Vietnam : la « démocratie des fascistes »

Nous partageons une traduction non-officielle d’un article paru dans Red Herald, issu de l’organisation Servir le Peuple au Vietnam.

Récemment, des « élections générales » ont eu lieu au Vietnam.

Nos compatriotes savent bien que les « élections » au Vietnam ne sont qu’une mascarade. Soit les gens votent au hasard pour n’importe quel candidat, soit ils demandent à quelqu’un d’autre de voter à leur place (récemment, on a même vu une personne voter pour 12 autres !).

Cependant, pour certains jeunes qui votent pour la première fois, certains phénomènes qui se produisent depuis longtemps peuvent paraître surprenants. C’est pourquoi ils ont fait entendre leur voix et dénoncé ces phénomènes, attisant ainsi l’opinion publique nationale. Voici quelques-uns de ces phénomènes :

  • Certaines personnes ont rapporté que, lorsque des membres de leur famille se rendaient au bureau de vote avec leurs bulletins de vote, les agents sur place leur prenaient les bulletins pour les « aider » à voter ;
  • De nombreux électeurs ont été surveillés pendant qu’ils votaient ;
  • Dans certains endroits, les agents ont forcé les électeurs à voter comme on leur avait dit ;
  • Dans de nombreux endroits, les administrations locales ont « conseillé » aux gens de voter pour certains candidats ;
  • Dans certains endroits, l’urne censée être « secrète » est fabriquée dans un matériau transparent ;

Tous les rapports susmentionnés ont démontré le caractère purement formel de nos élections. Il est très facile de constater à quel point notre gouvernement est « démocratique », même sans évoquer la répression qu’il exerce contre les masses laborieuses lorsqu’elles réclament une amélioration de leurs conditions de vie, ni les expropriations foncières menées par le gouvernement à l’encontre des paysans.

L’État se vante également fièrement de son taux de participation électorale proche de 100 %. Pour les révisionnistes-fascistes, leurs fidèles laquais et certains « gauchistes » occidentaux, cela signifie que le Vietnam est une nation où le peuple fait largement confiance au gouvernement et participe activement à la vie politique.

La réalité est souvent décevante. En vérité, « un homme, plusieurs votes »1 est la pratique courante. Les autorités locales tentent également de faire pression sur la population pour qu’elle vote par tous les moyens possibles. Certaines universités (comme l’Université d’éducation de Hanoï) ont menacé de prendre des mesures disciplinaires et de faire intervenir la police si les étudiants ne votaient pas. Ce n’est pas nouveau non plus. Depuis 2016, de nombreuses universités et écoles supérieures ont également contraint leurs étudiants à voter de cette manière. Elles vont même jusqu’à apporter l’urne au domicile des personnes âgées alitées pour les forcer à voter.

Avant le début des élections, la police a mené une série de mesures répressives contre des personnes accusées de « diffamer et de répandre des mensonges sur les candidats » (la plupart de ces soi-disant « candidats » sont en réalité des élus régionaux en exercice ou des policiers). Récemment, dans la banlieue de Hanoï, quelqu’un a également dénoncé deux « candidats » — des élus en exercice — pour leur implication dans des expropriations foncières et pour avoir dissimulé ces faits. On ignore si cette personne a été arrêtée pour « diffamation ».

Une fois de plus, les enseignements du grand Lénine se sont vérifiés. Dans la société capitaliste, la « démocratie » signifie « la démocratie pour quelques-uns, pour les classes possédantes, pour les riches » ; et la « liberté » est « la liberté pour les propriétaires d’esclaves ».

Même les sourds et les aveugles peuvent voir que le régime au pouvoir n’est pas seulement une pseudo-démocratie, mais aussi un régime fasciste. Il se range du côté des entreprises étrangères lorsque les travailleurs se mettent en grève ; il aide activement les propriétaires fonciers féodaux à s’emparer des terres des paysans ; il réprime violemment les masses laborieuses lorsqu’elles luttent pour leur subsistance. Nous ne devons pas oublier les travailleurs arrêtés pour « agitation » et « incitation à la grève », la mort du camarade Le Dinh Kinh — un communiste chevronné et respecté —, ni la lutte des paysans de Dong Tam2, ou encore celle des habitants de Cu Kuin, réprimés par la police anti-émeute à l’aide de tasers alors qu’ils protestaient contre la pollution de leur source d’eau.

Cela signifie que le peuple vietnamien n’a pas son propre gouvernement, ce qui signifie qu’il n’a rien. Par conséquent, la tâche fondamentale de la Révolution est de reprendre tout le pouvoir pour le redonner au peuple, afin de créer une authentique démocratie.

Cependant, les communistes ne réclament pas « la pluralité politique et un système multipartite »3, ni la « séparation des pouvoirs ». Peu importe le nombre de « freins et contrepoids » dont elle dispose, une « démocratie libérale » reste entre les mains de la grande bourgeoisie, qui la fascisera et bafouera les droits du peuple dès qu’elle en ressentira le besoin, comme l’ont démontré les développements politiques aux États-Unis ces deux dernières années.

