Andor : la Révolution dans les étoiles ?

« La révolution commence maintenant ! », c’est avec cet étonnant slogan que Disney a lancé ses bande-annonces pour la deuxième et dernière saison de la série Andor située dans l’univers de Star Wars. Et ce n’est pas un hasard, car la série se concentre effectivement sur l’histoire du personnage éponyme, Cassian Andor, qui passe de petit contrebandier sur une planète industrielle à révolutionnaire à temps plein.

À travers ces deux saisons, découpées en arcs narratifs d’environ 3 épisodes (c’est-à-dire la durée d’un long film), la série développe tout un tas de thèmes et de personnages variés. Organisation et financement d’un mouvement révolutionnaire, travail illégal et légal, solidarité ouvrière et de quartier, violences policières, braquages révolutionnaires, système carcéral, émeutes de masses, voilà ce que livrait la saison 1. Pour la saison 2, on aborde les dissensions internes au mouvement, la clandestinité d’une résistance aux accents français, la violence révolutionnaire, les massacres de masses et les tensions créées par une rébellion qui s’assemble et devient concrète. Les inspirations sont multiples : le scénariste Tony Gilroy a rapporté avoir pour modèles des films classiques comme La Bataille d’Alger (1966) ou L’Armée des ombres (1969) en ajoutant : « Je suis fasciné par la Révolution russe, la Révolution française, Thomas Paine, Oliver Cromwell et Mao. »

La saison 1 est sortie après le grand mouvement de lutte aux États-Unis suite au meurtre de George Floyd par la police, et on ne pouvait pas l’ignorer dans les scènes de violence arbitraire de l’Empire. Quant à la saison 2, tournée entre 2022 et 2023 et montée en 2024, il ne faut pas aller chercher loin pour voir l’ombre de l’invasion russe en Ukraine ainsi que de la guerre en Palestine, surtout quand le mot « génocide » fait partie d’une des répliques les plus mémorables de la série.

La grande force de la série, au-delà de ses acteurs et de sa production, est qu’elle a des héros collectifs, en grande partie des masses et des révolutionnaires de conviction, et non des individus exceptionnels par leur destinée ou leur origine familiale, comme c’est pourtant le cas dans Star Wars. C’est un choix conscient, Gilroy l’a révélé : « Je voulais parler de personnes réelles. Ils ont créé tout cet univers autour d’une famille royale, en substance. C’est génial. Mais il y a des milliards, des milliards, des milliards d’autres êtres dans la galaxie. Il y a des plombiers, des esthéticiennes. Des journalistes ! À quoi ressemble leur vie ? La révolution les touche autant que n’importe qui d’autre. » Il n’y a d’ailleurs pas besoin du tout de s’être intéressé à Star Wars pour la regarder. L’habillage inter-galactique sert plus de décor pour une histoire axée sur le fascisme et la révolution. C’est d’ailleurs un retour aux sources en sachant que le créateur de Star Wars s’était lui-même inspiré de la Guerre du Vietnam.

Alors, est-ce donc une série « politique » ? Au fond, non. Il ne faut pas oublier ce que nous avons indiqué en début d’article : c’est une série Disney, le plus grand monopole états-unien du divertissement. Dans Andor, l’oppression est bien réelle, mais elle n’est pas politique, les luttes internes à la rébellion sont des luttes de personnes et de « méthode », mais rien n’est approfondi idéologiquement et politiquement, certainement pour rester « subtil et divertissant ». Ainsi, tout le monde peut projeter ses idées dans à peu près chaque personnage, révolutionnaire ou non, avec plus ou moins de succès. Andor n’est pas une série anti-impérialiste, anti-colonialiste, anti-capitaliste ou révolutionnaire, comme on peut lire ici et là. Mais la regarder n’est pas une perte de temps pour celles et ceux qui abordent la culture qui sort du cœur des monopoles avec un point de vue prolétarien. La science-fiction en régime capitaliste tend au progrès car elle critique le présent grâce à une fantaisie de futur. Voilà pourquoi le thème de la rébellion y est si présent. Andor ne rendra personne révolutionnaire, mais elle peut servir de forme contemporaine et de masse pour aborder des sujets brûlants de tout mouvement révolutionnaire pour renverser l’ordre existant.

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