Cause du peuple (Cdp) : Chers camarades, vous venez d’achever les travaux du Congrès « pour la reconstitution de la Jeunesse Communiste ». En septembre 2025, lors de la Fête de l’Humanité, nous avions partagé dans ce sens l’appel du Comité pour la Reconstitution de la Jeunesse Communiste. Nous tenions à vous remercier de nous accorder cette première prise de parole publique, en tant que direction nationale élue. Après avoir pu assister à l’intégralité de vos travaux durant ce week-end de congrès, nous tenions aussi à vous féliciter pour le succès de cet événement. Tout d’abord, êtes-vous satisfaits de la tenue de ce Congrès ? Les délégués sont-ils arrivés à s’accorder sur une base commune de principes idéologiques et politiques ?
Jeunesse Communiste (JC) : Nous sommes très heureux de la tenue du Congrès et de son déroulement. Les délégués ont pu s’accorder sur tous les textes présentés aux congressistes, avec un fort esprit de camaraderie et une attitude exemplaire. Les débats ont été menés jusqu’au bout et chaque camarade a eu à cœur de faire triompher ce qui était juste sans s’attacher à quelconque esprit de chapelle. Certaines délégations avaient des visions assez différentes, mais nous avons réussi à trouver des points d’unité sur tous les sujets. La tribune s’attendait à faire face à quelques points de tensions, mais tous les délégués sont venus avec la ferme intention de construire la Jeunesse Communiste et ont mis au premier plan leur volonté d’avancer.
Cdp : Concernant la Reconstitution de la Jeunesse Communiste en 2026, qu’en est-il des tâches politiques prioritaires d’une telle organisation auprès de la jeunesse de France ? Comment concevez-vous l’organisation de la diversité de cette jeunesse ?
JC : Nous reprenons assez régulièrement la citation de Lénine sur le rôle de « troupes de choc » de la Jeunesse Communiste. La jeunesse tient la place particulière de première ligne dans toutes les luttes. Nous savons cependant que la jeunesse ne se suffit pas à elle-même, elle ne peut pas prétendre diriger le prolétariat, être son avant-garde, mais bien ses troupes de choc. Tel que nous le concevons aujourd’hui, le rôle d’une organisation conséquente est double : (1) l’éducation de la jeunesse au marxisme, pour forger des jeunes prêts à reconstituer le Parti communiste et (2) impulser partout où nous sommes la lutte des classes, impulser des comité de quartier, des groupes lycéens, mobiliser autours de nous nos collègues et camarades de classes. Le rôle de la Jeunesse Communiste est de créer des révolutionnaires prêts à mettre le feu à la plaine. La France connaît actuellement une crise de régime et accélère son processus de réactionnarisation, en attaquant sans relâche tous les droits démocratiques. Nous ne devons pas être dupes, les attaques sur des militants individuellement ou sur des groupes servent à créer des jurisprudences pour abattre les droits démocratiques lorsque ce sera nécessaire pour la bourgeoisie. L’une des tâches importantes de la jeunesse est de lutter pour le maintien des droits démocratiques, que nos prédécesseurs ont conquis dans la lutte, mais aussi d’en conquérir de nouveaux. Sur la question de la diversité de la jeunesse, nous pouvons en effet considérer le terme de jeunesse comme un terme large et abstrait, mais c’est une question en réalité très simple. Qu’importe à quel point nous pouvons être différents, une chose simple fait notre unité : notre classe, le prolétariat.
Cdp : La reconstitution de la Jeunesse Communiste pose la question plus large de l’actualité de la Révolution Socialiste en France, et donc du Parti Communiste, question évoquée dans l’un de vos points d’unité. Quel est le positionnement de la Jeunesse Communiste sur la reconstitution du Parti Communiste de France ? Comment compte-t-elle y contribuer ?
JC : La Reconstitution du Parti Communiste comme direction et avant-garde de la Révolution doit être l’objectif principal de tout révolutionnaire. Toutes les expériences de notre classe nous montrent l’absolue nécessité du Parti. Notre rôle en tant que Jeunesse Communiste n’est pas de nous transformer magiquement en Parti Communiste lorsque nous serons vieux. Notre rôle est de former la jeunesse au marxisme et de développer la lutte des classes ; de faire émerger des cadres révolutionnaires qui seront à même de reconstituer un Parti et de mobiliser, politiser et organiser les masses autour de nous, dans ce but. Ce n’est pas une tâche qui incombe seulement à la jeunesse, c’est une tâche dont doit se saisir tout le mouvement révolutionnaire, de toutes les organisations, comités et groupes qui souhaitent sincèrement la révolution. Pour contribuer à cela nous l’avons dit, nous développerons la formation de nos membres au marxisme et impulserons des espaces de mobilisations larges mais également, et ce point est capital, nous lutterons pour l’unité des communistes partout où ils se trouvent. L’unité est la prunelle de nos yeux et il n’existe qu’un seul moyen de l’atteindre : la lutte des deux lignes. Pour cela, dans tout notre travail, nous avançons le mot d’ordre suivant : pour la lutte de lignes et contre les guerres de chapelles. Il n’est pas question pour nous de concurrence, mais de divergences d’opinions qui ne peuvent être réglé que par le débat politique et le bilan honnête de l’activité. Sur la base de ces critères nous pouvons travailler avec tout le monde, atteindre des niveaux d’unité supérieurs et œuvrer à la Reconstitution du Parti Communiste de France.
