En Amérique, cela fait presque 70 ans que Cuba tient tête à l’hégémonie Yankee. Depuis 1962, l’île subit un blocus commercial de la première puissance mondiale à la suite de l’arrivée au pouvoir des partisans de Fidel Castro. La politique de nationalisation des grandes propriétés et des ressources, liées majoritairement au capital US, a été le point de rupture avec l’impérialisme Yankee. Washington a donc initié cette stratégie criminelle d’asphyxie économique, doublée de milliers d’attaques diplomatiques, sanitaires et institutionnelle, parfois terroristes, pour précipiter la chute du régime.
Depuis janvier 2026, concurremment aux attaques portées sur le Venezuela, Cuba a perdu son principal fournisseur de pétrole. Les États-Unis menacent désormais tous les États défiants le blocus pour accélérer la situation de crise économique et politique à l’intérieur de l’île. Toutes proportions gardées, la tactique est similaire à celle à l’œuvre au Venezuela et en Iran, les USA tentant d’enserrer le régime entre une myriade d’éléments de contestations internes, qu’ils tentent de téléguider, tout en braquant d’importantes franges de la diaspora à leur soldes, avec l’appui de leurs monopoles et de leur armée. Le lundi 9 mars, Donald Trump déclarait qu’ « On peut prendre le contrôle [de Cuba] de manière amicale ou de manière non amicale, peu importe. Ils ont de gros problèmes humanitaires ». Le 16 mars, il renouvelait ses menaces, affirmant qu’il aurait l’« honneur de prendre Cuba ».
Derrière cette nouvelle crise de Cuba, c’est encore la « doctrine Doneroe »1 qui s’exprime : l’impérialisme Yankee veut l’exclusivité sur le contrôle des Amériques. Pour cela, le cap a été donné dès le début du second mandat de Trump, avec la visée expansionniste de la métropole US d’une part, le contrôle colonial au sud d’autre part. Les premiers régimes visés sont les portes d’entrées des intérêts chinois dans « l’hémisphère occidental », en premier lieu le Venezuela et Cuba. L’objectif est d’arrêter l’hémorragie qui s’est ouverte dans le pré-carré Yankee avec l’émergence du prétendu « socialisme du XXIème siècle », sous influences sino-castro-bolivarienne, après la chute des régimes fascistes installés avec l’appui de la CIA.
Dans cette optique, les États-Unis ont d’ailleurs lancé début mars 2026 une nouvelle alliance militaire continentale, le « Bouclier des Amériques », dédiées à endiguer les intérêts impérialistes concurrents. Officiellement, cette « coalition contre les cartels » implique les gouvernements d’Argentine, de Bolivie, du Chili, du Costa Rica, d’Équateur, du Guyana, du Panama, du Salvador, du Honduras, du Paraguay, de République Dominicaine, de Trinité-et-Tobago. C’est en quelque une nouvelle internationale des nostalgiques de l’ordre militaro-impérialiste des années 1970-1980.

Plus long embargo commercial de l’époque contemporaine, le blocus de Cuba aurait occasionné plus de 116 milliards de dollars de pertes2 à l’économie du pays, sur 50 ans. Depuis janvier, l’accélération criminelle des coupures de courant ont causés de nombreux drames sur l’île. La semaine dernière, ce sont des dizaines de patients sous respirateurs qui sont décédés des suite des coupures de courant, à l’hôpital Hermanos Ameijeiras, à La Havane. Il ne serait pas exagéré d’affirmer qu’il s’agit de la plus grande crise qu’a à endurer le régime depuis la dislocation de l’URSS et la « période spéciale » qui a suivi, l’économie cubaine dépendant alors largement de ses relations avec le social-impérialisme soviétique.
Aujourd’hui, le gouvernement cubain n’a plus importé de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison par le Mexique, avant que les transits ne cessent, sous pression des USA. Pour tenter de contrecarrer les plans yankee, dans une opération de démonstration de puissance face à l’impérialisme guerrier de son premier rival, la Chine envoie actuellement des centaines de tonnes de riz et des panneaux solaires sur l’île. Dans le même temps, un pétrolier battant pavillon de Hong Kong serait en route vers Cuba pour livrer 190 000 barils de gasoil russe. Un second, officiellement russe cette fois et sous le coup des sanctions occidentales, transportant plus de 700 000 barils, devrait lui arriver à Cuba dans les heures à venir.
A l’échelle internationale, la solidarité populaire s’organise aussi pour soutenir le peuple de Cuba. De premiers envois de vivres et de fournitures médicales sont arrivés la semaine dernière, par avion, depuis l’Europe et les États-Unis, dans le cadre de la mission « Nuestra America » (Notre Amérique). Une flottille de dizaine de bateaux s’organise aussi dans le cadre de cette campagne pour ravitailler l’île, avec la participation de militants de plusieurs pays d’Amérique Latine. Arrivés hier, ces premiers matelots solidaires ont posé le pied sur l’île en brandissant une banderole arborant « Let Cuba live » (Laissez Cuba vivre).



Attaques chimiques, sabotages, tentatives d’assassinat des dirigeants, invasions, etc. rien n’aura été épargné au peuple cubain depuis la révolution de 1959. Aujourd’hui, l’impérialisme Yankee ne prétend plus agir pour défendre la « souveraineté des peuples », la « démocratie » ou les « droits de l’homme ». Il ne prétend plus non plus donner de leçons de morale ou d’humanitaire et assume d’agir dans la défense de ses intérêts propres, à visage découvert. Cible plus vulnérable que le Venezuela et l’Iran, pour lesquels l’impérialisme Yankee n’est pas encore prêt à assumer une guerre asymétrique de longue durée, Cuba se prépare à l’invasion.
Le régime cubain a déjà payé un lourd tribu, perdant 32 ressortissants impliqués dans la défense du président vénézuélien Nicolas Maduro, le 3 janvier 2026. La lieutenante-colonelle cubaine Magalys Leal avait alors déclarée : « Nous ressentons une grande fierté, car nous savons qu’ils ont défendu leur position jusqu’à la mort », « Nous ne voulons pas la guerre », mais « nous n’allons pas nous rendre ». « Nous défendrons la Patrie jusqu’aux dernières conséquences ».
1Contraction de « Donald » et « Monroe », la doctrine « Donroe » est une formule de Donald Trump datée du 3 janvier 2026, prise de parole dans laquelle il assumait que « la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question ». Cette formule résume la vision trumpienne du déploiement impérialiste US : hégémonie incontestable dans les Amériques, interventionnisme guerrier direct ou indirect dans le reste du globe.
2 Selon le vice-ministre des Affaires étrangères cubain Abelardo Moreno, dans la période située entre de 1962 et 2014.


