Chronique du Congrès n°4 | 6 avril 2026

Beaucoup de lecteurs nous font ce retour depuis vendredi : Pourquoi le 12e Congrès ? En fait, la Fédération des Jeunesses Communistes de France (FJCF), fondée en 1920, a tenu 11 Congrès ordinaires entre 1921 et 1945 (ainsi qu’un congrès extraordinaire en 1934). C’est cette organisation qui est reconstituée aujourd’hui. Le 11e Congrès ordinaire, réuni à Paris du 30 mars au 2 avril 1945 a été le dernier, et a acté la dissolution de l’organisation pour fonder l’Union de la Jeunesse Républicaine de France (UJRF), unifiant à l’époque l’ensemble de la jeunesse résistante. Les révisionnistes ont ensuite constitué le « Mouvement de la Jeunesse Communiste de France » (MJCF), à partir de 1956. Aujourd’hui, le Congrès pour la reconstitution est donc le 12ème de la Jeunesse Communiste de France, rendant enfin à la jeunesse qui lutte une ligne et une forme d’organisation au service du combat révolutionnaire.

Ce matin s’est donc ouverte la quatrième et dernière journée du 12e Congrès de la Jeunesse Communiste à Paris. En introduction de la journée, la salle a applaudi longuement la présence d’Isaline Choury, nièce de Danielle Casanova et infatigable militante contre le fascisme et l’impérialisme. Par la suite sont intervenues des délégations internationales, saluant la tenue du Congrès.

De nouvelles salutations nationales et internationales

L’organisation allemande Roter Bund (Ligue rouge) est monté à la tribune sous les applaudissements. « Nous saluons la reconstitution de la Jeunesse Communiste en France. C’est un grand nom qui est le vôtre, qui demande respect et oblige à en être digne. Ce nom invite à marcher dans les pas de géants. […] Cette décision consciente, de prendre la responsabilité d’être la Jeunesse Communiste de France est courageuse […] Nous vous saluons, cofondateurs de la Jeunesse Communiste de France. […] Nous sommes très honorés d’avoir pu passer ces deux jours à vos côtés. Nous avons appris beaucoup et comptons mettre cette expérience au service du travail de masse auprès de la jeunesse. »

Sous l’ovation, l’intervenante poursuit sa prise de parole : « Pendant que nous sommes réunis ici a Paris, un événement très important a lieu en Amérique latine, avec la Fondation de la Ligue Anti-impérialiste, non pas dans une citadelle de l’impérialisme, mais au contact des luttes des peuples opprimés. […] Le développent de la LAI va éperonner la lutte de la jeunesse ici, notamment dans la lutte contre le chauvinisme. Le fait qu’elle soit fondée en Amérique latine, là ou les chaînes de l’impérialisme sont les plus faibles, est une grande victoire. Depuis ici camarades, saluons la fondation de la LAI ! » Dans la salle, c’est un triomphe. Les participants applaudissent de longues minutes, saluant avec un grand optimisme et esprit internationaliste la fondation de la Ligue Anti-impérialiste, en Équateur.

En poursuite de l’introduction, l’organisation anti-impérialiste turque BIR-KAR, « Plateforme pour l’unité des travailleurs et travailleuses et la fraternité entre les peuples », intervient pour clôturer ce temps d’introduction : « Nous sommes heureux d’être ici et de pouvoir saluer cette initiative. Nous saluons votre Congrès, vive la solidarité internationaliste ! » Pour finir ce temps de salutations, la Secrétaire Générale de la Fédération Syndicale Étudiante (FSE) se présente à la tribune, saluant le Congrès avec un vibrant hommage à la lutte pour l’unité :

« Cette reconstitution est historique : le nom de la Jeunesse Communiste ne sera plus jamais sali, il retrouve aujourd’hui sa combativité, son envie de lutter, sa soif de victoire. […] Pour nous, à la FSE, cette séquence a une signification particulière. Elle s’inscrit dans une histoire déjà longue de travail commun avec plusieurs des organisations ici présentes. Des années de mobilisations, de luttes, de campagnes menées côte à côte […] dans le camp de la jeunesse et de la classe. […] Dans ce contexte, l’existence d’une organisation de jeunesse communiste forte, structurée, offensive, est essentielle. Parce que la réaction, elle, ne doute pas. Elle s’organise, elle se renforce, elle se coordonne. Et face à cela, nous ne pouvons pas nous permettre la dispersion, l’hésitation ou le refus du débat. Nous le disons clairement : l’unité est aujourd’hui plus que nécessaire. Mais pas n’importe quelle unité. Une unité qui se construit dans la confrontation politique, dans la lutte de lignes, dans la clarification. Une unité qui refuse l’immobilisme de certaines organisations qui préfèrent éviter les débats plutôt que de les trancher. L’histoire du mouvement communiste nous enseigne que c’est dans la lutte idéologique que se forge la justesse politique. »

