Ce lundi 4 mai, à l’appel de la coordination « Écoles du Mirail en lutte », une importante grève a eu lieu réunissant des parents d’élèves, des habitants, des étudiants de la fac du Mirail, des animateurs, des AESH et des enseignants. Cette grève est le fruit d’un travail unitaire de fond déjà entamé depuis plus d’un mois.
Une grève unitaire
De l’université aux écoles du Mirail, de Bagatelle à Bellefontaine, depuis maintenant un peu plus d’un mois, une importante lutte est en cours contre les mesures austéritaires anti-peuple qui les touchent. Partout, un manque de budget, d’effectif d’animateurs, d’AESH et d’enseignants ainsi que des fermetures de classes sont dénoncées. C’est le cas partout en France mais comme d’habitude, les quartier populaires comme le Mirail sont particulièrement touchés. En réaction, de nombreuses banderoles sont apparues sur les façades des écoles et pour la première fois, parents, habitants du quartier, animateurs, AESH, enseignants et étudiants se sont unis dans une lutte commune, regroupant plusieurs écoles du quartier, de Bagatelle à Bellefontaine.
Cette unité à double niveau (différentes écoles de différentes parties du Mirail et l’Université ainsi que différents secteurs des masses) est le fruit d’un travail conscient et organisé, effectué par des habitants du quartier, des sympathisants ou des personnes du Comité Populaire d’Entraide et de Solidarité du Mirail, auquel se sont mêlés des étudiants de la Fédération Syndicale Étudiante de la fac du Mirail et des révolutionnaires de la Jeunesse Communiste fraîchement reconstituée.
Des blocage d’écoles organisés par les parents d’élèves et le personnel des écoles de manière isolée à cette grève du 4 mai, il a fallu être présent à chaque mobilisation, dans chaque école du quartier, pour discuter, prendre toujours plus de contacts et lancer une conversation Whatsapp pour regrouper tout le monde, jusqu’à une centaine de personnes aujourd’hui. Sur chaque mobilisation organisée dans les écoles du Mirail, on pouvait voir circuler l’Écho des Coursives, le journal du CPES du Mirail, auquel des parents d’élèves avaient déjà pu contribuer par des articles détaillant leurs luttes.

Photo prise après l’occupation du hall de l’école Faucher, à la Reynerie, à laquelle une vingtaine de parents d’élèves, des mères en très grande majorité, ont participé. Dans leurs mains, le numéro 6 de l’Écho des Coursives. France 3 région a interviewé à cette occasion une mère de famille et un membre du CPES.
Briser les murs des Universités dans la pratique :
À l’initiative du CPES, de quelques habitants et enseignants, des portes à portes ont été organisés pour inviter les habitants du quartier à une première réunion pour s’organiser. Nous avons ainsi pu voir des enseignants d’une école primaire du quartier se lier avec un animateur de la même école et membre du CPES ainsi qu’à des étudiantes de la FSE pour circuler dans les immeubles de la Reynerie enquêter sur ce qu’avaient à dire les habitants sur les problèmes touchant les écoles et les inviter à la réunion. Un exemple concret de comment briser les murs des Universités en se mettant au service du peuple ! Les habitants et travailleurs des écoles ont d’ailleurs à de nombreuses reprises salué la mobilisation des étudiants et leur participation à la lutte. Une habitante mobilisée est même allée jusqu’à prendre la parole en Assemblée Générale à l’Université pour appuyer la lutte des étudiants contre les mesures austéritaires. C’est une lutte importante et combative qui s’y déroule, les étudiants ayant bloqué la rocade et envahit la présidence au cours des mois précédents pour protester contre la baisse catastrophique des moyens qui s’annonce (voir le compte instagram @FSE_toulouse).

Premier signe avant-coureur de la justesse du chemin pris par cette lutte, une mère de famille ayant participé à une rencontre avec une inspectrice de l’Éducation Nationale dira : « Mme l’inspectrice s’attendait à rencontrer uniquement des parents de Didier Daurat et a été très surprise de voir des parents issus de plusieurs groupes scolaires, unis autour de la même cause. La réunion a duré environ une heure, comme prévu. Nous avons commencé par lire la lettre rédigée par le collectif des écoles du Mirail en lutte. Après nous avoir écoutés attentivement, un échange a eu lieu. Mme l’inspectrice a pris des notes tout au long de la discussion. Le message que nous avons porté a été clair et entendu. Reste maintenant à savoir quelles en seront les suites et les actions concrètes. »
La première réunion des Écoles du Mirail en Lutte a permis par la suite de rassembler les diverses revendications, synthétisées ainsi : « Contre la fermeture des classes, contre le manque d’AESH, contre le manque d’Animateurs, contre le manque de moyens dans les écoles du Mirail.Contre l’Option classe défense et la militarisation(Entraînement au tir et conduite de véhicules. Place réservées au réservistes dans les crèches.) ». Pour lier la parole à l’action, les revendications à la lutte concrète, il a été décidé collectivement et hors de tout appel syndical préalable de faire de la journée de rentrée des vacances, le lundi 04 mai, une journée « École Libre » : mêlant grève et animation.
L’émulation fut au rendez-vous, des tracts et affiches ont été massivement imprimées et diffusées. Ici, un enseignant demande sur le groupe à récupérer des tracts et des affiches de son côté. Là, c’est une animatrice qui propose de faire un tractage au marché. Des parents d’élève ont rejoint le groupe après avoir reçu un tract via le cahier de correspondance de leur enfant. Des vitrines d’épiceries aux murs de l’université, l’affiche de la grève était rapidement devenue incontournable. Des tractages et affichages ont été organisés dans près de 9 écoles du Grand Mirail.

