Le 3 janvier, l’impérialisme US, sur décision directe de son sombre dirigeant Trump, a agressé la nation vénézuélienne par une opération de guerre : 150 aéronefs, 20 bases militaires mobilisées, l’électricité coupée dans toute la capitale, Caracas, des bases anti-aériennes et de l’armée détruites par des frappes, et enfin, l’opération clé : l’enlèvement du président Nicolas Maduro et de son épouse par la Delta Force, occasionnant la mort d’une soixantaine de personnes, dont des cubains, des civils et des soldats vénézuéliens.
Immédiatement, à travers le monde, des mobilisations ont eu lieu pour dénoncer cette agression, y compris en France. Les médias bourgeois et Macron ont joué la carte du « dictateur renversé », qui nous rappelle avec un arrière goût périmé les interventions au Moyen-Orient depuis 1990, et notamment la guerre d’Irak de 2003 et la capture de Saddam Hussein. Rappelons à toutes fins utiles que celles-ci ont été suivies par plus de 4,5 millions de morts dans les invasions et guerres déclenchées ou parrainées par les puissances impérialistes, US en tête, dans le Moyen-Orient étendu, jusqu’à aujourd’hui.
Le plan de l’impérialisme Yankee en Amérique Latine
Sonnés par une telle opération, les commentateurs médiatiques et les représentants des puissances impérialistes d’Europe ont appelé à la médiation (Espagne) et timidement critiqué les modalités de l’opération tout en saluant le renversement de Maduro (presque tous les pays d’Europe), à l’exception de Macron, qui a d’abord salué sans condition, avant de se retourner le lendemain.
L’ancien analyste pour la CIA, Michael Shurkin, a dit que Trump n’avait « pas de plan » suite à cette intervention, et c’est ce que pensent aussi les impérialistes d’Europe quand ils proposent des médiations, des accords, du soutien à « l’opposition » vénézuélienne comme lorsqu’ils ont appuyé il y a quelques mois, la millionnaire servile Maria Machado pour le prix Nobel de la Paix. Chacun veut tirer son épingle du jeu en pensant que Trump a agi sans penser à la suite.
Ils ne comprennent pas que cette opération n’est pas soudaine : elle fait partie d’un plan de long terme datant de la fin de la Guerre Froide, adapté par l’administration Trump et qui se déploie et va continuer de se déployer sur tout le continent latino-américain, du Mexique au Chili en passant par les Caraïbes.
En pensant que Trump est « fou » et « impulsif », ils oublient qu’il y a avec lui une administration entière qui dirige l’impérialisme Yankee, la seule superpuissance hégémonique du monde à l’heure actuelle. Rubio, Miller, Hegseth, Caine, la CIA, le FBI, la DEA et les autres, constituent l’épine dorsale d’un gouvernement et d’une armée dans la continuité de l’impérialisme US. Trump n’est ni seul, ni fou, il est simplement le chef d’un impérialisme qui abandonne les fioritures.
La Ligue Communiste Internationale indique bien : « En 1992, avec la soi-disant « Initiative Bush pour l’Amérique latine », l’impérialisme yankee a dévoilé des lignes directrices visant à approfondir l’intégration politique, économique et militaire des Amériques afin de consolider l’hégémonie yankee dans le monde entier et de combattre la révolution et tout mouvement qui s’y oppose ou y résiste. Plusieurs plans ont été mis en œuvre dans le cadre de ce plan majeur ou stratégique, tels que le Plan Puebla, qui a atteint le Panama et la Colombie, et le Plan Colombie, qui a établi un système de bases militaires, entre autres plans qui ont été mis en œuvre au milieu de vives contradictions avec les nations opprimées de la région et de contradictions à des degrés divers avec ses laquais.
La dernière décennie a vu un approfondissement sans précédent de la crise de décomposition de l’impérialisme yankee ; son hégémonie mondiale est en déclin et le pillage interimpérialiste pour le repartage du monde s’intensifie. C’est ce que les administrations successives depuis Obama ont qualifié de « nouvelle stratégie » de sécurité nationale, qui affirme qu’« une ère de rivalité entre les grandes puissances commence ». Dans sa dernière stratégie de sécurité nationale (décembre 2025), elle se concentre sur l’Amérique latine, déclarant le « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, qui permet aux États-Unis d’accéder à des « actifs clés », « des emplacements clés » et un soutien aux « chaînes d’approvisionnement critiques », tout en déclarant la nécessité pour l’Amérique latine de rester « à l’abri de toute incursion étrangère hostile » et d’avoir des gouvernements qui coopèrent dans la lutte contre les « narco-terroristes », contre lesquels elle définit la possibilité d’utiliser la « force létale ». »
Tout est ici résumé : il ne s’agit pas seulement d’une agression contre la nation vénézuélienne, il faut voir la situation des Caraïbes et de l’Amérique Latine en général. L’impérialisme US, dans son document de décembre 2025, réhabilite les foutaises impérialistes de la « géopolitique », politique de l’espace, où chaque puissance se taille des zones d’influence. Le fameux « hémisphère ouest », qui s’étend du Groenland aux îles Malouines, devrait être la propriété exclusive des États-Unis, et tous les pays formellement indépendants de cette zone devraient se conformer à la politique des US. En somme, l’ultra-réactionnaire Trump réhabilite le Lebensraum nazi, l’espace vital, qui sert de base à un impérialisme US en crise.
