Toulouse : Salle comble à la Reynerie ! 150 personnes pour le débat démocratique contre les démolitions

Ce samedi 07 février, à l’appel du CPES (Comité Populaire d’Entraide et de Solidarité) du Mirail, du collectif des architectes en défense du patrimoine CANDILIS au Mirail, du collectif STOP DEMOLITIONS, du CNL 31, du DAL31, du conseil citoyen Reynerie, de la LDH, de la Libre Pensée 31, avec des universitaires et des architectes ; s’est tenu un grand débat sur les projets de démolition anti-peuple qui touchent notamment le quartier du Mirail avec près de 1400 logements menacés. C’est au coeur de la Reynerie, quartier emblématique du Mirail à Toulouse, que près de 150 personnes se sont retrouvées pour assister d’abord à une exposition retraçant la conception du quartier du Mirail et les luttes dans son histoire, puis au débat.

Tandis que le duo de destructeurs du Mirail Moudenc-Cognard (ndlr : Moudenc étant le maire de Toulouse, grand réactionnaire à la petite stature, embourbé dans de multiples affaires de détournements, et Cognard le « maire de quartier » élu par personne mais détesté par tous) brillait par son absence, c’est à la tribune du CPES et de STOP Démolition que se sont assis François Piquemal (LFI/Demain Toulouse), Maxime Le Texier (Archipel Citoyen/Gauche Unie), Guillaume Scali (NPA-R), Malena Adrada (LO) et Vanessa Penidotti (RP) en tant que candidats à la mairie de Toulouse pour les prochaines élections municipales, afin de se positionner sur la question des démolitions et de la rénovation. Les questions posées ont été, entres autres « Allez vous arrêter les démolitions au Mirail, à la cote pavée, à Papus, à Tabar et dans tous les quartiers de Toulouse où subsistent des projets de démolitions ? », « Allez vous prendre un moratoire afin de réévaluer comparativement des solutions de réhabilitation sans démolition et de préserver le patrimoine HLM existant. » et « Comment comptez vous répondre à la crise du logement existant à Toulouse ? ».


Passons les différentes réponses, car n’importe qui peut dire n’importe quoi, dans le domaine de la politique, ce sont les actions qui font la différence. Le plus intéressant se trouvait plutôt dans les nombreuses interventions des habitants présents. Nous avons pu entendre Rachida dire « Avec tous les politiciens depuis toute à l’heure c’est bla-bla-bla-bla. […] Pour tout les jeunes, les personnes handicapées du quartier, vous êtes où pour les soutenir ? Quand c’est les élections, vous êtes tous là à dire bla-bla-bla-bla-bla mais en fait il n’y a aucune action de votre part. », Soumya « À La Reynerie, les projets de démolition et de renouvellement urbain ne concernent pas seulement des bâtiments. Ils concernent des vies ancrées ici depuis parfois plusieurs décennies. Des personnes qui ont construit des relations avec leur voisinage, élevé leurs enfants et participé à la vie du quartier. […] Ensemble. Réhabilitons. Rénovons. Reconstruisons. Parce que les vies comptent. Parce que les histoires comptent. Parce que l’humanité doit primer sur le capital. » ou bien encore Odile Maurin, défenseuse des droits des personnes en situation de handicap, « Quand on évoque la politique menée par Jean-Luc Moudenc, il ne faut pas se tromper, ce n’est pas seulement sa politique, mais celle du Parti Socialiste et de Jean-Luc Moudenc. […] Donc il faut bien comprendre que ceux qui nous jouent « je suis de gauche », etc., dans certaines instances, quand il s’agit de diriger la métropole et d’avoir un accord de partenariat avec la droite, ça ne leur pose pas de problème. Alors, surtout, rappelons aussi l’attitude de M. Vincini, du Conseil départemental, qui préside la SHLM des Chalets. Qui est-ce qui a décidé de démolir Messager et Gluck ? C’est le Parti Socialiste. ».


Les rédacteurs de Reynerie Miroir, journal historique du quartier, ont pu dénoncer la coupure de leurs subventions par la mairie parce qu’ils auraient trop donné la parole aux personnes se positionnant contre les démolitions. Ils ont répondu au maire de quartier « Monsieur, écrivez un article qui est pour, et on le publiera. » Il ne l’a jamais écrit. En tant que journal, la Cause du Peuple apporte son soutien à Reynerie Miroir contre ces pressions politiques inacceptables, complètement anti-démocratiques. Nous soutenons Reynerie Miroir et l’Écho des Coursives, journal du CPES du Mirail, qui donnent la parole aux habitants qu’on essaie de faire taire.

