Suite aux Rencontres Nationales du Travail Social réunies à Marseille les 11 et 12 octobre 2025, un mouvement de grève national de trois jours a été appelé dans le secteur social et médico-social, les 16, 17 et 18 décembre derniers. Les salariés et les organisations syndicales dénoncent les politiques austéritaires, le manque de budget et de manière générale, la précarisation du secteur.
En effet, Accompagnants éducatifs et sociaux, Aides-soignants, Moniteurs-éducateurs, Educateurs spécialisés et autres travailleurs sociaux sont des métiers essentiels, au contact de populations précarisées et attaquées par l’Etat : personnes en situation de handicap, réfugiés, travailleurs sans papiers, mineurs non-accompagnés, anciens détenus… Et les travailleurs qui accompagnent au quotidien ces personnes sont eux-mêmes bien souvent issus des masses profondes, la majorité étant des femmes, notamment issues de l’immigration et des quartiers populaires. Leurs salaires sont bas, n’ayant pas suivi l’inflation galopante depuis des années, et les moyens concrets mis à dispositions ne suffisent pas.
Le travail social repose sur des associations, certaines de taille très modestes et ayant à cœur leur engagement militant, mais d’autres sont d’immenses machines capitalistes, qui, sous couvert d’engagement humanistes, exploitent des milliers de salariés sous-payés dans toute la France. Dans tous les cas, ces associations dépendent des financements de l’État et des collectivités territoriales, et sont donc soumises aux orientations politiques du Pouvoir. Avec la crise générale de l’impérialisme, et la marche forcée vers la guerre mondiale, la priorité aujourd’hui pour l’État est plutôt la remilitarisation du pays, ce qui se traduit par une hausse historique des financements militaires dans le budget proposé par le gouvernement pour 2026. Pendant ce temps là, la tarification à l’acte dans le médico-social est actée dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2026 ; concrètement, cela signifie que l’État souhaite faire des économies sur le dos des personnes âgées ou en situation de handicap, en réduisant leurs besoins à une liste d’actes techniques, traçables et donc finançables. Une telle réforme a déjà été mise en place dans l’hôpital public, avec le Plan Hôpital 2007, qui a eu pour conséquence la dégradation des conditions de soin, de même que des conditions de travail pour les salariés de la santé. Cette précarisation du secteur conduit progressivement au développement des entreprises privées à but lucratif, et donc à une marchandisation de l’accompagnement des personnes dépendantes. Non content de faire des économies pour préparer la guerre, les capitalistes font du pognon sur la santé et la vie des plus fragiles. On peut prendre en exemple les EHPAD, pour une bonne partie appartenant à des groupes privés, où les résidents payent une fortune, tandis que les salariés font du travail à la chaîne, pour des salaires de misère et conduisant à une maltraitance structurelle.
C’est donc, au-delà de simples revendications économiques, un véritable projet politique qui est dénoncé par les salariés du social. Tandis que les impérialistes pillent les pays du Sud global, la France réprime les migrants issus de ces pays, attaque les associations et les travailleurs qui les accompagnent au quotidien, et finance la future guerre mondiale de rapine sur le dos des plus fragiles !
La mobilisation de ces 16, 17 et 18 décembre a surtout été suivie en île de France et à Grenoble. Dans cette dernière ville, la mobilisation a été fortement suivie, à l’appel de l’Assemblée Générale des travailleurs sociaux, qui regroupe des salariés de différentes associations de l’agglomération : Groupement des possibles, APASE, Planning familial, APF…
Près de 300 personnes ont ainsi manifesté le premier jour de la mobilisation, en portant ces différents mots d’ordre : Contre la casse du social et du médico-social, contre l’austérité et la marchandisation du secteur, en rappelant que l’on a raison de se révolter !
Suite à la manifestation, les travailleurs sociaux se sont regroupés en Assemblée Générale, afin de discuter des perspectives, et surtout des conditions sur leurs lieux de travail : manque de budget, manque de reconnaissance de leur travail, salaires de misère, mépris de la part de leur hiérarchie, répression syndicale…
On remarque très vite une chose, c’est que les travailleurs du médico-social, c’est à dire dans le champ du handicap ou de l’accompagnement des personnes âgées, sont sous-représentés parmi les mobilisés. On retrouve dans cette AG essentiellement des éducateurs spécialisés, des assistants sociaux, qui travaillent dans la prévention, l’insertion sociale ou la protection de l’enfance, pour la plupart jeunes et très politisés. Parmi eux on retrouve notamment Baptiste Anglade, éducateur de rue, porte-parole local du NPA-R, et candidat aux élections municipales de Grenoble. Il apparaît très vite que celui-ci dirige de fait l’AG des travailleurs sociaux, même si cela ne semble pas formalisé, et qu’il se sert du mouvement pour sa campagne électorale, comme en témoigne sa communication sur ses réseaux et ceux de son parti.
