Le 8 mars, à travers le monde, sera célébrée la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Cette date, nous la devons à notre camarade Clara Zetkin (1857-1933), figure de l’Internationale Communiste et de la lutte des femmes. À l’heure où même Macron s’en revendique, que signifie être féministe à notre époque ?
Pour se poser correctement la question, il faut analyser le monde aujourd’hui. Notre époque est celle de l’impérialisme : une époque où le capital est concentré dans les mains d’une infime minorité, les monopoles, qui contrôlent les banques, l’industrie, le commerce. Cela signifie que chaque travailleur du monde, qu’il soit prolétaire ou paysan, produit par son travail des richesses – la « plus-value » – qui lui sont volées par ces monopoles. L’impérialisme est le capitalisme poussé à son stade le plus extrême : le système a atteint son apogée, il n’y a plus de nouveaux territoires et peuples à découvrir et exploiter, et la révolte gronde ; il faut alors aller voler les poules du voisin. Partout dans le monde, nos dirigeants (de Trump à Poutine en passant par Macron) ne sont pas « fous », mais bien les meilleurs serviteurs des monopoles. Pour servir leurs intérêts, ils ont répandu partout sur la terre la plus grande exploitation que l’humanité ait jamais connue : la destruction des droits démocratiques, le pillage de la terre, les génocides, les guerres injustes. Ils préparent même la troisième Guerre mondiale pour se repartager le monde au prix du sang des peuples.
La réalité de la vie de l’immense majorité des femmes du monde, c’est l’exploitation
Être une femme dans ce monde, cela recouvre des réalités très différentes, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire. Une minorité de femmes appartient à cette classe exploiteuse, elles en tirent tout autant de profit que les hommes. Mais l’immense majorité des femmes dans le monde aujourd’hui sont des prolétaires et des paysannes, des femmes qui se lèvent le matin pour aller travailler à l’usine, aux champs ; leur vie est définie avant tout par l’exploitation qu’elles subissent. Les capitalistes ont maintenu et transformé le patriarcat à leur bénéfice, afin d’exploiter de manière encore plus virulente les femmes prolétaires, à moindre coût par rapport aux hommes. Quand les femmes ont conquis le droit de travailler en dehors du foyer, elles ont constitué pour les capitalistes une main d’œuvre à faible coût car peu valorisée ; ils en ont profité pour établir une concurrence entre ouvrières et ouvriers. Les femmes, tout en travaillant maintenant tous les jours pour un capitaliste, ont encore et toujours la tâche de la reproduction de la force de travail : c’est-à-dire tout ce qui est de l’ordre de la cuisine, du ménage, d’élever les enfants… Partout dans le reste du monde, des millions de femmes paysannes vivent sous le joug du semi-féodalisme, avec tout ce qu’il porte d’arriéré économiquement, socialement et culturellement[1], maintenu – comme le patriarcat, qui y prend une forme encore plus brutale – par les capitalistes, car il leur permet de les exploiter davantage. Les paysannes voient leurs terres volées, détruites, et subissent en première ligne les guerres, les génocides et la barbarie de l’impérialisme.
La bourgeoisie qui nous exploite cherche à imposer sur tous les pans de la société sa vision du monde, et le féminisme n’en est pas épargné. Le « féminisme bourgeois », qui prend mille couleurs différentes, prétend améliorer les conditions de vie des femmes au sein du capitalisme. Se nourrissant de la juste colère des femmes, la bourgeoisie ne cherche qu’à nous embrouiller, nous diviser. La vérité, c’est qu’avec le développement de l’impérialisme, les femmes prolétaires et paysannes n’ont jamais été autant exploitées ; les quelques droits démocratiques qu’elles ont conquis sont menacés partout : droit de vote, droit à l’avortement… N’ayez crainte toutefois ! Les bourgeoises pourront toujours avorter sous le manteau, dans des cliniques privées ; la réduction des salaires les arrange bien, leur femme de ménage et leur nourrice leur coûteront moins cher !
