La révolte paysanne, la division entre ville et campagne, et l’impérialisme

Depuis plusieurs années la paysannerie (la petite et moyenne propriété) est dans une crise profonde. Cela vient de lutte implacable entre la petite et moyenne production et la grande production capitaliste qui s’est développée principalement dans les grandes plaines céréalières du nord de la France. Cette petite et moyenne production est directement soumise au monopole de l’agro-alimentaire, celui qui transforme et valorise la production agricole et, principalement à la grande distribution qui la transforme en marchandise. La situation actuelle vient directement du développement du capitalisme en France qui, à côté du développement de la grande manufacture, a vu perdurer la petite propriété foncière héritée de la réforme agraire bourgeoise. Bien que depuis le XIXe siècle et, surtout depuis les années 1950, la tendance est à la concentration et, donc, à la disparition de la petite et moyenne propriété, elle continue à subsister mais dans une situation de crise perpétuelle. D’un point de vue historique, ces formes de production sont « archaïques » car ne pouvant rationaliser les processus de production, il en va de même du petit commerce et de l’artisanat. La tendance historique est à la concentration dans l’industrie, l’agriculture, le commerce, bien qu’il y ait des aspects négatifs car, c’est le principal aspect de la situation, n’étant pas le fruit d’un processus démocratique, cela participe à la lente unification de l’Humanité.

La situation intenable entre le maintien de la petite et moyenne propriété et le développement toujours plus féroce des monopoles, mais surtout l’absence principalement d’un Parti Communiste pouvant assumer les tâches politiques de règlement de cette contradiction, fait que la paysannerie en crise ne peut que s’arque-bouter sur un soutien de l’État pour se maintenir. Protection du marché et déréglementations ne peuvent être qu’une solution à très court terme, le problème ne vient pas de là mais bien de la dictature des monopoles qui écrase toujours plus la société économiquement, politiquement, socialement et culturellement. Même en utilisant à satiété les engrais et les pesticides dans un immense massacre écologique et humain, les gains ne seront qu’à court terme car la chute tendancielle du taux de profit est une loi indépassable du capitalisme. Les capitalistes devant maintenir leur marge augmentent les prix. Le producteur d’engrais devra augmenter ses prix notamment parce que les ouvriers luttent pour améliorer leurs conditions de vie, ce qui va mécaniquement faire baisser le taux de profit de l’agriculteur. De l’autre côté, la grande distribution elle aussi doit maintenir et si possible augmenter ses marges, elle pousse donc à acheter moins chers les produits et à les vendre plus chers dans les rayons. Le paysan est au milieu d’une chaîne de valeurs évidemment bien plus complexe (prix du baril de pétrole qui influence absolument tout par exemple) sans oublier les aléas climatiques qui deviennent de plus en plus un poids. Il ne reste donc plus comme solution que de vivre sous dépendance des aides directes de l’État, mais là aussi la source se tarie, la crise est partout. Une des autres solutions est d’investir dans les semi-colonies d’Europe de l’est et du Maghreb, le « miracle » de l’impérialisme transformant le petit exploitant exploité en exploiteur.

L’opportunisme, et disons le, le cynisme de la grande bourgeoisie, font que d’un côté elle va signer le MERCOSUR, dont le deal est l’exploitation toujours plus féroce des hommes et de la terre d’Amérique Latine, et que de l’autre elle envoie ses politiques laquais (Macron, LR, RN etc) s’indigner contre cet accord. Il n’y a pas de hasard si au même moment, Renault vient d’investir 600 millions d’euros au Brésil. Le deal étant que « l’UE » au service des monopoles impérialistes donne aux latifundios (grands propriétaires terriens brésiliens) le droit de vendre une viande de piètre qualité dans le plus grand marché au monde pour qu’en échange le gouvernement brésilien donne aux grandes entreprises le droits d’accentuer le pillage des richesses. Les simagrées de Macron avec Lula n’étaient que l’expression pathétique de la soumission du Brésil aux intérêts des monopoles impérialistes. A noter que la petite paysannerie et les sans-terres du Brésil souffrent chaque jour de cette soumission : le MERCOSUR va les affecter d’une façon 100 fois pire que les paysans français car ils sont soumis à la semi-féodalité. L’accord du Mercosur sert concrètement à une infime part de la population brésilienne, les grands propriétaires terriens qui vont tenter de sécuriser leur marge en chute, et les capitalistes bureaucratiques, forme du capitalisme dans une semi-colonie soumise à l’impérialisme. Cet accord est une nécessité vitale pour les monopoles en crise européens, surtout que la France est l’exception agricole des pays impérialistes d’Europe (avec l’Espagne), il sera donc signé d’une façon ou d’une autre. Les opportunistes réactionnaires crieront au loup contre la méchante Union Européenne cachant l’unique vérité qui est que ce sont les grandes entreprises françaises qui détruisent le pays. Ces « fiers patriotes » sont prêts à toutes les compromissions quand il s’agit de places à prendre.

