Le 21 janvier 2026, l’ultra-réactionnaire Trump annonçait renoncer officiellement à la force pour annexer le Groenland, invoquant à la place un accord nébuleux avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Cette annonce fait suite à une longue campagne diplomatique de menaces d’annexion et de guerre commerciale pour s’approprier le pays encore aux mains de l’impérialisme danois, incarnée par la formule du Président US : « Par la négociation si possible, par la force si nécessaire ». Campagne retentissante par son mépris manifeste de la volonté des peuples, groenlandais en tête, mais aussi par sa décomplexion complète de grande puissance, faisant suite à de nombreux coups d’éclats depuis 2024.
Mais cette décomplexion a l’avantage de ne pas créer de faux semblants. Pourquoi le Groenland, vaste territoire de 2 millions de km² et peuplé de 57 000 âmes, attire tant les convoitises du pillard en chef des pays impérialistes ? Et bien l’administration US, comme à sa nouvelle habitude, nous le dévoile sans détours : l’ogre a faim, et il déteste la compétition.
Le Groenland est au centre de la future confrontation ouverte entre les grandes puissances impérialistes américaines, russes et chinoises. D’abord, on pourrait penser qu’il s’agit d’une affaire de minerais. En effet, le Groenland renferme une quantité impressionnante de minerais précieux, que l’on appelle « terres rares ». Ces terres rares constituent la colonne vertébrale invisible de la civilisation impérialiste. Graphite, zinc, cuivre, uranium, néodyme, dysporsium, autant de matières premières essentielles pour la production de téléphones portables, de système de guidage automatique ou de moteurs de véhicules électriques. Plus encore, le Groenland renferme 25 des 34 minerais rares dont les États-Unis sont en besoin critique pour leur production de F-35, bijou de leur supériorité militaire sur le reste du monde. Et cerise sur le gâteau, de plus en plus de sites d’extraction apparaissent avec la fonte des glaces due au réchauffement climatique.
Comme pour corroborer cette thèse, le social-impérialisme chinois est nommément identifié comme raison de l’action des impérialistes yankees. En effet, la Chine détient 70 % des sites miniers de terres rares, et contrôle 90 % des sites essentiels à leur raffinage. Les récentes manœuvres restrictives de Beijing en termes d’importations de ces minerais ajoutent à l’angoisse américaine qui a perdu de façon dramatique sa mainmise sur les échanges internationaux.
Mais l’annexion du Groenland ne réglerait en rien le problème, car même une fois le minerai du Groenland extrait du pays encore chaud, les États-Unis dépendraient toujours des monopoles chinois pour les raffiner, et l’extraction nécessiterait des coûts d’exploitation titanesques sur lesquels leurs adversaires se sont déjà cassés les dents.
Cette situation n’est pas sans rappeler quelques précédents dans l’histoire des contradictions inter-impérialistes. En 1898, la France et le Royaume-Uni étaient aux prises d’un large conflit diplomatique poussant les deux pays au bord de la confrontation militaire. En cause ? Un petit avant-poste militaire situé au sud du Soudan, Fachoda. Le contrôle de cet avant-poste signifiait à cette période le contrôle sur un large pan de l’Afrique de l’Est, lorgné par les principales puissances coloniales affairées au dépeçage sans merci du continent aux dépens de ses peuples. Plus de 120 ans après, force est de constater que les fantômes de Fachoda résonnent partout dans le monde et hantent les impérialistes prêts à relancer la machine à exterminer les peuples.
À l’instar de Fachoda, le Groenland est au milieu de ce que les impérialistes de tous les pays contemplent avec envie comme une autoroute vers la domination de l’hémisphère Nord. D’un côté, il est intéressant de relever que Trump ne parle d’annexion que pour le Canada et le Groenland, mais jamais pour des pays placés sous coupe réglée américaine comme le Panama ou le Venezuela. Le projet impérialiste de Trump est également un projet suprémaciste raciste, visant à unir sous drapeau US ce que les réactionnaires perçoivent comme l’hémisphère occidental blanc, étape préliminaire à la domination directe du Sud du continent américain. La fonte des glace ne fait pas que révéler de juteux sites d’extractions de minerais. D’un autre côté, la crise climatique en cours causée par la folie impérialiste dévoile de nouvelles routes commerciales et militaires.
À travers les milliers de kilomètres cubes de glace fondues qui constituaient auparavant une muraille qu’on ne franchissait qu’avec beaucoup de difficultés, ces routes nouvelles font l’objet d’une lutte sans merci que l’on n’avait pas vu depuis la Guerre Froide.
Côté chinois, ces nouvelles routes sont une aubaine. En effet, les principaux points d’étranglement où se faufilent depuis des décennies les flux commerciaux mondiaux sont contrôlés par les États-Unis et ses alliés. Le canal de Suez en Égypte et le détroit de Malacca en Malaisie ne seront bientôt plus des options intéressantes pour les sociaux-impérialistes. En 2025, la Chine tente une première expérimentation. En à peine 20 jours, la flotte chinoise a réduit le temps de transit moyen de ses marchandises vers l’Europe de 50 % sur ce qu’elle voit déjà comme une Nouvelle Route de la Soie Polaire.