Cdp : Depuis la mort de l’activiste fasciste Quentin Deranque, nous assistons à une nouvelle tentative de réhabilitation du fascisme dans la sphère politique bourgeoise, traduction approfondie de ce qui s’exprime dans le processus de réactionnarisation de l’État depuis plusieurs années. La Jeunesse Communiste se définit-elle comme une organisation antifasciste ? Comment concevez-vous cette lutte ?
JC : Nous comptons parmi nos figures Guy Môquet, le Colonel Fabien et Danielle Casanova. Nous pourrions citer les milliers d’autres Francs-Tireurs-Partisans qui ont donné leur vie lors de la grande guerre antifasciste et nous comptons bien être le pire cauchemar de la gangrène fasciste. Nous comprenons le fascisme comme ce qu’il est : une partie intégrante du capitalisme, tout comme la guerre et la misère. Face à la crise et l’aggravation des conditions de vie, deux chemins s’ouvrent aux masses : celui du fascisme ou celui de la révolution. La tentative de réhabilitation et de normalisation de l’activité des groupuscules fascistes rend de plus en plus secondaire le modèle antifasciste des années 90 de lutte entre groupes et de plus en plus principal le travail d’éducation, d’agitation et de propagande dans les larges masses. L’antifascisme ne doit pas être l’affaire de petits groupes, mais doit profondément infuser dans les masses. Nous devons réapprendre à haïr le fascisme dans toutes ses expressions et combattre ceux qui lui pave la voie. L’idéologie fasciste use largement de rhétoriques « populistes » pour gagner le cœur des masses. Nous devons œuvrer dans notre propre classe pour arracher cette rhétorique à la racine et gagner le prolétariat à un fait simple : notre seul intérêt est la révolution et le fascisme ne sert que les intérêts de la bourgeoisie.
Cdp : Une grande partie de vos débats ont porté sur la compréhension de la situation de l’impérialisme français dans le monde, ainsi que les forces de classe impliquées dans la Révolution Prolétarienne Mondiale. Comment voyez-vous aujourd’hui la place du combat anti-impérialiste dans les tâches des révolutionnaires en France ?
JC : En tant que révolutionnaires dans un pays impérialiste, nous devons fermement lutter contre notre propre impérialisme et développer l’internationalisme à tout prix. Nous avons une position relativement confortable, qui nous permet de développer une solidarité internationale conséquente, cependant le meilleur support que nous pouvons et devons apporter aux peuples opprimés est d’abattre notre propre impérialisme.
Cdp : Le succès de la tenue de ce Congrès est un marqueur important de notre époque, notamment dans les lignes de démarcation qui s’affirment face au révisionnisme et l’opportunisme. Quelles sont ces lignes de démarcation aujourd’hui selon vous ?
JC : Nous l’avons vu au cours des débats, conférences et film : la question qui sous-tend toutes les autres est celle du pouvoir, de sa conquête et de son maintien. Lorsque nous parlons d’anti-impérialisme, il est clair que tant que les monopoles impérialistes subsisteront, les peuples opprimés ne connaîtront que la misère et nous marcherons vers la guerre. Lorsque nous parlons du travail de la jeunesse, il est clair que tant que les monopoles impérialistes tiendront la politique d’État, la jeunesse sera toujours mise face à une précarisation de plus en plus grande. Lorsque nous parlons d’antifascisme, il est clair qu’il est inévitable pour la bourgeoisie d’avoir recours à la gangrène fasciste pour maintenir son rang. Quel que soit le sujet que nous abordons, le résultat est le même : l’État est l’outil de domination de la bourgeoisie, l’armée et la police sont sa colonne vertébrale. Ce fait en implique un autre simple : le Parti est l’outil de combat du prolétariat pour la prise du pouvoir. Nous aimerions à ce sujet citer les thèses du VIe congrès de l’Internationale Communiste, adoptées le 29 août 1928 et reparues dans L’Humanité (alors clandestine) du 16 novembre 1939 :
« La guerre est inséparable du capitalisme, donc on ne peut supprimer la guerre qu’en supprimant le capitalisme. C’est-à-dire en renversant la classe des capitalistes exploiteurs, en construisant le socialisme et en faisant disparaître les classes…
Toutes autres théories et proposition, si «réalistes » qu’elles puissent sembler, ne sont que tromperies et ne peuvent que prolonger le système de l’exploitation et des guerres. »
Cdp : Concernant les secteurs de la jeunesse, nous fêterons en décembre les 80 ans de la fondation de l’Union des Jeunes Filles de France (UJFF), organisation féminine liée à la Jeunesse Communiste, qu’a justement dirigée Danielle Casanova. Qu’en est-il de la place des femmes dans votre organisation ?
JC : Plus que jamais les femmes ont une place importante, non seulement dans la Jeunesse Communiste – elles étaient très nombreuses ce week-end – mais pour la lutte de classe dans son ensemble. Nous considérons comme essentiel le développement d’organisations spécifiques à la mobilisation des femmes dans le futur et sur la base des revendications concrètes des femmes pour leur quotidien.
Cdp : Qui sont les jeunes qui peuvent rejoindre la JC aujourd’hui ?
JC : Tous les jeunes, sans distinction, qui souhaitent lutter contre le vieux monde peuvent rejoindre la Jeunesse Communiste. La bourgeoisie aimerait voir une classe qui se tient sage, une jeunesse apathique et inactive. Nous souhaitons insister ici : il n’existe rien d’impossible pour ceux qui luttent. Chaque jeune qui le souhaite peut monter une section de la Jeunesse Communiste ou rejoindre une section existante. Chaque jeune, sans distinction, qui souhaite lutter peut le faire. La lutte des classes est une lutte à mort et nous invitons chaque jeune qui nous lit à choisir de vivre !
Cdp : Merci camarades.


