Le 30 mai dernier à Paris s’est tenu la montée au mur des fédérés, une manifestation annuelle en hommage à la Commune, première République ouvrière de l’Humanité. Notre journal était sur place pour suivre l’événement.
« La Commune est immortelle, repartons à l’assaut du ciel ! » entonne le cortège rouge, dirigé par des activistes de la Jeunesse Communiste et de la Fédération Syndicale Étudiante. En cette journée caniculaire, 155 ans après la semaine sanglante et l’écrasement de la Commune par les Versaillais, près de 2 000 manifestants se sont réunis pour aller de la Place des Fêtes au mur des Fédérés. Ils sont issus d’une quarantaine d’organisations, parmi lesquelles les syndicats SUD, CGT ou encore de la CNT, mais aussi d’organisations politiques comme la JC bien sûr, mais aussi le PCF/MJCF, le NPA, les FA ou même la FI et le PS. À l’initiative du rassemblement, on retrouve l’association « Les amis de la Commune », association qui lutte depuis 1882 pour défendre la mémoire et l’héritage des communards.
« Plus que pour honorer une mémoire, on est ici pour lutter », annonce directement le cortège rouge, une banderole « Vive la Commune que nous jurons de rééditer ! » et un portrait de Louise Michel à sa tête. Il est composé de membres de la Jeunesse Communiste, de la FSE, des CPES, et de nombreux curieux non-encartés qui se reconnaissent dans son énergie et sa combativité. Tout à l’avant de la manifestation, cette masse rouge, composée d’une cinquantaine de jeunes gens, donne en effet de l’entrain à toute la troupe des manifestants. Avant qu’ils ne s’élancent, on entend d’ailleurs un cheminot de passage à Paris héler son camarade rencontré le jour même : « Non, ne me donne pas un drapeau simple, donne moi plutôt le rouge avec les outils, tiens ! ». Plus tard, en approchant du cimetière du Père Lachaise, où se trouvent le mur des Fédérés mais aussi les tombes du Colonel Fabien et de nombreux communistes qui ont donné leur vie pour combattre le fascisme, un activiste de la JC lance quelques « Guy Môquet, présent » et autre « Gloire, gloire aux FTP-MOI!», avant d’être interrompu par une passante qui lui demande « Et Danielle Casanova, vous pouvez lancer un slogan pour Danielle Casanova ? ». En bref, la manifestation est joyeuse, et les gens sont enthousiastes d’enfin y retrouver une génération qui se réclame du communisme.
Arrivés devant le Mur, beaucoup déposent un œillet rouge, puis on écoute ensemble une prise de parole unitaire, qui sera suivie de celle du comité belge, et enfin de chants révolutionnaires (en premier lieu desquels figure l’Internationale !), lancés par le Chœur Sauvage des Brigades Louise Michel.
«La Commune (…) prit un ensemble de mesures qui, toutes, constituaient la base d’une paix et d’une harmonie susceptible de s’étendre à tous les peuples : séparation de l’Eglise et de l’Etat, service public de l’instruction, encadrement des loyers, protection de l’enfance, commencement d’une santé publique, diminution de la durée journalière de travail, interdiction du travail de nuit, égalité salariale hommes-femmes ,reconnaissance de l’union libre, liberté de la presse, abolition de toutes les lois de censure. (…) Tous les mouvements sociaux se sont référés à la Commune de Paris. Récemment, aux États-Unis, dans les manifestations contre la guerre et contre la persécution des immigré.e.s, en France dans les mobilisations des Gilets Jaunes, en Italie et en Grande-Bretagne dans les puissantes manifestations contre la guerre et contre le génocide des Palestinien-ne.s »
-Extrait de la prise de parole unitaire des organisations et associations qui participent à la monté au Mur.
