Film « Soulèvements » : des témoignages de la maturation des luttes écologistes aujourd’hui

Le film « Soulèvements », sorti en salles le 11 février, dresse le portrait de 16 militants des Soulèvements de la Terre, en sillonnant les luttes écologistes des différentes régions du pays. Le mouvement fait beaucoup parler de lui depuis sa fondation en 2021 pour la justesse de son combat, ses détracteurs le dénonçant régulièrement.

En mars 2023, alors que le gouvernement Borne tente de dissoudre le mouvement à la suite des grands affrontements de Sainte-Soline, plus de 155 000 personnes signent une tribune publique pour revendiquer leur adhésion aux Soulèvements de la Terre. Groupement de fait, sans chefs déclarés ni statuts, la tentative de dissolution du gouvernement est un imbroglio juridique. Face à l’ampleur de la mobilisation, et malgré l’implication personnelle du président Emmanuel Macron dans le dossier, la décision de dissolution est finalement cassée par la justice. C’est assez rare pour être souligné.

Le film nous propose donc un format simple de portraits, tournés dans un cadre intimiste, mêlant sincérité et spontanéité des récits et un propos politique franchement assumé. On nous y expose les luttes contre les incontournables des « grands projets inutiles » de ces dernières années : la ZAD Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, les mégabassines, dont celles de Sainte-Soline, entre Poitiers et La Rochelle, ou actuellement la lutte contre le projet d’autoroute A69, près de Toulouse.

L’un des partis pris du film est de montrer la diversité des profils des militants, qui comprennent des petits exploitants subissant la crise de la concentration foncière, souvent liés à la Confédération paysanne ; mais aussi de ceux qu’on appelle les « néo-ruraux », s’installant volontairement en activité agricole, ici pour des raisons politiques.

En toile de fond, la question de la répression et du rapport à l’État est le nœud des réflexions politiques et tactiques de l’ensemble des intervenants. La question de la violence n’est pas éludée et mieux encore, elle est ramenée à sa source : quelle violence, de qui, pour quoi ? Ici, on y dénonce des projets qui ne servent pas les populations, menés pour servir l’agenda de quelques bourgeois. La disproportion des moyens déployés par la police et la gendarmerie et la dénonciation de « l’écoterrorisme » par le gouvernement amène ici à la construction d’un contre-argumentaire solide et à l’élaboration d’un rapport de force permanent, dans chaque lutte.

C’est là le point fort de cette compilation de récits, interroger le sujet et la forme d’une action « radicale » ou « révolutionnaire » aujourd’hui. Comment construire la propagande de notre camp, au service d’une nouvelle hégémonie de classe ? Comment construire les solidarités entre la paysannerie et la classe ouvrière, entre la campagne et la ville, entre la terre et les grèves ? Comment raisonner en termes de front tactique large, etc ?

Ce qui nous est présenté démontre assurément une chose : c’est la capacité de résistance infinie et l’inventivité dont peuvent faire part les acteurs d’une lutte juste. Ce que cela démontre également, c’est une certaine maturation des luttes écologistes « radicales » de ces dernières années, aux contacts des mouvements sociaux et soulèvements de masse successifs.

Ce que nous voulons souligner, c’est que le parti pris du film vise juste : la lutte légale ne suffit pas et tout mouvement dit « radical » conteste le monopole de la violence à l’État. La question environnementale n’est pas non plus isolée des questions sociales et de la lutte des classes, ou plus largement de l’impérialisme. C’était d’ailleurs le propos de l’accostage de l’Île du Loc’h, dans le Finistère, organisé par les Soulèvements de la Terre en 2025. Propriété de la famille Bolloré, gardée par un activiste néo-nazi, l’expédition a été organisée avec le concours de centaines d’habitants et de pêcheurs pour dénoncer l’impunité de ce grand bourgeois qui pille l’Afrique et travaille chez nous à la progression du fascisme.

En bref, le film « Soulèvements » est un concentré d’inventivité et d’optimisme, dont nous partageons l’essentiel du propos. Le film n’a pas la prétention d’être un panel exhaustif sur l’historique des luttes ou les débats théoriques ou tactiques du mouvement écologiste. Il a le mérite de questionner l’avenir des soulèvements (dans tous les sens du terme) dans la défense des droits sociaux et démocratiques, mais aussi la place de la lutte pour la terre aujourd’hui, au cœur d’une métropole impérialiste en crise.

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