L’affaire Quentin et la voie de 1941

La réaction du personnel politique, de droite comme de gauche, suite à la mort du nervis fasciste Quentin dans une rixe avec les antifascistes lyonnais, tout comme celle des médias bourgeois, doivent éclairer la situation à laquelle les forces révolutionnaires et démocratiques se trouvent et les réponses nouvelles qui doivent être données. Depuis l’effondrement du PCF révisionniste à partir du milieu des années 80, tout le pays s’enfonce dans le mensonge, l’intelligence est écrasée, la vérité violée. Malgré le fait que le PCF, et avec lui la CGT, n’était plus révolutionnaire depuis un bon moment , qu’ils ont d’ailleurs ardemment participé à l’offensive contre-révolutionnaire en appuyant la thèse anti-communiste sur le prétendu « stalinisme », la bourgeoisie n’avait pas totalement les mains libres pour imposer sa conception du monde. La conception du monde de la bourgeoisie c’est avant tout le mensonge sur sa propre situation d’oppresseur. Elle doit donc par tous les moyens accuser les opprimés d’être les oppresseurs ou du moins d’être au même niveau. C’est en premier la vérité historique qui a été constamment niée dans les universités. Une somme immense de travaux ne s’appuyant sur aucune source historique, pur produit de propagande réactionnaire, sont venus envahir les rayons des bibliothèques puis les plateaux TV. Nous devons saisir que c’est la grande revanche sur la seconde guerre mondiale, et bien entendu sur le Communisme, qui s’opère depuis les années 80 et qui s’est accélérée quand chaque digue cédait sous la pression du rouleau compresseur des intellectuels à la solde, du monopole médiatique et des politiciens de gauche complaisants.

La collaboration pendant la guerre représente la trahison absolue de la grande bourgeoisie, des élites, de l’entièreté de l’appareil d’État (fonctionnaires, Justice, Police, Armée), en un mot : de toutes les couches dominantes. Comme contradiction, c’est la classe ouvrière et une partie de la petite paysannerie, alliées avec les intellectuels progressistes, qui ont porté tout le poids de la Résistance et, en fait, de « l’honneur national » si tant soit peu que ça existe. Malgré le fait qu’à la Libération tout redevint quasiment comme avant, principalement, parce que le Parti Communiste n’assuma pas son rôle historique en s’emparant par la force du pouvoir, culturellement, l’esprit de la Résistance était hégémonique. La nouvelle République, pourtant faite de la même matière, des mêmes hommes, que l’ancienne, était issue de la Résistance et donc intrinsèquement « antifasciste ». La classe ouvrière en armes, organisée par le PCF, arracha de grandes avancées mais bien moindres que ce qu’elle aurait pu attendre de son sacrifice et de sa position : c’est-à-dire le pouvoir. Ce fut le compromis Gaulliste que les Communistes acceptèrent après plusieurs renoncement et défaites, notamment sur le programme du CNR, qui pourtant avec l’expropriation des « grandes féodalités » économiques collaborationnistes (la grande bourgeoisie) et l’épuration de tous les traîtres (l’appareil d’État) aurait provoqué une rupture révolutionnaire. La Résistance absorbée par l’ancien État bourgeois restauré, lui donnant sa nouvelle légitimité, des milliers d’hommes et de femmes ayant combattu, formant l’avant-garde de la classe ouvrière organisée et consciente de son sacrifice, défendirent bec et ongles la vérité historique sur le fascisme et ce qu’il s’était passé.

Nous pourrions légitimement nous demander le rapport entre la Résistance, la Libération et l’époque actuelle, si ce n’est que n’importe quelle offensive politique réactionnaire de cette ampleur nécessite en premier de briser tous les verrous idéologiques. En 2011 Denis Kessler, vice-président du Medef, économiste, et chef d’entreprise expliquait au sujet des « réformes » :

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

« Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 » c’est la clé pour comprendre notre séquence historique. « Sortir de 45 », non pas pour la « vengeance » abstraite mais bien pour restructurer le vieil État et la vieille société, en un mot l’impérialisme français, subissant la crise la plus violente de son histoire. « Sortir de 45 » c’est détruire le « modèle social » d’une part mais aussi écraser tout ce qui peut résister aux nécessités vitales de l’oligarchie financière qui ne peut que mettre en coupe réglée le pays et les pays du tiers-monde. C’est dans le but de la restructuration qu’on « sort de 45 », qu’on détruit la science, le service public et toutes les libertés démocratiques, en premier celui de s’organiser politiquement, qu’on criminalise toute parole allant contre cette oligarchie financière toute puissante. Il ne faut pas penser que la grande bourgeoisie fait cela par plaisir, le compromis est toujours une bonne chose, il est source de stabilité, mais c’est bien le retour de la lutte des classes qui la force à déstructurer la vieille société.

