de la police, les résidents sont restés extrêmement combatifs en refusant de quitter leur résidence et ont été expulsés dans une violence habituelle. Durant l’expulsion, la milice policière, comme à ses habitudes, tenait des propos racistes, misogynes et transphobes à l’encontre des étudiants mobilisés. De nombreux occupants ont été violentés, traînés au sol ou encore intimidés. Les occupants ont fait front face à la police jusqu’au dernier moment, sans céder à leurs violences et intimidations.


En marge de l’expulsion des résidents, un rassemblement spontané de nombreux étudiants s’est mis en place. Des dizaines d’étudiants n’étant pas présents pendant l’occupation se sont rassemblés près de ceux qui étaient alors nassés par la police durant une vingtaine de minutes. Les résidents, lors du rassemblement, ont hué la police et les agents du CROUS présents. Une résidente vivant dans le bâtiment occupé est sortie par sa fenêtre et a hurlé face à la police et aux agents du CROUS : « honte à la police et au CROUS qui expulsent des étudiants qui se mobilisent contre l’expulsion d’une résidente ». Ce rassemblement a été la preuve d’une solidarité claire des masses étudiantes avec les résidents mobilisés.

Ce qu’il faut souligner, c’est que durant l’ensemble de la durée de l’occupation, la directrice de la cité U était présente dans son appartement dans le bâtiment pendant que des résidents luttaient contre l’expulsion d’une résidente. La directrice n’est sortie que lorsque la police est intervenue. Les agents du CROUS étaient aussi présents aux côtés de la milice policière et les accompagnaient afin de leur ouvrir la porte pour déloger les étudiants. La complicité totale des institutions bourgeoises avec la milice de l’État n’est pas nouvelle ; néanmoins, elle ne cesse de s’accentuer de jour en jour et d’année en année. À chaque accentuation de cette complicité et de cette réactionnarisation, la jeunesse sera présente pour y faire face et rappeler que les universités et résidences universitaires sont des lieux rouges.
Ce qu’il faut retenir est que cette occupation, au sein même d’une résidence universitaire, est historique. Cela faisait de nombreuses années que cela n’avait pas eu lieu au sein d’une résidence universitaire, et ce n’est que le début d’un immense théâtre de mobilisation. Le vendredi 24 avril, en même temps que l’occupation à Nanterre, la FSE à Rennes était elle aussi mobilisée afin d’obtenir un logement pour un étudiant étranger à la rue. Les mêmes méthodes répressives ont été employées par la milice policière, qui a embarqué un syndicaliste. Malgré cela, la FSE et la Jeunesse Communiste poursuivent la lutte au sein des universités afin de faire plier ces institutions bourgeoises.
In fine, ce sera la victoire ou la victoire. Les résidents et occupants de la résidence universitaire ont décidé, au moment même de la rédaction de cet article, d’occuper la résidence une seconde fois dès ce soir et ce, jusqu’à la victoire.
Vive la lutte des résidents en cité U ! La victoire ou la victoire ! Vive la jeunesse en lutte !


