Qui a tué le fils de Kadhafi ?

Mardi après-midi, dans la ville de Zintan dans l’Ouest de la Libye, un commando de quatre personnes pénètre dans le domicile de Seif al-Islam Kadhafi : le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Les caméras de surveillance sont désactivés, des coups de feux retentissent. Voici les faits relatés par l’avocat du défunt, Seif Kadhafi. L’AFP d’autre part rapporte que cet assassinat survient à un moment surprenant. Seif Kadhafi, poursuivi par la Cour pénale internationale, vivait une vie plutôt paisible depuis quelques années. Peu de gens connaissaient sa localisation, qu’il avait pour habitude de changer.

Un élément important de l’affaire est qu’en 2021, il s’est proposé comme candidat aux élections présidentielles en Libye. Ces élections avaient été reportée indéfiniment, comme il en est coutume dans les pays ravagés par les guerres impérialistes. Rien d’étonnant dans une Libye contrôlée par des milices et des oligarques compradores en pleine guerre civile. Seif Kadhafi est également celui qui a témoigné contre Sarkozy en dénonçant publiquement le financement massif de sa campagne par son père Mouammar Kadhafi, plongeant l’État français dans une crise médiatique immense.

Alors, qui aurait intérêt à son assassinat ? Pas mal de crapules compradores en Libye certainement, mais surtout l’impérialisme US et les impérialismes occidentaux secondaires. Le simple nom de Kadhafi a un poids immense en Libye et en général en Afrique et en Asie du sud-ouest. Malgré les critiques qu’on peut faire au père Kadhafi, il représente un symbole anti-impérialiste, un symbole de la dignité des peuples opprimés en Afrique, car il a tenu tête aux impérialistes. Grâce au seul nom Kadhafi, Seif bénéficiait de la sympathie d’une grande partie de la population libyenne, étant une des seules figures rappelant la Libye d’avant 2011. Cela faisant de lui un élément dérangeant pour les projets impérialistes et les ambitions des compradores locaux.

Ce dernier élément sur la temporalité est la dernière pièce du puzzle. L’assassinat survient 48h après une rencontre à Paris organisé par une médiation des US entre Saddam Hafter, le fils du seigneur de guerre Khalifa Hafter, et Ibrahim Ddeibah, le neveu du premier ministre de Tripoli, Abdulhamid Ddeibah. Ces deux figures représentent deux camps opposé dans l’équilibre du pouvoir en Libye. Il s’agissait d’en éliminer le troisième, détruisant définitivement les aspirations des libyens nostalgiques de Kadhafi.

Cette opération militaire ne peux pas être le fait de milices libyennes. Le professionnalisme de l’opération, basée sur des informations précises : un commando éclair qui prends le temps d’éteindre les caméras de surveillance. Tout cela pointe vers une implication de puissances impérialistes.

On peut alors deviner que ce petit “ménage printanier » précède une nouvelle phase dans la politique libyenne. Il semblerait qu’un accord ait été trouvé pour l’équilibre du pouvoir protégeant les intérêts des US. Nous ne serons donc pas étonné si les fameuses élections de 2021 reviennent soudainement à l’ordre du jour, ou que un gouvernement central soit finalement constitué dans les prochains mois.

Voir aussi

Dernières actualités de la lutte