« La Commune n’a jamais été défaite. » lance une activiste de la JC au mégaphone. Comme on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, la bourgeoisie n’a jamais été capable de revenir en arrière. Depuis que les canons ont été dressés sur la butte de Montmartre et que la première République des travailleurs de l’Histoire a été fondée, la classe ouvrière n’a pas un seul instant renoncé. Elle a pris conscience de sa lutte et a accumulé des connaissances qui nous permettent aujourd’hui d’aller toujours plus loin, en évitant les erreurs du passé. La résolution des contradictions sous la Commune (le manque de centralisme, matérialisé par l’absence d’un Parti capable de diriger les forces combattantes, le nouvel État et sa production, le problème militaire de l’empressement à mener l’insurrection au cœur du vieil Etat et qui a permis aux Versaillais d’encercler puis de défaire la Commune…) n’a fait que développer le marxisme, la science de notre classe. La nouvelle génération de révolutionnaires qu’engendre le monde en ce moment n’est autre la synthèse de toutes les expériences du Pouvoir, de sa conquête comme de sa perte, qu’a fait le prolétariat depuis le premier jour de la Commune. Un jeune habitant du quartier populaire de Duclos à Saint-Denis, et qui prend part au cortège rouge, nous confie: « J’ai 18 ans et c’est ma première manifestation. C’est bien, ça donne du courage, de l’énergie, et confiance pour l’avenir. »
« Loin d’être une pulsion de mort comme pourrait le laisser penser notre présence devant le mur des Fédérés où ont été fusillés tant de communards, c’est bien une pulsion de vie qu’incarne la Commune, parce qu’elle est riche d’expériences qui nous inspirent encore et qui doivent nous indiquer la marche pour le futur. C’est un horizon désirable opposé aux pulsions de mort que la droite, l’extrême droite et tous ceux qui ne veulent pas que le peuple arrive au pouvoir, veulent nous rabâcher (…) C’est cet héritage qui vit pleinement et qui doit être un marche-pied pour nos luttes, ici et maintenant. Vive la Commune ! Vive l’Internationale! »
-Extrait du discours du Comité belge des amis de la Commune, invité à la commémoration.
Si en 1871, la bourgeoisie troquait déjà le progressisme relatif à sa lutte contre le vieux système féodal pour la réaction, aujourd’hui, elle est définitivement arriérée. Les capitalistes sont toujours moins capables de maintenir sur nous le joug que les communards ont été parmi les premiers à menacer : ils sont à l’arrière-garde de notre époque. Le système marchand freine le progrès, la concurrence entre monopoles désorganise la production et gâche les ressources naturelles comme la force humaine, les brevets entravent la science.
Le capitalisme a fait son temps, l’idéal des bourgeois ne correspond plus au niveau de développement de l’humanité, il ne suit pas le mouvement de la matière. Refusant cette vérité objective, la classe mourante se vautre dans la marche vers la guerre, la répression sanglante du peuple et de ses révoltes, le fascisme et la barbarie. Mais l’illusion réactionnaire ne résiste pas au cours de l’Histoire, : « Nous ne sommes plus en 1914 ! » affirment les organisateurs. « Les peuples sont conscients et résolument opposés à la boucherie ! ». Disons le simplement, la Révolution n’est pas une vieillerie des siècles passés qui n’a pour avenir que les hommages, mais bien le destin assuré aux Hommes du XXIème siècle.
« Contre les bourgeois, et tous les richards, nous vengerons le sang des communards » reprennent en coeur les nombreux manifestants. De nos jours, « les Versaillais sont toujours là » affirme l’association « Les Amis de la Commune ». Ceux-là ne font rien et profitent de tout, ils n’ont pas changé d’adresse et leurs vieux manoirs sont de moins en moins solides. Qu’en est-il de nous, prolétaires ? Pour nous tout change, et vite, les révoltes s’enchaînent et notre organisation augmente. Les forces subjectives, c’est-à-dire la couche la plus consciente de la classe, se rassemblent pour être à la hauteur de la Nouvelle Époque. On regarde d’un côté une Jeunesse Communiste qui fête sa reconstitution, et on a a peine le temps de tourner la tête qu’on voit dans son quartier un nouveau comité populaire prendre forme ; on cligne des yeux, et voila qu’apparaissent des réunions de femmes prêtes a lutter pour le socialisme. Au centre de tout cela, la Commune nous le rappelle, il n’y a qu’une tache qui compte vraiment pour toute personne sérieuse et qui veut vivre. C’est celle de reconstruire le Parti Communiste.
Si les changements peuvent un temps nous sembler trop lents, car on a hâte que les pauvres s’y mettent et que les mauvais jours finissent, il arrive toujours un point où tout s’accélère et où les choses commencent à avancer plus vite qu’on ne le croit. En cette année 2026, tout s’accélère, oui, et l’esprit des communards apparaît plus neuf que jamais.