La réactionnarisation, c’est le nom de ce processus de restructuration majeur, déstabilisant l’édifice et nourrissant la crise, économiquement en brisant le code du travail, socialement en appauvrissant les masses populaires et politiquement en décrédibilisant tout le régime politique. La réactionnarisation ne règle pas la crise, elle l’approfondit, et pave irrémédiablement la voie au fascisme. Si ce processus est particulièrement puissant et brutal en France, c’est parce que c’est une réaction au niveau élevé de la lutte des classes, pays avec une vieille tradition révolutionnaire, des mouvements sociaux s’enchaînant, de plus en plus antagoniques et surtout politiques. Comme base à cet immense bouleversement social nous avons les contorsions des monopoles français pour arracher des positions dans la lutte pour le repartage colonial du monde, lutte qui est la base à une nouvelle guerre impérialiste, une Troisième guerre mondiale.

Nous constatons que nous sommes face à un situation très claire et en même temps complexe car relevant d’une multitudes de contradictions s’entraînant elles-mêmes. Nous comprenons que le dénouement de toutes ces contradictions ne peut être que la guerre impérialiste ou la Révolution. Il n’y a aucune issue calme pour la grande bourgeoisie, en conséquence et irrémédiablement le chemin pour le prolétariat (et les masses populaires) est d’atteindre « la maturité de la lutte des classes », la lutte pour la conquête du pouvoir d’État comme l’a défini Lénine.

Le chemin est encore long pour atteindre cette maturité, au contraire ce qui caractérise l’époque c’est bien l’immaturité face à la situation, reflet de sa base sociale en déliquescence. Depuis l’effacement du prolétariat de la politique par le reniement total des buts communistes de ses chefs et de son Parti, la bourgeoisie et les couches intermédiaires ont le monopole des idées et de l’action « à gauche ». Depuis 30 ans l’immense majorité des militants politiques sont sortis du même moule universitaire, et non plus des usines ou du monde du travail. Ils sont des rejetons des universités biberonnées à l’idéologie anti-communiste dont la base est le rejet du Marxisme ou du moins de son programme (la Manifeste du Parti Communiste). Les « idéologies » parasites comme le Trotskysme, l’anarchisme, le spontanéisme, ou du moins leurs positions anti-communistes, ont conquis une place hégémonique dans cette couche sociale en s’alliant au révisionnisme. Le chemin est tout tracé, la fac puis au choix selon les relations et les ambitions, la CGT ou les élections, parfois les deux. Nous le répétons, le grand unificateur de tout cela est l’anticommunisme, non pas abstrait, mais dans le but de se cantonner à des positions réformistes plus ou moins radicales. Nous ne devons pas penser que le réformisme est forcément pacifiste, il peut être violent et même armé, le tout est de saisir qu’il ne veut pas changer les choses en profondeur ou du moins ne veut s’en donner les moyens.

Quel rapport avec l’affaire Quentin ? D’abord, rappelons que nous soutenons de toute notre âme les camarades dans la tourmente, nous savons que les forces renaissante du Mouvement Communiste les soutiendront en temps et en heure sans ambiguïté. La tourmente et la tempête forgent les grands marins.

C’est dans ce contexte de décomposition idéologique, politique et organisationnelle, qu’est apparu « l’antifascisme » dans les années 80 et 90. Face à la montée de l’extrême droite, poussé par la crise économique, par l’opportunisme du PS, mais surtout, c’est l’aspect principal, l’abandon pur et simple de la classe ouvrière à elle-même, un mouvement s’est organisé pour tenter d’empêcher la propagation du phénomène fascite de rue. Le développement politique du FN a entraîné dans son sillage une multitude de groupuscules fascistes décomposés dont l’unique matrice est la haine de l’étranger et le culte de la violence. Le centre ville de Lyon subit particulièrement cet hooliganisme fasciste se développant dans la complaisance, voire l’appui, de l’appareil d’État (Politiques, justice, flics). C’est pour s’opposer à la mainmise du centre ville, l’aspect géographique est très important dans la donnée, que différents groupes se sont constitués plus ou moins structurés, dont la Jeune Garde. Le problème c’est que tous ces groupes sont coupés de la lutte des masses, et de la classe ouvrière, la seule à pouvoir arrêter la montée du fascisme par son programme politique communiste. Ce n’est pas un hasard que la Jeune Garde arbore le symbole du réformisme allemand de l’entre-deux guerres qui mettait sur le même plan les Nazis, les Communistes et le Zentrum… Ce n’est pas tant l’origine sociale, la petite-bourgeoisie intellectuelle des centres villes, mais la ligne politique adoptée qui pense que l’antifascisme est une possession de territoire ou une histoire de groupuscule. Ce n’est pas non plus anodin que ce groupe soit intimement lié à la FI, même base sociale, même destinée réformiste, même voie de garage.