Tout au long des vacances scolaires, l’agitation pour appeler à la grève s’est poursuivie, avec des collages réalisés par le comité de lutte au sein des bâtiments et commerces de tout le Grand Mirail.
Les révolutionnaires et le travail de masse
Des militants de la Jeunesse Communiste, fraîchement reconstituée, se sont impliqués dans cette lutte. La tache des révolutionnaires est de mobiliser, politiser, organiser les masses en élevant leur niveau de conscience et d’organisation dans la combativité. Aujourd’hui, il est clair que la tâche centrale des révolutionnaires est de se mettre au service du peuple en pratiquant le travail de masse. Ils doivent agir comme les grands unificateurs des différents secteurs des masses acteurs de la lutte (ici, les prolétaires constitués par les animateurs, AESH et parents d’élèves ; et la petite-bourgeoisie constitué par les enseignants et les étudiants) ils doivent porter l’unité autour de la ligne prolétarienne. Celle-ci ne peut se matérialiser que par la combativité, c’est à dire en brisant le corporatisme qui peut exister, en élevant les luttes spontanées et revendicatives des masses, en les politisant comme ici en les liant à la militarisation croissante et à la nature prolétarienne du quartier du Mirail.
En ce sens, cette lutte est un exemple de comment la Jeunesse Communiste doit agir dans les masses en lutte, se mettant à leur école pour apprendre d’elles, se forger et se révéler être des organisateurs capables (par le travail planifié), des personnes fiables.
Une grève combative et politique
Le rassemblement, fort de la présence de la FSE, du CPES, de l’Union Locale CGT du Mirail, de la JC et des nombreux parents, enfants et travailleurs des écoles fut un grand succès. Le matin du 04 mai, après quelques tractages devant la fac du Mirail et une école, les tables commencent à s’installer place Abbal, au coeur de la Reynerie. Rapidement, le rassemblement fut rejoint par un cortège d’une trentaine d’enfants, parents et enseignants de l’école Bastide de Bellefontaine, brandissant des affiches revendicatives. C’est au total 60 personnes qui se sont retrouvées autour du petit-déjeuner organisé par le comité de lutte, et une douzaine de travailleurs mis en grève dans 4 écoles différentes du quartier, des animateurs, des AESH et des enseignants.
Les enfants, loin d’être serviles et idiots comme la bourgeoisie le fait paraître, ont montré un haut niveau de conscience pour leur âge. Ils ont ainsi participé à la peinture des banderoles et des pancartes.


Ne soyons pas dupes, les enjeux dépassent le système scolaire. Non contente de démolir les logements et de nous traiter comme des habitants de seconde zone, la bourgeoisie au pouvoir s’attaque aux écoles, en propageant toujours plus sa propagande guerrière pour préparer la jeunesse à combattre et à produire pour ses profits. Quand à l’école Simone Veil c’est 2 classes que l’on veut fermer, dans Toulouse c’est 29 classes “Défense” que l’on ouvre, des classes qui préparent directement à l’exercice militaire et à la guerre. Bien sûr, le fond est avant tout la construction d’un consensus idéologique autour de la guerre impérialiste, faire accepter aux larges masses tout ce que cela va impliquer en terme de réorganisation de la production, de restriction des libertés, de sacrifices.
L’essence trop chère, les guerres qui s’intensifient et se multiplient, un manque de perspectives, des classes surchargées, des budgets coupés… Tout cela, les habitants des quartiers populaires et principalement la jeunesse le vivent tout les jours, et de manière de plus en plus marquée. Loin d’être des phénomènes isolés les uns des autres, ce sont des symptôme de la réactionnarisation de l’État.

« Fermeture des classes, manque d’AESH, animateurs… Nous voulons des moyens pour les enfants du Mirail, pas pour la guerre !«
“La réactionnarisation, c’est le nom de ce processus de restructuration majeur, déstabilisant l’édifice et nourrissant la crise, économiquement en brisant le code du travail, socialement en appauvrissant les masses populaires et politiquement en décrédibilisant tout le régime politique. La réactionnarisation ne règle pas la crise, elle l’approfondit, et pave irrémédiablement la voie au fascisme. Si ce processus est particulièrement puissant et brutal en France, c’est parce que c’est une réaction au niveau élevé de la lutte des classes, pays avec une vieille tradition révolutionnaire, des mouvements sociaux s’enchaînant, de plus en plus antagoniques et surtout politiques. Comme base à cet immense bouleversement social nous avons les contorsions des monopoles français pour arracher des positions dans la lutte pour le repartage colonial du monde, lutte qui est la base à une nouvelle guerre impérialiste, une Troisième guerre mondiale.” (L’affaire Quentin et la voie de 1941)
Il n’y a qu’un moyen de vaincre ce processus : s’organiser collectivement pour faire front sur les lieux de travail et dans les quartiers populaires, y porter la lutte. Les quartiers populaires sont des quartiers prolétaires, habités par les travailleurs qui font tourner ce pays. Ce n’est que lorsque la société sera entre les mains des prolétaires que nous pourrons empêcher la guerre et assurer des conditions de travail justes pour le personnel des écoles, une éducation gratuite et de qualité pour tout nos enfants ainsi qu’une université au service du peuple !
Au Mirail, ce 4 mai, un message clair, unitaire et combatif a été porté auprès du Rectorat et de la Mairie. Ce n’est que le début de la lutte, qui se poursuivra jusqu’à la victoire !


