Alex, la réactionnarisation et le mouvement pro-palestinien

Le 10 mars 2026, Alex, militant de l’ex Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire (organisation auto-dissoute depuis le début du mois d’avril 2026), subissait une nouvelle fois la répression d’État pour son engagement en défense de la Palestine. Après avoir été arrêté une première fois au début d’année 2025, voilà que la situation se répète. Une fois de plus, le Groupe de Lutte Anti Terrorisme, dépendant de la Division de la Criminalité Organisée et Spécialisé de la Police Judiciaire, enfonce sa porte armes de poings braquées sur lui, le perquisitionne, et le place en garde-à-vue pendant 48h, avant de le déférer en comparution immédiate. Cette fois-ci pour un discours prononcé à Beyrouth en octobre 2025. La justice bourgeoise, qui tente déjà de faire passer Alex pour un terroriste aux yeux de l’administration et de la population française, continue à s’acharner sur les défenseurs du peuple palestinien et de sa résistance nationale.

Alex sera jugé le 7 mai prochain à Lyon, dans une affaire aux forts accents de parodie de justice et d’acharnement d’État. Il n’aura fallu qu’une courte séquence de quelques dizaines de secondes, d’extraits de discours, publiée en ligne pour précipiter la machine d’֤État dans une frénésie répressive à son encontre. On lui reproche principalement la diffusion de cette vidéo, rappelons le, composé seulement d’extraits de son discours, et vidéo qu’il n’a pas lui-même publié ou demandé la publication. On lui reproche néanmoins une apologie du terrorisme au moyen d’un service de communication au public en ligne. Tout est bon pour le faire taire, alors même que l’analyse de son téléphone a prouvé qu’il n’a pas publié cette vidéo.

Extrait du rapport de police rédigé suite à la GAV d’Alex en mars 2026

Cette fois, le spectre de la détention provisoire était plus proche que jamais. Mais c’était sans compter sur la mobilisation populaire de solidarité, à l’heure où le lendemain de son arrestation, une vingtaine de rassemblements mobilisant au total des centaines de personnes, se massaient partout en France pour réclamer sa libération. C’est cette mobilisation immédiate qui aura une fois de plus permis à Alex de ressortir du tribunal en liberté sous contrôle judiciaire. Après avoir été interdit pendant 9 mois de manifester, jusqu’au 10 février 2026, Alex a eu seulement le droit à un mois de droit de manifester avant d’en être de nouveau interdit, tout comme de quitter le territoire français et cela assorti d’un pointage hebdomadaire au commissariat. Belle « démocratie » qui ose brandir l’étendard de la liberté alors même qu’elle la piétine et l’attaque quotidiennement.

Selon la note de la DGSI que nous avons pu consulter dans le dossier judiciaire actuel, il est mentionné par la DGSI que Alex «  mène de nombreuses actions depuis les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 (tags, tournoi de football, manifestations…) ». Cela prêterait à sourire si ce n’était pas de l’argent public, notre argent, gaspillé dans des enquêtes et des procès bidons servant à relever le fait qu’Alex en tant que « dangereux terroriste », prend part à des manifestations, graffitis, et tournois de football. Un oubli qui aurait pu être rajouté, est le fait qu’Alex participe à des barbecues populaires dans son quartier, tant les éléments ressortant de l’enquête sont risibles. Voila donc quel dangereux militant est Alex et qui fait face à un acharnement d’État pour cela.

Il est indubitable que les années 2025 et 2026 sera retenue dans l’histoire du droit français comme celle des procès des défenseurs de la Palestine. L’année en cours s’est ouverte sur le premier procès d’Alex, en février 2026, où l’État a pesé de tout son poids pour l’accabler, allant jusqu’à l’inscrire au Fijait (Fichier des auteurs d’infraction terroriste). Probablement une méprise du barreau de Paris, qui croit voir une bombe là où il n’y a qu’un micro. Ainsi que le procès de Mahdieh Esfandiari et des autres inculpés, avec son allure de procès-spectacle, avec une issue tout sauf inattendue contre celle qui a subi un kidnapping en règle de l’État français, ainsi qu’une incarcération aussi indigne qu’injustifiée de plusieurs militants pro palestiniens, tout cela pour servir de monnaie d’échange dans la libération de Jacques Paris et Cécile Kohler.. Aujourd’hui, c’est l’affaire Rima Hassan qui fait maintenant le tour des médias, depuis les révélations autour du harcèlement judiciaire et policier directement orchestré par le Ministère de l’Intérieur, relevant plus de la barbouzerie que d’un procédé judiciaire. Comment ne pas évoquer la peine démesurée de 24 mois de prison assortis de sursis signifiés à la présidente d’Euro Palestine Olivia Zemmor, suivi quelques semaines plus tard de l’arrestation de son mari, un militant de longue date du mouvement pro-palestinien. Ainsi que le procès en appel le 29 avril à Aix en Provence, malgré une relaxe en première instance du politologue et maître de recherche au CNRS, François Burgat. Ainsi que tous les autres futurs procès en 2026. Qu’est-ce tout cela si ce n’est une attaque en règle contre les valeurs démocratiques, contre la liberté de penser, de s’exprimer, de s’organiser, d’avoir une opinion différente de celle de l’État français.