Le déchaînement de la colère millénaire des femmes
Ce qui définit les femmes prolétaires de ce monde, ce n’est pas qu’elles en sont les victimes, c’est que partout elles se lèvent et sont en première ligne pour affronter l’impérialisme et ses laquais. Dans les pays impérialistes, elles se sont levées spontanément pour combattre des millénaires de sexisme et de violences sexuelles : Me too, Balance ton porc, collages féministes… Leur besoin de révolte jaillit comme un torrent bouillonnant et désordonné. Face à l’exploitation capitaliste, les femmes font fleurir des grèves au service de l’ensemble de notre classe. Dans les pays opprimés, aux quatre coins du monde, de la Palestine à l’Inde en passant par le Brésil, elles se dressent en première ligne contre l’impérialisme pour défendre leur terre, leurs droits démocratiques, et lutter corps et âme pour la libération de leur nation. Elles prouvent chaque jour quel est leur rôle historique. La lutte, chaque jour, démasque davantage les mensonges enrobés de sucre de la bourgeoisie. Comme le disait Clara Zetkin en 1903 : « Telles de brillantes bulles de savon, se dissolvent dans l’air de la conception matérialiste de l’histoire ces déclarations d’amour où on parle de “nos sœurs”, comme si quelque lien unissait dames bourgeoises et prolétaires. » José Carlos Mariátegui, fondateur du Parti Communiste du Pérou, écrivait il y a un siècle :« La lutte des classes – un fait historique et non une affirmation théorique – se reflète sur le plan féministe. Les femmes, comme les hommes, sont réactionnaires, centristes ou révolutionnaires. Elles ne peuvent donc pas mener le même combat ensemble. Dans le paysage humain actuel, la classe différencie les individus plus que le sexe. »
Les femmes portent la moitié du ciel
Nos sœurs ne sont pas ces femmes bourgeoises qui sucent jusqu’à la moelle l’âme de femmes exploitées pour nettoyer leurs sols, calmer les pleurs de leurs bébés et nourrir leurs enfants. Nos sœurs sont toutes ces femmes prolétaires et paysannes à travers le monde, qui chaque jour se lèvent fièrement car elles font ce que ces parasites ne font pas : travailler. Les défis auxquels les femmes sont confrontées n’ont jamais été aussi grands de toute l’Histoire ; le pendant de ces défis, c’est que la lumière au bout du chemin n’a jamais autant brillé. Il ne s’agit plus seulement de gagner le droit de vote ou de travailler, l’heure est à détruire ce monde pour en construire un nouveau. En serrant les rangs avec nos sœurs et frères de classe à travers le monde, en faisant preuve d’un internationalisme prolétarien sans faille, la juste place des femmes est, à part égale, à la tête de la révolution.
Pour finir, quelle meilleure façon de célébrer le 8 mars que de citer notre camarade Clara Zetkin ? Dans Ce que les femmes doivent à Karl Marx, elle écrit, en 1903 :
« La lecture des œuvres de Marx éclaire encore un autre point : seul le prolétariat est la classe révolutionnaire qui, en fondant l’ordre social socialiste, est en mesure de créer et est obligée de créer les prémisses sociales indispensables pour la complète solution du problème féminin. Outre que le mouvement bourgeois des suffragettes ne veut ni ne peut arracher la libération sociale de la prolétaire, il s’avère impuissant à résoudre les nouveaux et graves conflits qui surgissent nécessairement en système capitaliste, s’agissant de l’égalité sociale et juridique des sexes. Ces conflits ne disparaîtront que lorsque sera surmontée l’exploitation de l’homme par l’homme avec les contradictions qu’elle implique. »

« Marx a forgé le glaive — et il nous en a appris le maniement — qui a tranché les attaches entre mouvement féminin prolétarien et bourgeois ; mais il a aussi forgé le lien qui unit indissolublement celui-là au mouvement ouvrier socialiste, à la lutte de classes révolutionnaire du prolétariat. »
[1] Dans les pays opprimés, il subsiste des rapports d’exploitation liés au « semi-féodalisme ». C’est l’héritage de la structure sociale et économique du féodalisme (stade de développement précédant le capitalisme) : la terre n’appartient pas aux paysans qui la travaillent, mais à de grands propriétaires fonciers.


