La démocratie bourgeoise a Duplomb dans l’aile

Il y a un mois, le 11 février, se tenait un nouvel acte dans la séquence de la loi écocide Duplomb. À la suite d’une pétition ayant récolté plus de 2 millions de signatures partout dans le pays, un débat exceptionnel a été tenu à l’Assemblée Nationale autour des points soulevés pour le retrait de la loi.

C’est la première fois que l’Assemblée Nationale doit se réunir pour débattre du contenu d’une pétition. De la part d’une bourgeoisie qui se réactionnarise de plus en plus et qui intensifie ses attaques tout azimuts contre le peuple, cette décision avait de quoi surprendre.

Pour rappel, la loi Duplomb a été adoptée le 8 juillet 2025, et était portée initialement par Laurent Duplomb, un charmant personnage qui s’avère être dans le même temps représentant de la FNSEA et sénateur. C’est un de ces magnifiques conflits d’intérêt qui fait de notre République le fleuron de la démocratie que tant nous envie. Cette loi représente les intérêts directs des grands monopoles de l’agriculture intensive, tant dans son contenu que dans ses conséquences. Ici, un des objectifs phares de la loi, désormais en vigueur, est la réintroduction dans l’usage de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux pesticides néocotinoïdes interdits à l’origine pour leurs risques sanitaires et environnementaux avérés, en particulier sur les abeilles.

Pour Laurent Duplomb et ses amis de la FNSEA, l’interdiction de ce pesticide potentiellement cancérigène créerait de la « concurrence illégale » pour les producteurs agricoles vis-à-vis des autres pays qui eux ne l’interdisent pas. Une position fallacieuse, tant il est démontré qu’une alternative aux néocotinoïdes existe pour au moins 96 % des cas, et que les 4 % restants ne représentent pas une part vitale pour l’alimentation de l’agriculture française.

Pourtant, la position de Duplomb est portée par notre Ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, Républicaine déchue de son parti, homophobe et raciste notoire, proche de la FNSEA, bien décidée à salir la mémoire de ses parents communistes italiens ayant fui le fascisme. Celle qui avait soutenu la répression abjecte lors de la Bataille de Sainte-Soline a été le chantre de cette loi, accompagnée d’une majorité du bloc réactionnaire, du RN au parti présidentiel sous Bayrou, Lecornu I et Lecornu II, sans compter le désormais ex-conseiller à l’agriculture du Premier Ministre, congédié pour overdose dans une soirée huppée cette semaine. Tout un programme.

La loi a rencontré immédiatement une réaction hostile de la part des masses. Et pour cause, les effets des néocotinoïdes présentent des risques potentiels non seulement pour la biodiversité, mais aussi pour l’homme. Par exemple, on a retrouvé de l’acétamipride dans l’urine de nouveaux-nés, mais aussi dans leur liquide céphalo-rachidien, à savoir le liquide dans lequel baigne le cerveau. Si l’ampleur des risques chez l’homme n’est pas pleinement compris pour le moment, il est certaine que la présence de ces pesticides dans l’alimentation présente des risques sérieux pour le développement neurologique des enfants.

Ainsi, une pétition lancée au cours des débats autour de la loi Duplomb a récolté un nombre faramineux de signatures, plus de 2 millions. C’est l’une des pétitions les plus signées de l’histoire de France, et a été relayée dans de larges pans des masses, allant de membres de la société civile, de paysans ou encore de scientifiques. Genevard, bien embêtée, avait alors prétendue que les signatures avaient été gonflées par des robots. Il est à craindre que l’on accuse bientôt les Russes, plutôt que d’admettre de n’avoir aucun soutien populaire.

Un débat a donc été tenu à l’Assemblée Nationale. Dans un hémicycle que les journaux qualifient de « clairsemé ». Nos députés sont visiblement plus motivés pour de vraies causes comme honorer la mémoire d’un fasciste ou empêcher la fermeture de la buvette de l’Assemblée. Plusieurs observateurs ont souligné à raison que c’est la première fois que le contenu d’une pétition aussi large devient un sujet au sein de l’hémicycle. Mais attention, Yaël Braun-Pivet a très vite tempéré les ardeurs de ceux qui se félicitaient déjà d’une grande victoire démocratique : le débat ne permettra pas de revenir sur la loi votée. On a pu assister alors à de magnifiques diatribes des députés qui ont fait l’effort de faire le déplacement, mais qui n’ont produit que de l’écho dans le vide d’une « démocratie » sans contenu.

Il ne suffisait pas de cette déclaration pour constater tout le vide politique de cette séquence. En consultant la liste des pétitions soumises par les masses sur le site de l’Assemblée nationale, absolument aucune autre n’a fait l’objet d’un débat, et aucune n’a pu permettre de débouché sur une nouvelle loi. Elles finissent la plupart du temps recalées à l’entrée ou enterrées dans les archives à côté des reçus Uber Eats du perchoir.

Ce « débat » nous montre une chose. Là où les pétitions étaient un moyen de mobilisation politique massivement utilisé par le peuple pendant des siècles, elles ne résistent pas à la pression et au verrouillage de la démocratie bourgeoise. Il nous montre que nos protestations, quand elles se contentent de se faire dans le calme et le respect de l’ordre public, ne donnent lieu qu’à des gesticulations symboliques, qui finissent oubliées par nos députés aussi rapidement que leurs principes.

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