Le secrétaire général de l’Union Locale CGT du Mirail, ouvrier dans l’industrie chimique, a très justement souligné : « Il y a des gens qui sont pour les élections, des gens qui sont contre, on peut avoir tout notre avis là-dessus. Par contre, il y a une vraie ligne de démarcation: est-ce que c’est la mobilisation qui soutient les politiciens ou les politiciens qui soutiennent la mobilisation ? Est-ce que c’est une chose ou l’inverse ? Le plus important, la réalité, c’est que c’est la mobilisation des habitants, c’est ça qui compte, c’est le vrai rapport de force ! » en illustrant son propos par le travail et les victoires du CPES du Mirail depuis 2 ans.

Un fait notable, témoignant de l’unité des luttes des habitants des quartiers populaires partout en France, fut la présence d’une délégation des CPES de Cleunay et de Villejean, quartiers de Rennes. Ces camarades ont pu mettre en lumière dans leur discours les mêmes mécanismes anti-peuple mis en place dans les politiques de « renouvellement urbain » par des mairies « de gauche » à Rennes comme de droite à Toulouse : « On sait, grâce à votre mobilisation et vos alertes sur la fermeture de vos collèges, c’est le premier domino qui pourrait tomber dans le quartier et qui fera peut-être tomber des tours. À Cleunay, à Rennes, on a le même combat qu’au Mirail et ailleurs dans les quartiers populaires de France. Ce n’est pas que du béton qu’on détruit, c’est du lien social à travers notre voisinage, l’école, les rues et les places. Parce qu’effectivement on a aussi un projet de démolition qui est sous la mairie socialiste, un projet de démolition de notre quartier. Donc ce sont nos parents et nos grands-parents ouvriers qui ont bâti ces murs et qui peuvent y vivre ainsi que leurs enfants et petits-enfants à un prix abordable aujourd’hui.Plutôt que de réhabiliter les logements existants, le bailleur Néotoa, la mairie socialiste de Rennes et l’État qui invoquent pourtant sans cesse la dette, le manque de fonds et une écologie de façade, préfèrent privilégier la démolition-reconstruction, une option plus goûteuse qui alimente la spéculation immobilière et enrichit les marchands de sommeil sur le détriment de la classe ouvrière. »

Enfin, pour finir de dénoncer la mascarade électorale et mettre en avant le rôle de la lutte, un camarade du CPES du Mirail, habitant et travailleur du quartier, a pu prendre la parole en tant que membre du premier Parti de France dans les quartiers populaires : l’abstention. « On ne mène pas de campagne électorale, on n’a pas de voix à gratter, notre campagne c’est celle de la lutte au quotidien ! »

À l’issue du débat, pour joindre l’action à la parole, l’intégralité de la salle a été invitée à former un cortège à l’extérieur pour se rendre jusqu’à l’immeuble Messager, dont les travaux de démolition viennent de commencer. Fait notable : plus de la moitié des candidats présents au débat n’ont pas suivi la marche. Cela n’a fait que rendre la marche plus belle.

Aujourd’hui, nombreuses ont été les promesses pour sauver les bâtiments de Toulouse et en particulier le quartier du Mirail de la démolition. Nous prenons acte et nous continuerons à lutter. Si le Mirail est attaqué, c’est avant tout en tant que quartier prolétaire, qui lorsqu’il s’est révolté en 98 pour Pipo, en 2005 pour Zyed et Bouna et en 2023 pour Nahel, a fait tremblé l’État Bourgeois. La nécessité de l’époque n’est pas celle de politiciens-menteurs professionnels qui nous ont toujours fait miroiter monts et merveilles, mais de révolutionnaires professionnels à mêmes de mobiliser, politiser et organiser les larges masses pour la prise du pouvoir politique. Les Comités Populaires d’Entraide et de Solidarité vont continuer de se développer partout en France dans la logique de servir le peuple à la base pour répondre par la lutte à tous les problèmes qui touchent nos quartiers. L’heure n’est plus à la dispersion mais à l’organisation ! Ce n’est que lorsque la société sera aux mains des travailleurs que nous pourrons résoudre la question du logement, lorsque nous exproprierons les expropriateurs.

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