Au delà de l’aspect agricole, la révolte paysanne exprime en profondeur la division entre la ville et la campagne née du développement du capitalisme. Un article du journal Les Echos du 08 janvier 2025, citant un rapport de l’ONU, nous apprend que la France est majoritairement rurale. Non seulement, c’est logique, d’un point de vue géographique, car la ruralité couvre 88 % du territoire, mais aussi au niveau de la répartition de la population. En France 19 % sont des ruraux, 36 % vivent dans des bourgs et petites villes, c’est-à-dire appartenant à la ruralité et 48 % sont des urbains (ville avec au moins 50 000 habitants). C’est une exception française dans les pays impérialistes, une exception niée, dont les politiques réactionnaires se servent de manière opportuniste en jouant sur l’opposition entre la campagne représentant la « vraie France » travailleuse et blanche, et la ville « l’enfer cosmopolite » violent. La réalité est toute autre, en dehors des métropoles et d’Urbs urbis (Paris), la majorité de la population est abandonnée à son sort par l’État. Taux de pauvreté élevé, exode, vieillissement, suppression des services publics, crise agricoles, sur-tourisme (pour certaines zones), ou enclavement sont quelques-unes des plaies que vivent la majorité des français. C’est la fameuse « France périphérique » où l’abandon réel, et pas seulement l’expression d’un sentiment comme il est souvent dit, développe un sentiment de révolte canalisée aujourd’hui dans le vote d’extrême droite. Dans ces endroits comme dans le reste du pays, le problème principal est la contradiction de classe, c’est la seule base pour unir les masses.

Le démon producteur de tous ces maux reste donc le même, le capitalisme à son stade monopolistique, qui doit toujours plus concentrer les moyens et les hommes pour rationaliser la production. Il a en même temps besoin de piller les ressources du sol (et du sous-sol comme avec l’ouverture de gigantesques mines de terres rares sur le territoire) pour maintenir ses taux de profits et fournir de la nourriture à bas prix (et cancérigène) servant à avoir une force de travail la moins coûteuse possible. Les monopoles poussent à la privatisation de la propriété publique, à la rationalisation de l’État qui doit les financer1 tout en abandonnant ses administrés. Il n’y a plus d’argent pour les maternités, les hôpitaux, les écoles, les impôts, les trains et même la gendarmerie (pourtant colonne vertébrale de l’Etat bourgeois français) dans les zones rurales alors que nous n’avons jamais produit autant de richesses.

La question est complexe : tout un tas de contradictions s’enchevêtrent, mais un des aspects centraux est que la révolte paysanne est absolument juste. Il faut soutenir cette juste lutte qui est un combat contre la grande bourgeoisie monopoliste qui écrase le travail. Dans le manifeste du Parti Communiste, un des points du programme est de combiner l’agriculture avec les industries manufacturières ; afin d’abolir progressivement toute distinction entre ville et campagne par une répartition plus équitable de la population sur l’ensemble du pays. Seule la Révolution socialiste peut accomplir cette tâche titanesque d’abolition de la différence entre ville et campagne et travail intellectuel et manuel. La révolution socialiste n’est pas contre la ruralité : au contraire elle œuvre pour supprimer cette différence qui passera par un grand mouvement de déconcentration des métropoles, d’un grand réaménagement du territoire où la nature et l’homme ne seront plus en concurrence. Par la planification nous en finirons avec le gaspillage et les projets inutiles et nous pourrons affronter les problèmes liés au climat.

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