A l’inverse, le médico-social est un secteur peu syndiqué, où l’on retrouve essentiellement des femmes, mères de familles, célibataires, pour beaucoup issues de l’immigration, qui n’ont pas la culture de la grève, et que le patronat fait culpabiliser en instrumentalisant leur engagement dans leur métier : les personnes âgées ou handicapées sont entièrement dépendantes d’elles, et parfois ne peuvent même pas sortir de leur lit si elles ne viennent pas travailler. Pourtant, s’il y a aujourd’hui une tâche pour les révolutionnaires, c’est bien d’organiser ces femmes, et toutes les masses les plus exploitées, car ce sont elles qui, dans nos quartiers comme au travail, affrontent la double exploitation du patriarcat et du capitalisme, qui ont le plus intérêt à la révolution.
Au cours des trois jours de grèves, de multiples actions ont été réalisées. Un piquet de grève devant Ocellia, l’institut de formation des travailleurs sociaux, le mercredi 17 au matin, a rassemblé un petit groupe de militants déterminés. Les étudiants d’Ocellia ont accroché sur les grilles et les vitrines de l’école des banderoles : « Ocellia dépolitise le travail social ! » et « Ocellia complice de la casse du social », dénonçant ainsi la direction et son rôle au service de la bourgeoisie. La direction est alors venue interpeller les militants, en se plaignant de la violence des mots d’ordre, et en demandant d’arracher les banderoles, ce qui a collectivement été refusé. Par la suite, la direction a tenter d’intimider des grévistes s’étant introduit dans l’école afin d’utiliser les toilettes. Par le passé, Ocellia avait déjà appelé la police contre des militants qui tractaient auprès des étudiants, prétextant une intrusion. De manière générale, la politique d’Ocellia en matière de grève étudiante est particulièrement répressive : les étudiants n’ont pas le droit de grève, et les absences en cours peuvent conduire à tout simplement ne pas pouvoir être présenté au diplôme ! Enfin, ce piquet de grève s’est terminé par un envahissement d’amphithéâtre, qui, après plusieurs prises de paroles, ont convaincu le professeur ainsi que plusieurs élèves de se mettre en grève pour soutenir le mouvement, et d’organiser une AG étudiante.
Après cette action qui aura duré toute une matinée, les grévistes se sont retrouvés devant le siège de l’APAJH38 (association pour adulte et jeunes handicapés), afin de dénoncer la répression anti-syndicale de deux militants Sud Santé-Sociaux. En effet, ceux-ci se sont retrouvés, un jour en se présentant au travail, avec des membres de la direction, leur remettant une lettre de convocation préalable à licenciement, leur indiquant qu’ils étaient mis à pied, sans maintien de salaire, de manière immédiate. Tout ceci intervient, étrangement, juste après que ces syndicalistes aient dénoncé leurs conditions de travail et signalés un danger grave et imminent. Afin de manœuvrer contre les syndicalistes, l’employeur a utilisé un rapport sur les risques psycho-sociaux, demandé et financé par l’employeur lui-même ! Ces patrons mafieux étaient curieusement absents du siège lors du rassemblement, la réunion du jour ayant été opportunément déplacée à plusieurs kilomètres de là.
Le jeudi 18, les grévistes se sont retrouvés devant l’hôtel du département, afin de soutenir la protection de l’enfance et les travailleurs sociaux qui manque de moyen pour accompagner. Il s’agissait là de mettre directement la pression sur les décideurs et les financeurs, le pouvoir politique local. Enfin, les trois jours de grèves se sont conclus par la grande manifestation à l’appel de la Marche des solidarités, en soutien aux migrants et travailleurs sans papiers, et notamment aux familles occupants les bâtiments de la Métropole de Grenoble depuis mi novembre. Parmi, ceux-ci, on retrouve notamment beaucoup de livreurs à vélos, ainsi que des auxiliaires de vies, qui elles aussi se font surexploiter afin de permettre aux personnes âgées de vivre dignement.
Ces trois jours de grève auront permis à des travailleurs qui se mobilisent peu de se rendre visible médiatiquement, d’organiser les salariés dans leurs structures, et surtout de politiser les problématiques du travail social. L’austérité n’est ni un hasard, ni de la malveillance, mais bien un projet politique de la bourgeoisie impérialiste dans sa marche vers la guerre. Au cours de ces trois jours, les révolutionnaires présents auront mis la combativité en avant face aux discours opportunistes, et rappelé qu’on a toujours raison de se révolter.


