À l’appel de plusieurs organisations, un congrès de reconstitution de la Jeunesse Communiste va avoir lieu au mois d’avril 2026. Cet événement est le résultat d’un processus de développement, d’accumulation d’expériences et de lutte pour l’unité qui a duré des années, et c’est l’aboutissement de mouvements de jeunesse qui ont commencé à se structurer au début du quinquennat de Macron.
Que signifie vraiment reconstituer la jeunesse communiste ?
Pour comprendre pourquoi ces jeunes veulent reconstituer la Jeunesse Communiste, il faut voir le poids historique de cette organisation.
La JC, c’est une grande organisation de lutte née dans la foulée de la Révolution russe, et adepte des idées bolchéviques. Elle se forge dans la répression des mouvements anti-impérialistes et anticolonialistes ; elle envoie ses meilleurs éléments combattre en Espagne contre Franco ; elle forme les Bataillons de la Jeunesse dans la Résistance contre l’occupation fasciste-nazie et elle finit par grouper 250 000 membres à la Libération.
Les actes héroïques de la JC, bien qu’ils soient anciens, continuent aujourd’hui à inspirer une partie de la jeunesse qui revient au Communisme. Tout comme l’histoire du Mouvement Communiste International d’un autre côté, cette histoire des organisations en France explique pourquoi à chaque mouvement social, le « MJCF » (nom de l’organisation de jeunesse rattachée au PCF) se recompose malgré le révisionnisme crasse des dirigeants et les crises perpétuelles en son sein. Malgré toute la propagande, des milliers de jeunes activistes sont drainés chaque année vers telle ou telle organisation, et dans une dynamique en renouveau.
Mais tout processus de décomposition connaît des bonds : la JC a perdu sa forme et son fond il y a des décennies, comme le PCF. Elle a cessé d’être communiste, cessé d’être révolutionnaire, donc cessé d’être combative. Et dans les dix dernières années, cette décomposition chez les révisionnistes s’est accompagnée d’une recomposition chez les révolutionnaires : militants sincères qui rompent avec l’opportunisme, sections entières qui rejettent le révisionnisme, luttent pour des principes et pour un lien réel avec la classe ouvrière. Tout ça a servi à labourer un champ fertile pour semer les graines de la reconstitution.
La reconstitution de la JC, cela ne veut pas dire refaire la JC d’une autre époque à l’identique. Cela veut dire qu’on rend à la jeunesse qui assume le fond du Marxisme de notre époque – c’est-à-dire la lutte pour la reconstitution du Parti Communiste, pour la Révolution socialiste – la forme avec laquelle elle peut l’assumer : son organisation de jeunesse.
À propos de la jeunesse comme avant-garde
Cette reconstitution doit être bien comprise en lien avec le processus de reconstitution du Parti Communiste de France qu’elle appuie. La JC, dès les années 1910-1920, appuyait la ligne rouge dans le Parti Socialiste puis le Parti Communiste. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la Jeunesse Communiste est née en octobre-novembre 1920, et le Parti Communiste seulement deux mois plus tard !
Ainsi, le Congrès à venir n’est pas, principalement, l’aboutissement d’un processus. Il est le début d’un nouveau moment de lutte, et comme le phénix qui renaît de ses cendres pour s’envoler, c’est dans cette lutte que nous pourrons voir que cette JC reconstituée est faite d’un métal différent des autres, qu’elle va au bout de sa tâche et qu’elle la mène à bien.
Car le rôle de cette jeunesse n’est pas anodin. Le journal historique de la JC s’intitule « l’Avant-Garde ». Bien sûr, dans le Marxisme, c’est le Parti qui joue le rôle d’avant-garde de la classe ouvrière, durablement lié aux masses. Il assume la direction politique. La Jeunesse Communiste ne pourra pas se substituer au Parti, elle n’est pas non plus la « force motrice » et ses activistes se revendiqueront communistes (et c’est très bien !) sans que leur conscience et leur action soient nécessairement au niveau de cadres communistes. En plus, la jeunesse est, en tant que telle, une catégorie floue : les jeunes ont différentes classes, il y en a des révolutionnaires, des intermédiaires et des réactionnaires et la classe les unit et les différencie davantage que l’âge.
Parler de « la jeunesse comme avant-garde », ça n’a donc pas de sens si on ne parle pas spécifiquement de la jeunesse prolétaire, de la jeunesse des masses, de la jeunesse communiste liée à elles. C’est au sein des luttes des masses, dans la combativité, l’intrépidité et l’organisation que cette Jeunesse Communiste doit jouer un rôle d’avant-garde.
Prenons un exemple démontré par le mouvement septembriste : les jeunes exigent l’organisation. Dans les assemblées générales, les comités et autres espaces de discussion et d’action du mouvement, plusieurs générations de masses et de militants se sont côtoyées.
Le contraste est saisissant : le milieu militant a perdu des bases comme l’ordre du jour, la décision démocratique, l’application des décisions, l’organisation collective. Et ce sont des jeunes, à peine sortis du lycée, qui viennent parfois expliquer à des militants chevronnés comment devraient se faire les choses. Avant, il était courant de considérer que la jeunesse était « anti-organisation » ; c’est aujourd’hui totalement faux. Dans les dernières décennies, elle n’a jamais été aussi révoltée, jamais aussi réprimée ; en synthèse, elle n’a jamais porté autant d’espoir.
Ce n’est pas propre aux jeunes : c’est propre aux masses qui en France ont appris des derniers mouvements et luttent pour reconquérir leurs organisations. Mais ce que les jeunes apportent de particulier, c’est la volonté de changement, le refus des vieilles formes : ils osent chambouler ce qui semble « immuable », ils osent aller aux « actions chaudes » et ainsi ils peuvent inspirer toutes les générations de prolétaires à en faire de même.
En avant les troupes de choc !
Alors avec ce portrait d’une belle jeunesse, que sera la future JC ? Elle ne peut pas être une chambre d’enregistrement à cadres communistes, une simple progression bureaucratique comme ce qu’en a fait le révisionnisme.
Lorsque le Parti Communiste luttait contre l’occupation fasciste-nazie, les jeunes ont fait partie des premiers combattants (Colonel Fabien) et ils organisaient les premiers réseaux d’agents de liaison (Danielle Casanova), deux faces d’une même pièce : l’organisation militarisée du Parti Communiste pour la lutte armée. Si la Jeunesse Communiste qui se reconstitue au Congrès ne devait retenir qu’un seul point de référence, ça devrait être celui-ci.
La Jeunesse Communiste et ses Bataillons de la Jeunesse ne formaient pas alors des jeunes qui tractent à 15 ans pour tel élu, à 25 ans pour être élu et à 35 ans pour être réélu. Ils formaient des activistes et des cadres forgés dans le feu de la lutte de classes : là où on est actifs sur tous les fronts, là où on apprend de nouvelles compétences qu’on n’avait pas auparavant, là où on rencontre la camaraderie réelle, là où on ne regarde aucun sacrifice, car on les fait pour le prolétariat, là où on n’a pas peur d’être arrêté, tabassé et pire encore, car on défend l’émancipation ouvrière : le phare dans la nuit qui illumine l’Humanité.