Avec des opérations militaires et non-militaires, des blocus, du chantage aux prêts, le prétexte du narco-trafic et autres, l’impérialisme Yankee va tenter de planter encore plus profond ses griffes dans son « pré carré ». C’est en ayant compris ça que nous pouvons tourner notre attention vers Cuba, la Colombie, le Mexique, ou encore regarder ce qu’il s’est passé ces derniers mois au Brésil, en Argentine et au Chili. L’opposition qui brûle en Amérique Latine, c’est celle entre l’impérialisme US et les nations opprimées du continent et leurs plus de 600 millions d’habitants.
Le cas du Venezuela
Que se passe-t-il et que va-t-il se passer au Venezuela ? L’enlèvement de Maduro et la suite expriment en réalité bien la profondeur du plan de l’impérialisme US ainsi que sa crise.
Cette action éclair n’est pour le moment ni un coup d’État ni une coûteuse occupation terrestre. C’est une action d’agression pour faire plier le gouvernement vénézuélien et lui donner le statut de laquais bien tenu en laisse qu’ont déjà ses voisins. L’impérialisme US menace le Venezuela de devenir une colonie directe, occupée, avec pour plan que son statut de semi-colonie, formellement indépendante, sorte renforcé sous la menace. Ils montrent les muscles, agressent, pour obtenir tout ce qu’ils veulent au moindre coût.
Parlons ainsi de la question du pétrole. Cette ressource stratégique a souvent été mise en avant pour expliquer l’agression du 3 janvier. Le Venezuela a les plus grandes réserves mondiales, il est 20ème plus gros producteur avec 900 000 barils par jour. Trump a ainsi dit que le Venezuela avait « volé » le pétrole en nationalisant les infrastructures des monopoles US qui dirigeaient cette industrie.
Mais il est incomplet de croire que l’impérialisme US a agressé le Venezuela « pour le pétrole ». En réalité, ce n’est pas car il a besoin du pétrole vénézuélien qu’il a agi, c’est en tant qu’objectif secondaire pour priver le social-impérialisme chinois d’un partenaire commercial. En effet, 80 % de la production de pétrole vénézuélien partait en Chine. Dans le plan des impérialistes Yankee, c’est inacceptable que des ressources de « leur » continent soient vendues à un rival stratégique.
En plus de cela, il faut regarder le moyen de pression qu’est le pétrole sur le gouvernement vénézuélien et même sur d’autres comme Cuba, qui s’approvisionnent là bas. Le blocus maritime annoncé par Marco Rubio le 4 janvier a pour objectif d’empêcher tout tanker pétrolier de sortir dans les Caraïbes, pour asphyxier le pays. La moitié du budget de l’État vénézuélien dépend du pétrole.
Alors pourquoi les impérialistes US n’envahissent pas ? N’occupent pas directement le pays ? Pourquoi n’ont-ils pas immédiatement installé une marionnette de l’opposition ?
C’est là que la crise se dévoile : en étant plus agressifs, plus déchaînés, les tristes sires de l’impérialisme US attisent la haine des peuples du monde, et ils font face à une situation instable dans leur propre pays, comme en témoignent les révoltes contre la police de l’immigration ICE. La situation politique intérieure et extérieure rend risquée une intervention à grande échelle, et les masses du Venezuela n’accepteront pas un pantin directement nommé par Washington.
L’occupation de la nation vénézuélienne et la destruction de sa base économique, comme prélude à d’autres invasions dans le continent, poserait aussi la question délicate pour les impérialistes de la destruction du marché latino-américain pour les investissements de capitaux US, mais aussi d’autres puissances impérialistes. Ainsi l’opposition vénézuélienne, toujours prompte à vendre le pays, estimait que le marché vénézuélien pourrait peser 1 700 milliards de dollars d’investissements, non seulement dans le pétrole, mais aussi dans l’or, l’électricité, la construction…
Mais l’impérialisme US ne s’interdit rien : l’invasion reste totalement à l’ordre du jour. C’est en ce sens que Trump a mentionné la « 2ème attaque » hypothétique le 03/01, et qu’il a ensuite menacé Delcy Rodriguez, la nouvelle présidente de lui faire « pire » qu’à Maduro. Les impérialistes sèment les troubles et la destruction, ils ne reculeront pas devant la perte de quelques investissements ou du chaos en Amérique Latine si cela remplit leurs plans.