Le peuple ne peut garantir ses droits et sa vie que s’il s’autogouverne et contrôle son propre gouvernement. « À part le pouvoir, tout n’est qu’illusion ». Si les masses n’ont pas le pouvoir, ce sont leurs dirigeants qui décident de ce qu’elles peuvent avoir et de ce qu’elles ne peuvent pas avoir. Même si les masses se révoltent et obtiennent quelque chose pour elles-mêmes, mais ne prennent pas le pouvoir, les classes dirigeantes trouveront toujours un moyen de reprendre ce qu’elles ont obtenu aux masses.

C’est pourquoi les communistes réclament l’auto-gouvernance pour les travailleurs. Cela signifie que les masses laborieuses doivent détenir elles-mêmes le pouvoir, afin de déterminer leur propre destin et de défendre leurs propres droits.

Car « le pouvoir politique naît du canon des fusils », la seule façon d’y parvenir est de mobiliser l’ensemble des masses dans une guerre populaire prolongée, en créant une « vaste mer de masses armées » pour s’emparer progressivement du pouvoir et garantir l’auto-gouvernance. C’est la seule façon d’instaurer une véritable démocratie — un régime dans lequel les masses sont les dirigeantes et elles-mêmes les protectrices armées de ce régime, et non la « séparation des pouvoirs » ni un quelconque appareil policier gigantesque.

C’est un processus long et ardu. Sans une ligne correcte, c’est une tâche impossible. C’est pourquoi les masses laborieuses du Vietnam ont besoin d’une direction hautement disciplinée, dotée d’une ligne correcte. Seul un Parti communiste marxiste-léniniste-maoïste peut remplir ce rôle.

C’est pourquoi nous devons mettre toute notre énergie à lutter pour la reconstitution de notre bien-aimé Parti communiste du Vietnam, pour démolir cette « démocratie » des esclavagistes, afin d’établir une démocratie populaire et de reprendre notre indépendance, notre autonomie et nos vies.

1 Au Vietnam, il arrive souvent que les gens demandent à un membre de leur famille de voter à leur place, quel que soit le candidat. Ils agissent ainsi principalement pour éviter d’être harcelés par les autorités afin de les contraindre à voter.

2 Il s’agit ici de la révolte paysanne de Dong Tam. Depuis 2017, le village de Dong Tam est en conflit foncier avec le gouvernement lui-même. Le gouvernement affirme que 47 hectares des terres agricoles du village sont en réalité des terrains militaires.
Les villageois de Dong Tam, sous la direction de M. Le Dinh Kinh (1936-2020) — un ancien du village très respecté qui avait adhéré au Parti du travail (ancien nom du Parti communiste) dans les années 60 et avait été le chef de la cellule du Parti communiste du village dans les années 80 —, ont mené une bataille juridique contre cette décision.

Le 15 avril 2017, le gouvernement a invité cinq représentants du village à une négociation sur le problème foncier. Le gouvernement a ensuite arrêté ces personnes sans mandat. Les villageois ont riposté en capturant 38 policiers et fonctionnaires.
Du 20 au 22 avril, le gouvernement a fait des concessions et entamé des négociations avec les villageois.

Le 22 avril, des responsables militaires ont demandé à M. Le Dinh Kinh (âgé de 81 ans à l’époque) de les accompagner pour effectuer un relevé topographique des terres litigieuses. Ils l’ont ensuite battu, menotté, bâillonné et emmené au poste de police. Une heure plus tard seulement, il a été emmené à l’hôpital, ses ravisseurs le qualifiant d’« agitateur dangereux ». Ce n’est qu’au bout de deux jours qu’il a pu subir l’opération dont il avait besoin. Il n’a pas pu marcher pendant deux mois après cela. Après trois années marquées par de nouvelles escalades et de nouveaux rebondissements, durant lesquelles la population n’a cessé de réaffirmer ses positions et ses droits (« Se battre, échouer, se battre à nouveau, échouer à nouveau, se battre encore… jusqu’à la victoire ; telle est la logique du peuple »), tandis que le gouvernement les lui refusait, le 9 janvier 2020, le gouvernement de Hanoï a mobilisé trois mille policiers en tenue anti-émeute pour prendre d’assaut le village à minuit. Les villageois se sont révoltés et ont riposté avec du matériel agricole, des briques et des cocktails Molotov, tuant trois fascistes. De nombreuses personnes ont été arrêtées, M. Le Dinh Kinh a été battu et abattu par les forces fascistes.
Le gouvernement a également tenté de faire porter le chapeau à d’autres villageois innocents qui ne s’étaient pas révoltés, en les accusant de « complot contre le gouvernement », notamment Mme Du Thi Thanh, la veuve âgée de M. Kinh. Ils l’ont forcée à avouer que sa famille détenait des grenades. Après qu’elle eut réaffirmé à plusieurs reprises qu’elle ne savait même pas à quoi ressemblaient une grenade ou un cocktail Molotov, ils l’ont battue, lui ont donné des coups de pied et l’ont giflée.

De nombreux paysans insurgés, dont les fils de M. Kinh, sont condamnés à mort ou sont encore en prison aujourd’hui.

3 Un slogan des libéraux vietnamiens opposés au gouvernement.

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