Plus tard, en début d’après-midi, une dernière déclaration de salutation internationale des révolutionnaires de Turquie de Partizan, a été lue à la salle : « Nous saluons le Congrès de la Jeunesse Communiste et exprimons notre enthousiasme d’être à vos côtés. […] La jeunesse c’est l’avenir, comparé à l’ensemble des autres couches populaires la jeunesse, elle se distingue […] par son audace, son dynamisme et sa rapidité à se transformer. Si un avenir sans perspective lui est imposé, c’est précisément parce que le système redoute ce potentiel. Chaque crise porte en elle le potentiel d’un nouveau saut de conscience. À chaque époque, l’élan communiste et révolutionnaire s’est embrasé grâce à l’étincelle démarrée par les jeunes générations. La jeunesse n’a jamais hésité à monter sur scène avec l’énergie et la volonté révolutionnaires. […] Nos jeunes camarades ici ont déjà démontré cela par le saut organisationnel. Il s’agit maintenant de partager ce saut à l’ensemble de la jeunesse populaire. Nous vous saluons une fois encore avec l’enthousiasme partisan ! »

D’intenses échanges sur la lutte révolutionnaire, antifasciste et anti-impérialiste

La suite de la matinée, les participants ont assisté à la projection du film Un pays qui se tient sage, à propos de la lutte des Gilets Jaunes, en particulier sur l’intensité de la répression policière. Beaucoup des Jeunes Communistes étaient alors des enfants ou adolescents, qui ont grandi avec en tête les images de la répression. La projection a été suivie d’un débat, sur la couverture médiatique de la révolte et la légitimité de la violence : « Les images sont saisissantes, ça nous replonge vraiment dans la boucherie pratiquée par la bourgeoisie durant cet acte de révolte. Mais je trouve dommage que le film laisse une très grande place aux états d’âmes de la petite bourgeoisie humaniste française, qui prétend découvrir la réalité de la violence d’État. […] Il n’y a rien non plus sur qu’est ce qui a été à la source de la lutte des Gilets Jaunes, comme les bas salaires, ou simplement leur place de producteurs », argumente une participante.

La discussion est animée par deux membres de la nouvelle Jeunesse Communiste, à l’époque participants actifs de la lutte des Gilets Jaunes, respectivement à Saint-Nazaire et Amiens. « À l’époque c’est simple, le gouvernement voulait briser nos corps, briser nos âmes, briser nos espoirs. […] Dans les leçons qu’on en tire aujourd’hui, c’est notamment l’importance de développer la question centrale qui répond aux nécessités d’organisation de la classe pour la prise de pouvoir. C’est la question de la reconstitution du Parti Communiste en France. […] C’est important de faire front commun avec toutes les fractions du prolétariat pour faire tomber le régime. » Prenant part au débat, une lycéenne de Marseille annonce à la salle que ces derniers jours, beaucoup de lycées de Marseille ont été bloqués – applaudissements retentissants de la salle – mais que la violence de la police visant les jeunes a été inouïe avec 9 camarades mineurs en garde à vue, faisant le lien avec des interventions précédentes sur la transmission des pratiques d’anti-répression.

Intervention exceptionnelle d’Isaline Choury

Après un repas préparé avec brio, comme tous les autres, par une équipe logistique aux aguets, la grande militante Isaline Chroury s’est présentée à la tribune pour une intervention remarquable, faisant le récit de la vie de sa tante, la dirigeante communiste Danielle Casanova. Militante « corse jusqu’au bout des ongles », Danielle Casanova est arrivée à Paris pour suivre des études de dentiste, rejoignant la Jeunesse Communiste en 1928. Devenant une grande dirigeante, c’est elle qui impulse et organise l’Union des Jeunes Filles de France (UJFF), puis les comités féminins de la Résistance.

Isaline Chroury ouvre son intervention avec son histoire familiale, à travers les luttes de sa tante, qu’elle n’a pas connue mais dont le souvenir brûlant a survécu à travers les récits de la mère de Danielle, grand-mère d’Isaline. Celle-ci décrit à quel point le génocide des juifs, les massacres des communistes et l’héroïsme de la Résistance a marqué son enfance, expliquant qu’enfant, au lieu de jouer au chat et à la souris, elle jouait avec ses amis « au nazi et au résistant ».

Elle enchaîne avec le récit de la vie de Danielle, sur laquelle elle fait des recherches depuis 20 ans. Elle explique que sa tante était dotée d’un caractère bien trempé, empreint dès sa plus tendre enfance d’un profond sentiment de justice, qui marquera toute sa vie, jusqu’à son martyr. Elle organise des milliers de femmes dans la Résistance antifasciste en France, participant à la formation des premiers groupes armés, les bataillons de la jeunesse, qui deviendront les Francs Tireurs et Partisans (FTP).