Le principal problème en réduisant le fascisme et l’antifascisme à un affrontement entre bandes est d’amener une partie de la nouvelle génération de révolutionnaires dans une impasse désastreuse. L’enjeu de l’époque n’est pas la montée du fascisme, mais de se lier fermement avec le prolétariat dans les quartiers populaires, dans les usines, d’assumer de nouveau l’antagonisme capital-travail. Les centres métropolitains n’ont aucun intérêt tactique politique quand on raisonne en contenu de classe et non pas en occupation territoriale. Les fascistes organisés ne sont pas dans les quartiers populaires ni dans les usines, par contre ils peuplent les centres villes. Nous parlons donc d’une autre démarche politique qui s’appuie sur une conception idéologique se concrétisant dans des formes d’organisations particulières. Des vies d’antifascistes vont être gâchées par des années de prison, une offensive sans commune mesure est en développement contre tout ce qui va contre la dictature totale de l’oligarchie, tout ça pour un facho mort. Le ratio n’y est définitivement pas. Il ne va rester à « l’antifascisme » des années 2000 que la capitulation avec l’unique horizon « d’aider la grand-mère » comme l’a affirmé l’ancien chef Antifa de Marseille, Hazem, c’est-à-dire l’intégration à l’État par le parlementarisme bourgeois ou la fuite en avant militariste avec la vengeance comme unique destinée. C’est deux voies qui ne sont qu’une, elles font parties du problème n’apportant aucune solution.

A noter que cette séquence nous a démontré que la FI ne peut nous défendre du fascisme. C’est un mouvement qui n’a aucune base sociale concrète dans la classe ouvrière et les masses populaires. Le lâchage infâme des accusés antifascistes, les tergiversations, les appels au calme, au pacifisme, reflètent de la part de la FI : l’incompréhension de l’époque, l’absence d’une ligne politique juste, et nous voulons particulièrement insister sur la totale absence d’une base dans la classe ouvrière, reflétant son programme totalement réformiste. La FI vit son « pacte Germano-soviétique », à la différence du PC qui avait une assise puissante dans les masses et une ligne idéologico-politique, elle se retrouve plongée dans le désarroi total. Malgré tous les gages de son authentique « républicanisme », dont l’essence est le total respect des institutions bourgeoise, la FI fait partie de 1945 du point de vue de l’Oligarchie. Lénine disait juste quand il affirmait que seuls les révolutionnaires peuvent défendre les droits démocratiques.

L’autre voie à ce marasme, la seule pouvant assumer le grand moment historique, c’est celle de 1941, assumer la reconstruction du mouvement ouvrier et de son cœur le Parti Communiste. C’est assumer la lutte des classes de manière antagoniste c’est-à-dire la contradiction entre le Travail et le Capital. Il n’y a, dans ce combat, aucune place à prendre, mais au contraire c’est la vraie « aide à la grand mère », c’est la vraie autodéfense prolétaire/populaire, c’est le vrai Antifascisme. Pour cela il faut un niveau de compréhension idéologique, pratique et organisationnel que seul le Marxisme, dans son application, dans la lutte des classes, nous donne. Cela nécessite de quitter sa vie, de vivre, travailler et lutter avec la classe, c’est-à-dire une rupture totale avec le vieux monde. Nous parlons d’exigence, de détermination, de confiance dans la classe, d’abnégation en servant le peuple de tout son cœur.

Pour défendre l’héritage de 1945, notre modèle social, nous devons éviter un nouveau 1945, la capitulation face à la question du pouvoir, ainsi nous devons retourner à 1941, reconstituer le Glorieux Parti Communiste et assumer totalement l’époque révolutionnaire qui s’ouvre.

Défendre 1945, c’est devoir le dépasser en retournant à 1941.

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