Depuis le 29 janvier 2026 les résidents du foyer David Siqueiros bloquent le chantier prévu par Adoma et maintiennent une présence quotidienne, et ce dès l’aube, pour empêcher le démarrage des travaux. Le blocage a été décidé faute d’engagements écrits garantissant le relogement et les droits des résidents du foyer.
Un foyer menacé depuis des décennies
Le foyer David Siqueiros, tour de 13 étages, fait partie d’un parc de foyers construits et gérés depuis les années 1960–70 pour accueillir des travailleurs immigrés ; ces tours, laissées à l’abandon dans le mépris le plus crasse des pouvoirs publics, sont aujourd’hui présentées comme « à rénover », terme masquant une réalité bien moins alléchante : destruction du bâtiment et dispersion de 1000 habitants, parfois là depuis les années 1980, partout en Île-de-France. Le basculement de Sonacotra vers Adoma (filiale de CDC-Habitat et donc de l’Etat) a modifié les méthodes et les interlocuteurs, mais du silence méprisant à un dialogue dont rien ne sort sinon des paroles en l’air, le résultat est le même : un refus total de prendre en compte les résidents dans les plans de gentrification à marche forcée de Saint-Denis.
Le bâtiment compte environ 300 chambres-cellules de 7 à 17 m², accueillant parfois jusqu’à 5 personnes, et le projet tel que présenté prévoit seulement 150 relogements répartis sur deux bâtiments. Il y a en moyenne 3 résidents par chambre de 7m². L’État jette sciemment à la rue près de 800 travailleurs dits « surnuméraires », et ce dans la complicité de la mairie de l’ignoble Matthieu Hanotin (PS).

Les espaces communs, dont les cuisines, sont délabrés à cause de nombreuses infiltrations d’eau.
Les plafonds de tous les communs tombent en ruine
Le foyer a été l’objet de luttes victorieuses pour le mieux-vivre des résidents, qui ont été médiatisées dans les années 1990-2000. Ils ont pu obtenir des victoires partielles par la mobilisation, comme des salles de réunion, une salle de prière, et autres améliorations ponctuelles. La riposte de Sonacotra a été bien plus pernicieuse, les loyers, déjà disproportionnés quant aux conditions de vie des foyers, ont augmenté d’années en années sans justification. Ces expulsions au long-cours préfigurent celles qui auraient dû avoir lieu maintenant, si ce n’était sans la mobilisation massive des résidents. Ils se mobilisent depuis des années, mais le dialogue qui n’aboutit à rien et les réunions incessantes avec la mairie n’ont fait que les rassurer que seule la lutte et la constitution d’un rapport de force peuvent déboucher sur une victoire. Une chose est claire : Les résidents, épaulés par une coalition d’associations et organisations locales (COPAF, DAL, CPES DDF…), tiendront tête à la mairie, lutteront, et obtiendront gain de cause !
La lutte des résidents et la constitution d’un rapport de force
Avant tout démarrage des travaux, le comité de résidents exige une convention écrite avec Adoma avec des garanties claires. Parmi elles, relogement de tous les résidents, surnuméraires compris, transfert des contrats des résidents âgés ou décédés vers leurs successeurs, accompagnement pour les personnes âgées en perte d’autonomie, remise en état et entretien continu du foyer pendant toute la durée des travaux, accès effectif et continu aux salles polyvalentes par le comité des résidents…

Les résidents disposent de 3 douches et toilettes pour 12 chambres.
En prenant en compte les surnuméraire, il y a moins d’un toilette/douche pour 12 résidents.
Les résidents disposent de 3 douches et toilettes pour 12 chambres. En prenant en compte les surnuméraire, il y a moins d’un toilette/douche pour 12 résidents. Ces revendications pour le mieux-vivre complètent le mot d’ordre principal : la sauvegarde du foyer. Si travaux il y a, il faudra un relogement de toutes les personnes aujourd’hui hébergées, avec droits équivalents à ceux des locataires classiques, et pas de « tri » administratif qui permette d’expulser des surnuméraires. Ils réclament également la fin de la gestion carcérale du foyer par Adoma. Étant considéré légalement comme de l’hôtellerie, Adoma peut s’introduire comme bon leur semble chez les résidents. Ils ont installé des caméras de surveillance, qui ont été retirées de force par la mobilisation des résidents.
Ils se montrent sceptiques envers les offres de l’opposition « de gauche » à Matthieu Hanotin y compris celles se revendiquant révolutionnaire. Tout le gratin, du PCF (dénoncé comme complice de la victoire d’Hanotin) à RP en passant par LFI vient en AG pour faire la promotion de leur liste. Leur victoire empêcherait soi-disant d’autres destructions de foyer et améliorerait leur sort. Mais, quand on sort des incantations de politicards, aussi radical et pseudo-révolutionnaire soit leur vernis, la réalité est toute autre : sans rapport de force, les annonces restent du verbiage. Le comité s’organise donc indépendamment des partis « d’opposition » et cherche à élargir la mobilisation
Par des assemblées générales prônant liberté dans les débats et unité dans l’action autour de ce mot d’ordre, la rotation de résidents dès 5h du matin pour tenir le blocage du chantier, des banderoles, tractages et autres actions de visibilité dans le quartier ; les résidents mènent une lutte courageuse qui compte bien embraser tout Saint-Denis, du foyer à la mairie. A cette heure, ils ont déjà pour projet de créer du lien avec les étudiants à l’Université Paris 8 (située à 10 minutes du foyer) et avec les autres foyers de la ville. Leur combattivité est exemplaire.
Le cas Siqueiros s’insère dans un cadre plus large : l’extension de la « nouvelle commune » et les projets d’aménagement urbain qui gentrifient le cœur ouvrier de Saint-Denis. Le prolongement de l’avenue de Stalingrad via l’emplacement du foyer pour relier à Pierrefitte est couplé à la construction de logements sociaux plus attractifs pour jeunes couples, au détriment d’un millier de travailleurs immigrés. Derrière la rénovation-destruction affichée se jouent une de foyers en foyers, le déchirement des communautés, et in fine un avenir plus qu’incertain pour des centaines de familles.
Le cas David Siqueiros n’est pas une exception locale : il expose les attaques de l’État à l’encontre des couches profondes du prolétariat par des opérations d’urbanisme violentes de « rénovation ». La sortie politique ne passera ni par les élections municipales, ni par les promesses creuses des institutions. Elle passera par la force des mobilisations et par l’obtention de victoires et d’engagements contraignant la mairie et Adoma à réviser leur projet.
Prenons exemple sur leur lutte et rejoignons-les massivement ! Pas un foyer de plus ne doit être sacrifié pour gentrifier Saint-Denis !