A ce sujet, il n’est pas étonnant que l’impérialisme français ne se soit réveillé que lorsque le Groenland a été mentionné par Trump : les méthodes de l’impérialisme US en Amérique Latine doivent rappeler à Macron ses propres turpitudes militaires en Afrique. L’impérialisme français y a battu en retraite au Sahel ces dernières années, pour tenter de se redéployer dans des zones plus stables comme le golfe de Guinée. Ce n’est que lorsque le sacro-saint territoire de l’Union Européenne est remis en question que l’impérialisme français s’oppose à l’impérialisme US. Sur la barbarie et la soif d’oppression, ils sont tous les deux sur la même ligne de défense de leurs intérêts.
Tous les gouvernements laquais d’Amérique Latine doivent se le tenir pour dit : être le partenaire de l’impérialisme en décomposition c’est devoir choisir entre la peste et le choléra, entre un statut de semi-colonie davantage enchaînée aux caprices des maîtres Yankees, ou bien risquer la colonisation directe par l’occupation militaire.
La position Marxiste sur les invasions de l’impérialisme
Mais n’y a-t-il pas une autre solution ? Les nations opprimées n’ont elles le choix qu’entre la soumission directe et la soumission indirecte ?
Non, bien sûr que non. Ce dilemme, c’est celui des grands bourgeois compradores et bureaucrates de ces pays, et de leurs calculs pour rester en place ou se tailler une nouvelle place. Les nations veulent se libérer, les peuples veulent faire la révolution.
Pour les Marxistes, l’agression et l’invasion transforment la contradiction principale au sein d’un pays opprimé en une contradiction entre la nation et l’envahisseur. Le prolétariat, avec son avant-garde de classe indépendante qui est le Parti Communiste, doit alors lancer une guerre de résistance nationale et former autour de lui un front uni avec les classes et secteurs de classe qui s’opposent à l’invasion. C’est dans ceux qui luttent concrètement contre l’envahisseur que se trouvent ses alliés. Cette guerre de résistance nationale doit être comprise comme une partie intégrante de la Révolution de Nouvelle Démocratie dans les pays opprimés.
Dans ce contexte, le débat en France mené par les « critiques » du gouvernement de Maduro ou de Delcy Rodriguez est un brouhaha absurde et déconnecté de la réalité. Cela fait partie de la guerre psychologique des impérialistes contre les peuples, comme lorsqu’ils traitent les uns de terroristes et les autres de narcotrafiquants.
Le Marxisme ne consiste pas à regarder le passé et les actions de tel ou tel ministre, pour établir des listes de bons ou de mauvais points, ou à donner des soutiens « conditionnels », « critiques » et autres. Ça, c’est de la posture d’intellectuel de salon.
Le Marxisme analyse l’Histoire pour donner des solutions aux problèmes du présent, ce qui signifie à l’heure actuelle qu’il y a deux voies au Venezuela comme le rappelle le journal brésilien A Nova Democracia : « Dans cette situation particulière, le nouveau gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela devra prendre position face aux faits : vendre la souveraineté, la dignité et l’autodétermination du peuple vénézuélien au Grand Satan, en échange de vaines promesses que celui-ci ne les prendra pas de force comme il le fait toujours, tôt ou tard ; ou se préparer à combattre l’impérialisme, en renforçant toutes les mesures de défense et de contre-information, en camouflant la localisation des autorités, en punissant sévèrement les traîtres à la nation, contre-révolutionnaires et pro-yankees, en mobilisant audacieusement les masses en armes, en faisant passer toutes les organisations populaires et de masse à la lutte armée et en préparant une longue guerre de guérilla pour parvenir à la libération nationale. Deux positions possibles, deux voies inconciliables. »
Nous n’avons pas d’autre position que celle-ci. Les appels abstraits à un « peuple » et une « classe ouvrière » qui renverraient dos à dos l’impérialisme US et ceux qui sont à la tête de l’État vénézuélien ; ou bien les positions qui pensent qu’il faut s’appuyer sur la diaspora vénézuélienne plutôt que sur l’armée nationale et les centaines de milliers de masses enrôlées dans les milices ; tout cela correspond à des critères impérialistes, idéalistes et criminels dans le cadre d’une invasion. C’est seulement dans la lutte armée de résistance nationale que la différenciation se fera entre les traîtres et les résistants, entre les directions de classes différentes, qui mettront le prolétariat et les masses du Vénézuela sur la voie de la libération, guidés par leur Parti Communiste. Nous répétons avec les masses d’Amérique Latine : Yankees, hors du Vénézuela ! A bas les impérialistes et leurs plans destructeurs !