Côté russe, c’est environ 1/4 du territoire de la Fédération de Russie qui borde l’Océan Arctique, terrain qu’elle connaît bien grâce à l’expérience du défunt social-impérialisme soviétique d’exploitation économique et militaire. Depuis le début des années 2000, les impérialistes russes font tout ce qui est en leur pouvoir pour ressusciter la puissance maritime de l’Union Soviétique en Arctique, au niveau économique et militaire. Des manœuvres d’autant plus inquiétantes pour l’impérialisme yankee que la Russie est le seul pays au monde capable de détruire les États-Unis par le feu nucléaire.
Bref, pour les sangsues américaines, l’heure est grave. Le contrôle des routes arctiques ne signifie pas autre chose que le contrôle futur de l’Océan Atlantique, et plus largement l’hégémonie sur la moitié Nord du monde, une hégémonie que les Américains n’imagineraient jamais perdre, comme les Britanniques n’auraient jamais laissé partir leur domination sur tout le flanc oriental du continent africain. Trump est clair dans ses déclarations : il faut repousser ces challengers de la région polaire.

Mais alors, comment expliquer ce récent recul de l’impérialisme américain ? On peut avancer quelques hypothèses. La première étant que les États-Unis ne peuvent prendre militairement le Groenland sans provoquer une réaction en chaîne qui changera irrémédiablement les règles du jeu à l’échelle mondiale. Une annexion signifierait la fin de la collusion temporaire existant entre les impérialistes européens et l’ogre américain depuis la fin de la Guerre Mondiale Antifasciste. Une attaque contre un membre de l’OTAN est conçue comme une attaque contre tous les pays membres, et requiert une réponse militaire collective immédiate. Mais soyons sérieux, sur un continent où l’écrasante majorité des pays dépendent de l’autorisation américaine pour faire décoller un avion, cette option est impossible pour les impérialistes européens. Macron le sait, et ses gesticulations à Davos de cette semaine ne sauraient camoufler l’inquiétude morbide qui pèse sur nos exploiteurs du Vieux Continent. Comme tant d’autres blagues qui n’auront que trop duré, l’OTAN mourrait instantanément d’une telle décision, privant les États-Unis d’une assise formidable contre la Russie et d’un marché précieux contre la Chine.
Alors, mieux vaudrait de négocier pour resserrer le collet sur l’Arctique sans brusquer tant d’alliés, que risquer de tout perdre pour un contrôle direct. De plus, les États-Unis bénéficient d’ores et déjà d’une base militaire au Groenland qui lui permet d’assurer une surveillance spatiale constante de l’hémisphère Nord, base qu’elle détient suite à un accord passé avec le Danemark pendant la Guerre Froide et qui joue un rôle clé dans sa stratégie anti-missiles balistiques.
Le Groenland se retrouve donc au milieu de cette guerre de parasites qui semblent tous bien décidés à le piétiner pour empêcher tout avantage stratégique aux autres. Comme à l’accoutumée, la souveraineté du peuple groenlandais n’est même pas évoqué dans les négociations et outrances médiatiques, tant du côté yankee que du côté européen. Pourtant, 85 % des Groenlandais ont déclaré refuser de rejoindre les États-Unis, tout comme une large partie d’entre eux aspire à l’indépendance pure et simple.
Mais nos impérialistes de droite comme de gauche en Europe parlent de souveraineté européenne, ils parlent de survie du pacte atlantique et du monde occidental ou encore de sauvegarde de la démocratie. On le voit dans les bravades de Macron, comme dans les déclarations de Jean-Luc Mélenchon le 20 janvier, imaginant avec l’eau à la bouche le renforcement de l’impérialisme colonial français en se prononçant pour l’entrée dans l’UE de toutes les colonies sous joug européen. On ne se soucie pas à Bruxelles, Copenhague ou Paris du sort d’un peuple qui a déjà subi l’occupation, la déportation et la stérilisation de masse. Derrière leurs atours de belles démocraties sans reproches, les États européens ne pourront jamais faire disparaître le sang séché de la colonisation. La couronne danoise peut hurler au respect du droit international dévolu aux puissances de seconde zone, elle n’effacera jamais la disparition d’une génération entière d’enfants au profit de l’optimisation de la pêche industrielle, tout comme elle n’effacera jamais le martyr du peuple Inuit qui constitue encore 88 % de la population du pays. Encore plus mordante est l’ironie quand un Trump ahuri déclare du haut de 200 ans de colonialisme génocidaire de peuplement que les Danois n’auraient pas de revendication à avoir sur le Groenland sous prétexte d’y « être arrivés les premiers ». Dispute de bouchers, souffrance des peuples.
La marche à la guerre s’accélère de plus en plus. Le sort infligé à la Palestine, au Venezuela, à l’Iran et à tant d’autres pays dont bientôt le Groenland, ne sont que tant d’avertissements donnés aux peuples du monde. Dans un monde qui s’est dévoilé au grand jour comme un vaste terrain de jeu de course colonial, aucune puissance ne viendra à leur secours. Pour que plus aucun Fachoda ne puisse jamais émerger, le seul horizon viable restera toujours et à jamais la révolution et la destruction de l’impérialisme partout dans le monde, seul moyen de stopper l’exploitation cannibale de l’Homme par l’Homme et la boucherie des guerres de repartage du monde.


