États-Unis : l’ICE, section d’assaut de la réaction américaine

En revenant à la tête de la puissance impérialiste américaine il y a un an, Donald Trump a marqué une nouvelle étape dans l’histoire des politiques répressives aux Etats-Unis en lançant une large campagne criminelle de kidnapping et d’expulsion des « immigrés illégaux ».

Depuis sa création en 2003 comme partie prenante de la nouvelle « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis, le Service de l’Immigration et des Douanes ICE est conçu comme un outil de terreur envers les masses. Depuis plus de 20 ans, « la migra » a été utilisée par tous les gouvernements, républicains comme démocrates, pour opprimer toujours plus les travailleurs immigrés venus d’Amérique Centrale et du Sud, véritables armée de travailleurs semi esclavagisés qui font tourner l’économie US.

La rupture opérée il y a un an par Trump au prétexte d’une guerre contre la drogue a commencé en visant spécifiquement des communautés identifiées comme « terroristes » car « affiliées à des cartels », notamment dans un premier temps la communauté vénézuélienne. Cette nouvelle étape se caractérise principalement par le caractère totalement débridé des opérations de kidnapping et d’expulsion, qui se font sans procès, sans besoin de preuves, et qui donc peuvent cibler sans problème aussi bien des citoyens américains, des résidents légaux que des résidents sans papiers, au bon vouloir des agents fédéraux d’ICE qui appliquent un profilage raciste pour déterminer qui a le droit ou non de vivre aux Etats-Unis.

Les conditions de détention particulièrement violentes sont responsables de la mort de 32 personnes en 2025, nouveau record de l’ICE depuis 2004.

Les raids menés par ICE ont immédiatement déclenché une large réponse populaire dans les villes ciblées : dès le 25 janvier 2025, des manifestations ont lieu à Chicago et Denver, avant d’être suivies dans de nombreux États, rassemblant de plus en plus de monde. Les manifestations reprennent au début de l’été, déclenchant dans plusieurs ville le déploiement de militaires pour réprimer les manifestations.

L’opération Metro Surge lancée contre Minneapolis en décembre 2025 a marqué une nouvelle étape dans le déploiement de l’ICE : en moins de deux mois, plus de 3 000 personnes ont été kidnappées. Début janvier, le Département de la Sécurité Nationale (DHS, administration mère de l’ICE) annonce la plus grande opération de son histoire et le déploiement de 2000 agents fédéraux. Dès le lendemain de l’annonce, la répression prend un nouveau tournant, un agent de la milice assassinant une observatrice, Renée Good. Deux semaines après ce meurtre, c’est un autre observateur, Alex Pretti, qui est assassiné d’une dizaine de balles alors qu’il est maintenu au sol par plusieurs miliciens.

Suite à cet assassinat, la mobilisation anti-ICE à Minneapolis atteint un nouveau sommet : plusieurs syndicats appellent à la grève, et plus de 50 000 personnes défilent dans la ville malgré le temps glacial. Un piquet permanent est tenu par des manifestants devant le bâtiment où s’organise l’ICE, et devient un lieu d’affrontement régulier. Dans les quartiers, le ramassage scolaire des enfants s’organise, toute la communauté s’impliquant pour empêcher le kidnapping d’enfants par la milice.

Face à la mobilisation populaire, le gouvernement fédéral américain recule : de nombreux agents fédéraux quittent la ville, et le leader de l’opération Gregory Bovino est discrètement extrait de Minneapolis, remplacé par Thomas Homan, le « border czar » de Trump.

De notre coté de l’atlantique, un syndicat tire également la sonnette d’alarme : le syndicat CGT Capgemini (qui avait déjà dénoncé en septembre les rapprochements du géant français de la tech de Palantir, entreprise américaine qui propose à ses clients des outils de surveillance de masse, et à laquelle le ministère de l’Intérieur français a passé commande) alerte sur les contrats passés par Capgemini avec ICE. Au programme : « optimisation du parcours des détenus », assistance logistique pour leur transport, et surtout une solution de recherche de personnes. Cette collaboration n’est pas nouvelle : l’entreprise française se vante de collaborer avec ICE depuis 2007 au travers de sa filiale américaine, moyennant plusieurs centaines de millions d’euros. Pour cette dernière solution de « localisation », Capgemini pourra recevoir jusqu’à 365 millions de dollars. « Jusqu’à », parce que le contrat passé entre l’entreprise et l’administration américaine prévoit des bonus en fonction du nombres de personnes « arrêtées » grâce au logiciel.

Si nous doutions encore de l’hypocrisie crasse des bourgeois, cette déclaration du PDG de Capgemini en 2023 devrait suffire : « Depuis sa fondation Capgemini est donc naturellement enclin à un respect inébranlable des droits humains, et nous considérons que c’est une condition préalable à la réalisation de notre ambition d’avoir un impact positif sur toutes les parties prenantes de notre écosystème ».

Mais le cas Capgemini n’est pas unique. Autre géant français des sociétés de service, Sopra-Steria n’est pas en reste : 250 millions d’euros pour la « numérisation » de la police belge, 442 millions pour une solution informatique pour la criminelle agence Frontex, responsables de dizaines de milliers de morts en Méditerranée… La liste des entreprises de service numérique qui travaillent directement ou indirectement pour des services de surveillance ou de répression est très longue, la question n’est donc pas le rôle de telle ou telle entreprise mais plutôt celui de l’industrie dans son ensemble.

À l’heure où l’industrie du numérique est secouée par de nombreux plans de licenciements, il est impératif pour les travailleurs du numérique de se poser la question de leur rôle : accepteront ils le chantage au chômage, ou refuseront ils de participer à ces entreprises meurtrières ?

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