À l’échelle mondiale, les luttes contre l’impérialisme s’intensifient et avec ces luttes s’intensifie également la réaction des impérialistes qui organisent une marche vers la prochaine guerre mondiale. L’impérialisme français en particulier se trouve en crise aiguë, avec en interne une crise politique qui a notamment éclaté en révoltes massives en septembre 2025, en externe mis en difficulté par leur échec au Sahel et les révoltes dans les colonies, comme en Kanaky. Les contradictions entre les impérialistes s’intensifient et cela même dans le camp occidental. Dans les dernières années, les impérialistes français se sont fait humiliés par l’impérialisme US à plusieurs reprises, qui préfère s’appuyer en Europe sur l’Allemagne, car plus stable et plus influente que la France.
L’État français n’est pas prêt à la guerre impérialiste : ni ses structures anti-démocratiques, ni son économie, ni son armée. Comme leurs intérêts de classe les y obligent, les bourgeois entendent bien sûr développer ces points jusqu’à devenir tyranniques contre le prolétariat. Pour le moment, ils sont contraints par la lutte des masses à jouer avec les contradictions internes du pays pour maintenir une certaine stabilité de régime.
Après la professionnalisation de l’armée française, l’absence de conflits armés sur le territoire national et la suspension du service militaire obligatoire, les masses n’imaginent même pas le fait d’aller à la guerre et voir des proches mourir. Les impérialistes comprennent très bien que le facteur principal dans la guerre, ce sont les humains, que même dans une guerre symétrique, il est nécessaire d’avoir une population qui soutient ses troupes et une armée avec un moral et des convictions chauvines fidèles aux intérêts bourgeois. Ils ont besoin de parents qui acceptent de voir leurs enfants mourir dans des contrées lointaines pour combattre des russes et des chinois, qu’ils n’ont vu que dans des films de James Bond, alors même que Macron lui même admet qu’aucune menace contre le territoire français n’existe.
Pour forger ce consentement de la population, l’État prévoit un plan dirigé vers la jeunesse prolétaire, le Service Militaire Volontaire, dont la campagne de recrutement a débuté lundi 12 janvier. Ce service prévoit l’inscription de 3000 jeunes de 18-19 ans en 2026 augmenté graduellement à 10000 en 2030 donc 0,5 à 1% de leur génération. Comparé aux 35000 jeunes qui rentrent dans les forces de l’armée chaque année, le chiffre de 3000 semble ridicule, surtout que ces jeunes ne seront pas des militaires. L’État propose maintenant une nouvelle version de programme de 10 mois avec comme carotte le permis de conduire, un revenu de 800 euros par mois, une formation professionnalisante et un plan d’emploi après celui-ci. Le slogan de la campagne c’est « s’armer pour l’emploi ».
Contrairement à la conscription, ce faible recrutement ne créera pas une grande contradiction interne aux armées bourgeoises entre les masses et le commandement, il ne permettra pas d’armer les masses avec des fusils qu’ils pourraient retourner contre leurs généraux. Il n’y a donc pas de changement dans la doctrine impérialiste de l’armée conçue comme une armée professionnelle depuis une vingtaine d’années. Le SMV ne sera pas un service obligatoire qui mélangerait les classes sociales, le service volontaire ne touchera que les jeunes prolétaires qui sont en situation de précarité extrême, ne voyant pas d’avenir, mais aussi ceux qui sont assez chauvin pour vouloir aller à l’armée, mais dissuadés par la durée de 5 ans des contrats. Ce sera une expérience qui sauve à priori d’une vie de chômage, car avoir un permis, une petite paie et un métier ce n’est pas rien.
Les bourgeois détruisent les services sociaux, définancent l’école, sélectionnent à l’entrée de la fac, ruinent l’hôpital public puis poussent les gens vers l’armée qui sera leur salut. D’une main ils condamnent des milliers de jeunes prolétaires à un avenir de misère par le système capitaliste, le chômage structurel et les politiques libérales, de l’autre, ils en prennent 3000 en les aidant à « s’armer pour l’emploi ».
Dans ce programme, il y a néanmoins des inconsistances. La durée est de 10 mois, donc à peu près la durée autorisée de désertion dans l’armée, une durée trop courte pour forger des soldats. De plus, le principal du programme en terme de durée, c’est la formation professionnelle et dans les vidéos de propagande on ne voit pas d’entraînement avec des fusils, simplement une formation de mise à niveau physique de quelques semaines et un quotidien cadré comme à l’armée, mais aucun équipement militaire. Le SMV ne construit pas une armée. Ici l’échec cuisant du précédent programme, le SNU nous donne en partie l’explication de cet étrange projet. L’État n’est pas prêt logistiquement à un recrutement massif dans l’armée. Il n’y a pas assez d’équipements et de ressources pour encadrer une masse de jeunes. Alors on leur fait des cours de chauvinisme, on leur fait chanter la Marseillaise, obéir à des ordres de militaires, faire de l’entraînement physique et à la fin on les relâche dans la société avec l’impression d’une expérience positive car on en ressort avec un métier et des avantages administratifs sur les autres prolétaires qui, eux, n’aurait pas fait le SMV.
Pourquoi donc ? Et bien ils le disent clairement, ces ministres et généraux éloquents et pas trop effrayants qu’ils nous mettent devant les pupitres et les caméras. C’est une opération de propagande pour faire accepter la guerre et renforcer ce qu’ils appellent « le lien entre la nation et l’armée ».
Voilà la nature du SMV, qui n’est qu’un premier pas dans la politique du gouvernement car plus tard, une fois que certains problèmes logistiques et économiques seront dépassés, le SMV pourrait contribuer à un renforcement du recrutement dans l’armée ou servir le recrutement de personnels techniques et de cadres spécialisés dans l’armée, ce qui semble déjà être un des objectifs du programme.
Pour les révolutionnaires, le SMV représente une nouvelle tentative d’endoctrinement chauviniste des jeunes. Il est important de combattre toute la propagande et la politique impérialiste qui sert à renforcer le camps de la réaction mais ce n’est pas suffisant pour lutter contre la vague impérialiste. Nous le voyons bien, la bourgeoisie s’organise et met en œuvre des plans pour servir ses objectifs criminels. Les révolutionnaires également doivent mettre en œuvre des plans et des programmes pour transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire, seule phénomène capable de terrasser la bourgeoisie.
La jeunesse étant en première ligne dans les politiques militaristes, il est du rôle des révolutionnaires, syndicalistes et progressistes de la jeunesse, de se regrouper et forger des appareils capables d’organiser la vague de la révolution socialiste en France. Nous saluons le congrès de la Jeunesse Communiste qui s’organisera en Avril 2026, étape vitale dans le développement d’un courant authentiquement révolutionnaire, qui seul pourra contre-carrer les rêves de boucherie à l’internationale de la bourgeoisie.