Toutes ces affaires ne font que mettre en lumière l’ampleur du phénomène de la réactionnarisation dans le domaine judiciaire, qui est pourtant un des piliers fondamentaux de l’État de droit démocratique bourgeois. Depuis la crise de 2008, la justice suit encore plus la tendance générale de concentration des pouvoirs dans l’exécutif. Avec l’augmentation croissante en intensité de la lutte des classes en France, et dans le monde, ainsi que l’accentuation des contradictions inter-impérialistes, l’État bourgeois doit se restructurer à vitesse grand V1. Cette restructuration se fait rapidement et violemment, en attaquant les conquis sociaux de la classe ouvrière et en lui déclarant une guerre ouverte, passant par la négation des droits démocratiques les plus élémentaires, la liberté d’expression en premier lieu. Ainsi, les tribunaux deviennent des théâtres de parodies de procès, la présidence jugeant plus en fonction des circulaires du Garde des Sceaux qu’en fonction de la loi elle-même, l’objectif étant d’écraser tout les mouvements organisés de la société français en opposition à l’état et sa politique.

La spécificité de l’attaque contre les défenseurs de la cause palestinienne est qu’elle sert de laboratoire répressif pour la généralisation du délit d’opinion. Si l’État n’a pas attendu 2026 pour attaquer les droits démocratiques les plus élémentaires, comme on a pu le voir avec la répression du mouvement des Gilets Jaunes, de la bataille des retraites ou encore du Grand Soulèvement de juin suite à l’assassinat policier du jeune Nahel, il est incontestable que l’agression d’État contre le mouvement pro-palestinien est inédit dans son envergure. Avec une pression constante contre toutes les organisations et personnalités qui s’en réclament, des interdictions préfectorales, des procès désormais presque mensuels, la généralisation du gel des comptes bancaires, plus de 900 procédures anti-terroriste initiées etc., la réactionnarisation laisse des graines fécondes pour une justice sans fards, ouvertement dédiée à la répression politique, qui se révèle toujours plus au service de la bourgeoisie et qui pense qu’être citoyen est un rôle de figurant.

C’est pour cela que le soutien à tous les réprimés pour la Palestine est d’une importance capitale pour les masses de notre pays. D’abord, car c’est une nécessité démocratique, la criminalisation des discours en soutien au peuple palestinien , laisse la porte ouverte à la criminalisation de tous les discours qui s’opposent au discours dominant de la classe au pouvoir. Ensuite, c’est une nécessité internationaliste élémentaire pour continuer d’avoir le droit de soutenir et d’appeler à la victoire de tous les peuples qui s’opposent à la barbarie et la tyrannie impérialiste. Si nous reculons, cela signifiera un recul également pour la lutte du peuple palestinien qui verra un reflux dans le soutien international. Plus que jamais, il est temps de s’unir dans un grand mouvement contre la répression, contre l’impérialisme et ses guerres et mettre en avant les convergences plus que les divergences.

À notre échelle, nous devons comprendre qu’il est impossible de contrer le processus de réactionnarisation par le jeu démocratique que la bourgeoisie impose aux masses. Ce n’est qu’en exerçant une solidarité et une lutte concrète et systématique que nous pouvons repousser les tentatives de la bourgeoisie de transformer la liberté d’expression en délit d’apologie, en délit d’opinion. Ce n’est qu’en luttant contre l’apathie et le pessimisme que nous pourrons déjouer les plans de la réaction, et éviter le pire pour toutes les personnes mises en cause pour leurs idées.

Nous appelons ainsi se rendre en masse au procès d’Alex et à tous les procès des réprimés pro palestiniens, et nous serons présent pour continuer a suivre l’actualité de ces luttes en lien avec la lutte de libération nationale palestinienne, ainsi que des masses arabes et iraniennes contre l’impérialisme et le sionisme.

1« La réactionnarisation, c’est le nom de ce processus de restructuration majeur, déstabilisant l’édifice et nourrissant la crise, économiquement en brisant le code du travail, socialement en appauvrissant les masses populaires et politiquement en décrédibilisant tout le régime politique. La réactionnarisation ne règle pas la crise, elle l’approfondit, et pave irrémédiablement la voie au fascisme. Si ce processus est particulièrement puissant et brutal en France, c’est parce que c’est une réaction au niveau élevé de la lutte des classes, pays avec une vieille tradition révolutionnaire, des mouvements sociaux s’enchaînant, de plus en plus antagoniques et surtout politiques. Comme base à cet immense bouleversement social nous avons les contorsions des monopoles français pour arracher des positions dans la lutte pour le repartage colonial du monde, lutte qui est la base à une nouvelle guerre impérialiste, une Troisième guerre mondiale. » « L’affaire Quentin et la voie de 1941 », La Cause du peuple, 21 février 2026.

Voir aussi

Dernières actualités de la lutte