Danielle est arrêtée le 11 février 1942. Depuis sa cellule, elle écrit des lettres à sa mère : « Je suis fière de ma vie. […] Si je n’ai plus au-dessus de ma tête le soleil radieux de Corse, ni celui de l’Ile-de-France, j’ai du soleil plein le cœur ; je suis calme et solide. […] Ma chère maman, n’oublie pas de parler de moi à tous ceux que tu connais, car, à l’heure actuelle, c’est une fierté que d’être emprisonnée. »


Le 26 septembre 1942, elle écrit : « Vois-tu, ils peuvent nous tuer, mais de notre vivant, ils n’arriveront jamais à nous ravir la flamme qui réchauffe nos cœurs. » Dans sa dernière mettre avant son départ à Auschwitz, elle écrit des mots qui resteront dans l’histoire : « Je connais la souffrance mais pas la tristesse et je trouve la vie si grande et si belle. […] Nous sommes fières d’être françaises et communistes. Nous ne baisserons jamais la tête. Nous ne vivons que pour la lutte. Les temps que nous vivons sont grandioses. Je vous dis au revoir. J’embrasse tous ceux que j’aime. N’ayez jamais le cœur serré en pensant à moi. Je suis heureuse de n’avoir jamais failli et de sentir dans mes veines un sang impétueux et jeune. Notre belle France sera libre et notre idéal triomphera. »


Elle fait partie des 230 femmes communistes déportées à Auschwitz-Birkenau de façon punitive, car considérées comme « trop dangereuse » par les autorités nazies, à cause de sa grande capacité d’organisation politique. Danielle rentre dans le camp en chantant la Marseillaise, aux côtés des autres prisonnières politiques. Simone Thery écrit à ce propos qu’elle « consola celles qui pleuraient, rendit courage à celles qui désespéraient, leur insuffla à toutes une vie politique, leur apprit des chansons, demanda à celles qui savaient chanter d’entraîner les autres ». Danielle Casanova organise la résistance dans le camp d’extermination et parvient même à prendre contact avec la Résistance internationale à l’extérieur du camp : « C’est grâce aux contacts qu’elle a pris avec la résistance internationale dans le camp, que par un Polonais évadé, on a pu parler à la Radio de Londres et à la Radio de Moscou de l’enfer d’Auschwitz. » (Manca Svalbova)


« Ils ont voulu l’anéantir, ils l’ont rendue immortelle. » (Ouverture d’une cérémonie hommage à Danielle Casanova, 1945)

Isaline, sa nièce, poursuit l’engagement de Danielle. Sur scène, elle explique avec émotion que la guerre d’Algérie lui a fait comprendre que le « plus jamais ça » valait « pour tout le monde, sauf pour les Arabes ». En octobre 2025, elle embarque à bord de la flottille pour Gaza, à 82 ans. Elle est arrêtée par l’armée israélienne et torturée. Elle refuse de s’émouvoir des violences qu’elle a subies, expliquant qu’elle et tous ses coéquipiers ont surmonté leurs peurs, et que ses tortionnaires ont décuplé sa force de mobilisation. « Si Gaza perd, c’est l’humanité qui perd, car ces résistants à Gaza, ils résistent pour l’Humanité entière. »

Ses derniers mots sont pour la jeunesse qui se lève aujourd’hui : « Je rappelle que Danielle Casanova a dirigé la Jeunesse Communiste. Si elle était là aujourd’hui, vous lui donneriez du baume au cœur et c’est pour elle que je vous dis merci aujourd’hui. Bravo pour la reconstitution de la Jeunesse Communiste. Il y a du travail. En son nom je vous remercie. Suivez son exemple : face aux événements, la réponse ne peut être seulement émotionnelle, elle doit être organisée. Ralliez le maximum de monde et continuez le combat. Je compte sur vous. Vous allez nous faire une France libre et heureuse. Nous ne baisserons jamais la tête nous ne vivons que pour la lutte ! »

Dans un tonnerre d’applaudissements et sous les étendards mettant à l’honneur Danielle Casanova, Gilles Tautin, le Colonel Fabien et Guy Môquet, la salle debout scande « Nos héros sont immortels, repartons à l’assaut du ciel ! », avant d’entonner Bella Ciao. La tribune remercie avec émotion Isaline pour son intervention, et lui annonce que la nouvelle Jeunesse Communiste tient à lui offrir le grand étendard de Danielle Casanova décorant la salle.

En avant pour abattre l’impérialisme !

La dernière intervention d’organisation est consacrée à Ka Ubuntu, parti panafricaniste et indépendantiste réunionnais. Son représentant remercie les organisateurs de leur permettre de prendre la parole lors de cet « évènement historique ». Il explique que face à l’impérialisme, il est essentiel qu’il y ait une solidarité internationaliste. « J’invite tous les camarades à venir le 12 avril au CICP à Paris, pour une conférence sur la militarisation de l’île de La Réunion et de la zone indo-pacifique. […] Seule la lutte libère, à bas l’impérialisme, vive la révolution ! A bas l’OTAN ! La patrie ou la mort nous vaincrons ! Merci camarades ! »

La conclusion politique de ce Congrès historique est donnée par une représentante de la tribune : « Ce congrès nous a appris que la lutte de deux lignes nous amène l’unité, le développement. La jeunesse communiste est prête, nous allons tous nous retrouver dans la lutte, dans la victoire ! »

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